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Producteurs de lait : un malaise profond mais encore l’envie d’y croire

Selon l’enquête de la FDSEA et des JA, 22 % des producteurs de lait du Cantal pourraient cesser de traire d’ici cinq ans. Constat inquiétant qui doit, selon eux, inviter les entreprises à réagir.

Depuis 2015, la collecte départementale de lait s’est repliée de 10 % pour tomber à 335 millions de litres.
Depuis 2015, la collecte départementale de lait s’est repliée de 10 % pour tomber à 335 millions de litres.
© P.O.

En huit ans, le Cantal a perdu un quart de ses producteurs laitiers et en 2018, on en dénombre plus que 1 294 détenant plus de 20 vaches laitières. Or, même si cette érosion s’est accompagnée d’une meilleure productivité (6 600 l/vache/an et 60 000 l par UMO(1)) et d’un accroissement des livraisons par exploitation (34 000 l), depuis 2015, la collecte départementale s’est repliée de 10 % pour tomber à 335 millions de litres. Sans un électrochoc salutaire pour le moral et l’assise financière des producteurs de lait, il faut s’attendre à ce que cette tendance se poursuive, voire s’accentue, dans un futur proche, comme l’a révélé la synthèse des questionnaires adressés par la FDSEA et les Jeunes agriculteurs à tous les producteurs du département cet été et présentée vendredi à Laveissière lors d’une journée laitière en présence des représentants des entreprises.

Près d’un quart envisage une cessation laitière

Ils sont 20 % à y avoir répondu, représentant 28 % du lait livré et la diversité des bassins laitiers cantaliens(2). Majoritairement en Gaec, les répondants affichent un âge moyen de 45 ans. Autre fait notable, 89 % sont adhérents au contrôle laitier, signe d’un échantillon dans les rangs des exploitations les plus dynamiques.

Or, malgré cela, parmi eux, seuls 54 % prévoient de maintenir la production laitière d’ici 2028 et 22 % envisagent d’arrêter... d’ici cinq ans. Un ratio peut-être à nuancer, “certains ayant besoin d’être réassurés sur l’avenir, au vu des verbatims utilisés”, a indiqué Pauline Jenny, en charge du dossier laitier à la FDSEA. Cependant, on peut aussi considérer que dans les 80 % de producteurs n’ayant pas retourné le questionnaire, les projets de cessation sont potentiellement encore plus répandus.  La main d’œuvre apparaît sans surprise comme le talon d’Achille de nombre d’élevages laitiers cantaliens : 42 % de ceux qui ont répondu s’appuient sur une main d’œuvre familiale, souvent les parents. Ils sont donc 58 % - souvent des Gaec - à faire appel à un salarié, là encore avec une incertitude quant à la pérennité du recours à ce salariat. Avec en toile de fond : la question des moyens financiers pour recruter ou rémunérer cet emploi, un besoin fort de formation des salariés dans cette production à haute technicité et la nécessité d’améliorer l’attractivité du salariat agricole. “La vraie question, c’est celle de l’astreinte quotidienne, c’est ce critère qui fait basculer la production laitière vers l’élevage allaitant. D’ailleurs, 12 % y pensent”, a révélé Pauline Jenny.

Mais des installations et des investissements en projets

Pour autant, l’horizon laitier est-il complètement bouché ? Non, à en croire d’autres résultats : 40 % des sondés prévoient en effet une installation sur l’exploitation d’ici cinq ans. Un élément à rapprocher de la bonne tenue des installations en lait dans le département : celles-ci représentant en 2018 plus de la moitié des 103 installations aidées. Preuve que des jeunes continuent de croire dans l’avenir du lait et en leur passion. Autre donnée portant à plus d’optimisme : un tiers des répondants fait état d’un projet d’investissement dans les années à venir : 22 % pour rénover ou agrandir un bâtiment, 16 % réfléchissent au photovoltaïque, 7 % à une installation de séchage en grange, et 3 % à un atelier de transformation fromagère. Des projets d’investissement qui portent également sur l’installation de traite : 24 % envisagent d’accroître ses capacités ou de l’aménager, 8 % n’excluent pas le choix du robot d’ici 2028, avec néanmoins une inquiétude quant à sa compatibilité avec la pâture et l’autonomie fourragère.

S’agissant du nerf de la guerre, la commercialisation du lait et sa valorisation, l’ultra majorité (97 %) livrent en laiterie mais s’interrogent sur la pérennité de leur tournée de collecte. Sans surprise, le prix de leur production est jugé insuffisant et à la question : “Quel prix du lait vous permettrait de voir l’avenir plus sereinement ?”, plus de 80 % avancent 400 €/1 000 l. Pour mémoire, le prix de base moyen sur 2018 s’établit à 320 € (370 € pour le lait AOP, 450 € pour le lait bio) et la FNPL a évalué à 396 €/1 000 l le prix de revient du lait permettant de rémunérer un producteur à hauteur de deux Smic(3). Pour obtenir une meilleure rémunération, 10 % des enquêtés envisagent de changer de laiterie, 4 % de passer en bio et 1 % évoquent la fabrication fromagère. Quant aux AOP, si elles sont aujourd’hui perçues comme un gage de valorisation supérieure, elles méritent selon les producteurs de voir leur image, leur territoire et leur rémunération confortés. À cet égard, Pauline Jenny a rappelé que pour une exploitation de 300 000 l, l’engagement en AOP apporte une plus-value de + 15 000 € en 2018. Tout sauf neutre. Un état des lieux, des attentes et une urgence auxquels, pour la FDSEA et les JA, les entreprises ne peuvent plus rester sourdes... (lire notre prochaine édition). (1) Unité de main d’œuvre. (2) Un tiers livrent à Sodiaal, autant à Volcalis, 19 % à Lactalis. (3) Soit 2 300 € nets actuellement pour un salarié aux 35 heures.

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