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Prévenir avant d'avoir à serrer la vis du robinet

Malgré un été moins sec que celui de 2022, la situation des cours d'eau se dégrade, a expliqué le préfet.

Zonage et restrictions en vigueur depuis le 1er septembre.
Zonage et restrictions en vigueur depuis le 1er septembre.
© Préfecture du Cantal

L'été 2023, pourri ! grinceront les juillettistes. Plutôt agréable, conviendront les aoûtiens, même si certaines journées ont donné un avant-goût marqué de l'automne. Pour tous en tout cas, rien à voir avec celui de 2022, caniculaire et aride. Alors pourquoi ce nouvel arrêté préfectoral pris jeudi dernier (31 août) dans le Cantal, plaçant trois territoires au niveau "crise", le plus élevé des mesures de restriction des usages de l'eau, et la quasi totalité du département au niveau d'alerte voire d'alerte renforcée ? Parce qu'entre le ressenti des vacanciers et la réalité des débits des cours d'eau, il y a parfois un petit océan... C'est ce qu'a expliqué vendredi le préfet Buchaillat lors d'un point presse avec un message : la situation des cours d'eau se dégrade et mieux vaut prévenir aujourd'hui que d'avoir à serrer davantage la vis du robinet cet automne voire à manquer d'eau.

Cours d'eau : débits à la baisse
"On a effectivement une année beaucoup plus favorable que 2022 : la séquence hivernale a été assez sèche(1), mais les mois de mars, avril, mai et juin ont été plus pluvieux que l'an dernier. En revanche, depuis fin juillet, la situation des cours d'eau, très réactifs aux précipitations, se tend sachant qu'on n'a pas ici de nappes souterraines", a ainsi expliqué le représentant de l'État dont l'arrêté a été pris après consultation du comité départemental des ressources en eau qui associe les acteurs qualifiés dans le domaine de l'eau et les représentants des différents usagers.
Malgré les quelques précipitations de ces derniers jours et des températures en baisse (avant une nette remontée cette semaine), le déficit hydrique reste de 10 % (voire
20 % dans certaines zones) par rapport à la moyenne de référence (1991-2020), et l'indice d'humidité des sols accuse lui aussi un déficit partout dans le département, allant jusqu'à 40 % sur le secteur de Maurs. Les débits des cours d'eau sont de nouveau orientés à la baisse et certains, comme le Cronce à Aubazat (zone de gestion du Haut-Allier), l'Ander à Roffiac ou encore le Bervezou (zone de gestion du Veyre), ont vu leur débit passer sous le seuil de crise :
0,088 m3/s par exemple pour l'Ander.

Trois secteurs en crise
Conséquences, depuis samedi, de nouvelles mesures de restriction s'appliquent tant aux particuliers qu'aux professionnels, à des degrés divers selon leur localisation : dans les zones Alagnon, Ander-Margeride et Veyre désormais au niveau crise, les usages de l'eau sont ainsi fortement limités ; il est par exemple interdit de laver véhicules (y compris en station de lavage, sauf impératif sanitaire) et voiries, d'arroser les massifs fleuris, pelouses, terrains de sport et de golf, les jardins et potagers (de 8 heures à 20 heures), de remplir et vidanger les piscines mais aussi d'irriguer les cultures agricoles (mesure adaptée selon le type de culture et certains modes d'irrigation(2)). Dans le Haut-Allier en alerte renforcée (tout comme les affluents du Lot et l'Aubrac déjà classés à ce niveau), une grande partie de ces interdictions prévalent avec quelques adaptations (arrosage des terrains de sports limité, irrigation restreinte...).
Dans les zones Rhue, Mars, Sumène et Cère en alerte (comme la zone  Truyère qui l'était déjà) : interdiction pour les particuliers de laver leur véhicule chez eux, arrosage des terrains de sport limité, tout comme l'irrigation agricole. Enfin, dans les quelques rares communes encore au niveau de seule vigilance, le message préfectoral est celui de la responsabilité en incitant chacun à une limitation volontaire de sa consommation de l'eau(3).


Contrôles intensifiés et outil Vigieau
"Ces restrictions permettent un équilibre de la ressource disponible pour tous les territoires, et la préservation des milieux aquatiques", fait valoir le représentant de l'État, précisant qu'à ce stade, aucune difficulté grave d'approvisionnement en eau potable n'est constatée. "On a eu la chance, par rapport à d'autres départements et régions, d'être jusque-là un peu préservé ; maintenant, il faut redoubler de vigilance pour éviter le plus possible des restrictions encore plus fortes et ainsi "limiter la casse", appuie Laurent Buchaillat, qui n'a pas manqué de préciser que les contrôles du respect de ces mesures allaient s'intensifier, notamment dans les secteurs les plus fragilisés. L'OFB (Office français de la biodiversité) en a déjà réalisés une cinquantaine depuis le 27 juillet, date du premier arrêté "sécheresse". "Dans la lignée des années précédentes, l'immense majorité des utilisateurs respecte les restrictions ; pour les autres, quand il y a incompréhension des dispositions de l'arrêté, il s'agit de faire preuve de pédagogie ; il y a quelques cas en revanche qui relèvent davantage de la mauvaise foi et de comportements récalcitrants qui peuvent donner lieu à des procédures judiciaires", expose le préfet, qui croit beaucoup aux vertus de "Vigieau", le nouvel outil gouvernemental permettant à chaque usager, à partir de son adresse renseignée sur le site dédié (vigieau.gouv.fr), de connaître le niveau et la nature des restrictions qui s'appliquent (ou non) à sa commune.

(1) Hormis mars et juin, tous les mois de 2023 affichent une pluviométrie inférieure aux normales mensuelles (1991-2020).
(2) Irrigation au goutte à goutte ou avec micro-asperseur.
(3) Avec quelques exemples : économie de 110 litres d'eau en prenant des douches de
4-5 min plutôt que des bains, 100 l économisés par jour égale

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