Prédation Loup en Corrèze : une pression qui s’intensifie, des coûts qui explosent
Le 21 janvier dernier, la cellule de veille loup s’est réunie à la préfecture de la Corrèze, sous la présidence du préfet Vincent Berton. Étaient présents les services de l’État, l’Office français de la biodiversité (OFB), ainsi que les représentants professionnels agricoles : Marie-France Forest pour la Chambre d’agriculture, Jean-Pierre Brousse et Jean-Paul Merpillat pour la FDSEA, Antoine Brousse et Justin Hayma pour les Jeunes Agriculteurs.
Le 21 janvier dernier, la cellule de veille loup s’est réunie à la préfecture de la Corrèze, sous la présidence du préfet Vincent Berton. Étaient présents les services de l’État, l’Office français de la biodiversité (OFB), ainsi que les représentants professionnels agricoles : Marie-France Forest pour la Chambre d’agriculture, Jean-Pierre Brousse et Jean-Paul Merpillat pour la FDSEA, Antoine Brousse et Justin Hayma pour les Jeunes Agriculteurs.
Une présence désormais confirmée
Les indices recueillis sur le territoire corrézien permettent aujourd’hui de confirmer la présence d’un couple reproducteur de loups accompagné de leur portée. Une situation qui marque un tournant et explique la montée en puissance des attaques observées sur les exploitations d’élevage.
Des attaques en forte hausse
En 2025, 87 constats de dommages sur animaux domestiques ont été réalisés par l’OFB. Parmi eux, 50 constats ont conclu à une « responsabilité du loup non écartée », concernant 222 ovins tués ou blessés, 6 bovins tués ou blessés et 1 chien de protection blessé. À cela s’ajoutent 7 constats à cause indéterminée, ayant néanmoins donné lieu à une proposition d’indemnisation compte tenu du contexte local de prédation (2 bovins, 4 ovins et 2 chiens de protection blessés). Ces dommages ont été indemnisés dans le cadre du Plan national d’actions 2024-2029 sur le loup, pour un montant total avoisinant 76 000 euros.
Mais ce chiffre ne reflète qu’une partie de la réalité.
Des coûts qui s’envolent
Aux indemnisations directes s’ajoutent les aides à la protection des exploitations et des troupeaux. Pour 2025, 291 000 euros sont mobilisés :
- 101 000 euros pour les investissements de protection (clôtures, équipements, ...),
- 190 000 euros pour le gardiennage et l’entretien des chiens de protection.
Un chiffre d’autant plus préoccupant que la moyenne des trois dernières années se situait autour de 85 000 euros. Si le classement de communes en cercle 1 explique en partie cette hausse, l’augmentation réelle de la prédation est également en cause. En additionnant les indemnisations des dommages et les aides à la protection, ce sont près de 370 000 euros qui ont été mobilisés sur la seule année 2025.
Un chiffre qui ne reflète pourtant pas l’ensemble de la réalité, puisqu’il n’intègre pas les nombreux coûts indirects supportés par la collectivité : mobilisation des agents de l’OFB, moyens administratifs, suivi technique… Autant de charges supplémentaires qui interrogent sur la soutenabilité du dispositif actuel et sur l’équilibre entre protection de l’espèce et survie des élevages.
Et les signaux pour 2026 sont déjà alarmants : quatre constats sur bovins ont été enregistrés depuis le début de l’année.
Mise en œuvre des tirs de défense
En 2025, 49 autorisations de tirs de défense simple ont été délivrées, dont 20 concernant des bovins, ainsi qu’une autorisation de tir de défense renforcée. Les lieutenants de louveterie ont été fortement mobilisés : 189 interventions sur 11 exploitations et 2 interventions de la Brigade mobile d’intervention (BMI), chacune sur 4 nuits, concernant 4 exploitations.
Par ailleurs, l’évolution du zonage pour 2025-2026 prévoit le classement de 2 communes supplémentaires en cercle 1 (Ambrugeat et Pérols-sur-Vézère) et 4 communes en cercle 2, élargissant encore les territoires concernés par la prédation.
Indemnisations bovines : la FDSEA monte au créneau
La Chambre d’agriculture de la Corrèze a profité de cette réunion pour interpeller le préfet sur un point crucial : la réévaluation des montants d’indemnisation pour les bovins. Les représentants syndicaux ont transmis les cotations bovines des deux dernières années afin d’appuyer leur demande. Le préfet a reconnu que les montants actuels ne sont plus adaptés et a indiqué en prendre bonne note. Un constat partagé par Marie-France Forest :
Les cours ont été multipliés par deux. Sans révision des indemnisations, c’est la double peine pour les éleveurs. »
Une inquiétude grandissante pour l’avenir
Alors que le reclassement du loup est en cours au niveau national, la vigilance reste maximale en Corrèze. Les agriculteurs ont jusqu’au 30 juin 2026 pour déposer leurs demandes de paiement des moyens de protection pour l’année 2025, factures acquittées à l’appui. Mais au-delà des dispositifs administratifs, l’inquétude domine sur le terrain.
Toujours plus d’argent, toujours plus d’attaques, pour seulement deux loups qui attaquent. Et les petits vont commencer à chasser… Il y a déjà quatre prédations sur bovins depuis le début de l’année, et les ovins sont rentrés… On craint une véritable explosion à venir », alerte Marie-France Forest.
Pour la FDSEA et les JA, le message est clair : la situation n’est plus tenable. Sans évolution rapide des réponses apportées, c’est l’avenir de l’élevage corrézien qui est directement menacé.
Liste des communes classées en cercle 1 (arrêté du 22 décembre 2025) :
- Ambrugeat,
- Chavanac,
- Meymac,
- Millevaches,
- Pérols-sur-Vézère,
- Peyrelavade,
- Saint-Merd-Les-Oussines,
- Saint-Setiers,
- Saint-Sulpice-Les-Bois,
- Sornac,
- Tarnac,
Toy-Viam.
Appel à projets 2026 : aides à la protection contre le loup
Date limite de dépôt des demandes : 31 juillet 2026 à minuit L’appel à projets national 2026 permet aux éleveurs de bénéficier d’aides financières pour protéger leurs exploitations et troupeaux contre la prédation par le loup.
Zonage Corrèze (arrêté le 22 décembre 2025) :
- Cercle 1 (12 communes) – prédation avérée : aides pour chiens de protection (achat, entretien, stérilisation, tests et accompagnement technique), investissements matériels (parcs de pâturage électrifiés fixes et/ou mobiles, électrification de parcs fixes existants, regroupement nocturne en bergerie ou en parcs de nuit), gardiennage et compensation du temps de l’éleveur. Au moins deux types de dépenses doivent être mis en œuvre pour bénéficier de l’aide.
- Cercle 2 (55 communes) – risque de prédation : aides pour chiens de protection et investissements matériels.
- Cercle 3 – zone d’expansion : aides possibles pour chiens de protection.
Contact DDT : 05 55 21 82 92 – ddt-seper@correze.gouv.fr
Contact Chambre d’agriculture : 05 55 21 55 21