Portrait Mickaël Clarissou : l’éleveur limousin qui sculpte l’avenir de son troupeau
Éleveur passionné au GAEC Clarissou situé à la Croix du Don près de Saint-Paul, Mickaël perpétue avec son frère Jérôme un héritage familial, où chaque veau, chaque truie, est le reflet d’une histoire d’amour pour la terre et les animaux. Avec 265 hectares, 150 truies naisseurs-engraisseurs et 200 vêlages limousins par an, son quotidien est bien plus qu’une simple exploitation : c’est une quête d’excellence, un combat contre les aléas de la nature et une foi inébranlable dans l’avenir de l’élevage.
Éleveur passionné au GAEC Clarissou situé à la Croix du Don près de Saint-Paul, Mickaël perpétue avec son frère Jérôme un héritage familial, où chaque veau, chaque truie, est le reflet d’une histoire d’amour pour la terre et les animaux. Avec 265 hectares, 150 truies naisseurs-engraisseurs et 200 vêlages limousins par an, son quotidien est bien plus qu’une simple exploitation : c’est une quête d’excellence, un combat contre les aléas de la nature et une foi inébranlable dans l’avenir de l’élevage.
Ses parents, revenus sur l’exploitation en 1983, avaient posé les premières pierres avec 50 truies. Son père, ancien employé à l’abattoir Charal, et sa mère, pionnière de l’élevage porcin, avaient monté l’activité pas à pas. Mickaël, lui, s’est installé en 2005, reprenant le flambeau avec une conviction :
Je veux des vaches viables, faciles à vivre. »
Pas de monstres de concours, pas de bêtes capricieuses, mais un troupeau robuste, productif et adapté à la réalité du terrain.
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L’artisan de la génétique : entre science et intuition
Mickaël n’est pas un éleveur comme les autres. Il est un sculpteur de lignées, un passionné qui passe ses soirées à feuilleter des catalogues de taureaux, cherchant le parfait compromis entre facilité de naissance, croissance et qualités maternelles.
Je préfère un veau petit et vivant qu’un gros et mort », répète-t-il, une philosophie qui guide chacun de ses choix.
Pour lui, la génétique, c’est aussi observer et écouter.
Quand les techniciens voient une lignée avec de l’os, de la facilité de naissance, mais un manque de viande, il faut tendre l’oreille, le garder. Et après, il faut savoir quel taureau associer pour pointer. »
Mickaël en a conscience :
On a plus de chances de se tromper que d’avancer, et plus de risques de régresser que de progresser. » Mais c’est justement ce qui rend la génétique si passionnante : « Quand on avance, c’est grisant. Quand on recule, on apprend. Et quand on se trompe sur une vache, en une fois, ça peut tout faire basculer. Mais la génétique, c’est intéressant quand on avance, et formateur quand on n’avance pas. »
Une sélection rigoureuse, mais pas sans risques
Mickaël ne travaille pas seul. Bovins Croissance, le Herd Book Limousin et Créalim sont ses partenaires indéfectibles dans cette quête d’excellence. Cet organisme de contrôle de performances suit son troupeau de près. Christophe Roussie, technicien de Bovins Croissance, a été déterminant : « C’est lui qui m’a poussé à adhérer au Herd Book et à m’engager dans la génétique. » Les techniciens viennent peser, évaluer, et surtout conseiller.
Ils ont une vue d’ensemble que je n’ai pas. Quand un taureau marche bien dans plusieurs troupeaux, ils me le signalent. Leur expertise est précieuse pour affiner mes choix. »
Le Herd Book Limousin est le livre généalogique de la race, garant de la traçabilité et de la qualité génétique. Grâce à lui, Mickaël réalise des prélèvements ADN (poils de queue) pour obtenir les index génomiques (Gembal, Iboval).
" Avec la génomique, on a une idée bien plus précise du potentiel de chaque animal. »
Créalim est le schéma de sélection de la race limousine, et Mickaël utilise leur catalogue de taureaux pour ses choix d’insémination.
En quinze ans, Mickaël a hissé son troupeau parmi les meilleurs de la race limousine : 34 vaches dans le top de la race, 4 à 5 vaches recommandées, et un impressionnant taux de vêlage de 97 %. Cependant, il reste insatisfait. « Je ne suis jamais content. Satisfait, peut-être. Mais content, non », confie-t-il. Toujours à la recherche du Graal : le taureau qui allie facilité de naissance, croissance et viabilité économique, trois critères essentiels pour un élevage durable et rentable.
Un métier de combat : entre sécheresses
et pressions économiques
Mais l’élevage, ce n’est pas qu’une question de génétique. C’est aussi un combat quotidien contre des éléments de plus en plus hostiles. Les défis climatiques sont nombreux : « Les vaches souffrent de la chaleur. Des deuxièmes vêlées qui ne reviennent pas en chaleur, j’avais jamais vu ça. » Mickaël n’est pas complotiste, mais les maladies(FCO, MHE) et les sécheresses à répétition le font douter.
On dirait qu’on nous pousse à baisser les bras. Mais on n’a pas le choix : il faut s’adapter, trouver des solutions. »
Malgré ces difficultés, il continue d’innover, refusant de se laisser abattre par les aléas.
La guerre des prix est également un défis de taille.
« Charal, Bigard… Ils nous serrent comme des citrons »,dénonce-t-il.
Alors que le prix de la viande chute, les marges des grandes surfaces continuent de grimper, rendant la survie des éleveurs de plus en plus précaire.
« Leclerc met 40 % de marge sur nos barquettes. C’est facile pour eux. Pour nous, c’est la survie », insiste-t-il.
La transmission : une histoire de famille et de passion
Mickaël n’est pas seul dans cette aventure. Jérôme, son frère, champion de France du Cochon d’Or, partage cette quête d’excellence. Et les plus jeunes prennent le relais : les filles de son frère et ses propres enfants montrent déjà un intérêt pour l’élevage. « On verra bien si elles reprennent, mais quand elles s’installeront, moi j’aurai les cheveux blancs. Mais si elles gardent cette passion, alors l’avenir sera entre de bonnes mains », confirme-t-il avec fierté.
Un homme de terrain, un rêveur pragmatique
Mickaël Clarissou, c’est l’alliance rare entre un travailleur acharné et un rêveur obstiné. « La génétique, c’est comme la chasse. Il faut aligner les planètes », dit-il, tout en savourant les petites victoires de la vie d’éleveur. « Quand un collègue à qui j’ai vendu un veau me dit : ‘Je n’ai jamais vendu les produits du taureau aussi chers’, ça, c’est ma plus belle récompense. »
Je dors vache, je mange vache, je bois vache. »** Une boutade ? Non. Une réalité.
Avec une vision claire de l’avenir, il préfère investir dans un bon taureau plutôt que dans un tracteur coûteux.
La vraie limousine, c’est une vache facile à vivre, économique, qui produit »,
assure-t-il, tout en nourrissant des doutes sur le futur de son métier : « Est-ce que dans 10 ans, l’élevage existera encore ? »
Si l’avenir de l’élevage reste incertain, une chose est sûre : tant qu’il y aura des hommes comme Mickaël Clarissou, prêts à se battre pour leur passion avec intelligence et détermination, l’espoir restera vivant.