Portrait : Michel Breuil, le vigneron qui cultive aussi l’humain
Au Saillant, au Couvent de la Providence, Michel Breuil ne produit pas seulement du vin. Son exploitation, membre des Vignerons indépendants, produit sous l’appellation « Chant d’Ardoise » des rouges, blancs et rosésen IGP Pays de Brive et AOC Corrèze. Depuis plus de trente ans, cet agriculteur corrézien porte un projet singulier, mêlant renaissance du vignoble, développement local et insertion de travailleurs en situation de handicap. Une aventure où la passion de la terre se conjugue avec l’engagement humain.
Au Saillant, au Couvent de la Providence, Michel Breuil ne produit pas seulement du vin. Son exploitation, membre des Vignerons indépendants, produit sous l’appellation « Chant d’Ardoise » des rouges, blancs et rosésen IGP Pays de Brive et AOC Corrèze. Depuis plus de trente ans, cet agriculteur corrézien porte un projet singulier, mêlant renaissance du vignoble, développement local et insertion de travailleurs en situation de handicap. Une aventure où la passion de la terre se conjugue avec l’engagement humain.
Sur les coteaux qui dominent la Vézère, la vigne dessine aujourd’hui un paysage qui semblait pourtant avoir disparu depuis longtemps. Entre les terrasses, les murets de pierres et les anciennes parcelles reconquises sur la friche, Michel Breuil raconte une histoire qui est autant la sienne que celle d’un territoire.
« J’ai été agriculteur toute ma vie », résume-t-il simplement. Une phrase modeste pour évoquer un parcours qui l’a conduit de l’élevage à la viticulture, mais aussi de l’exploitation agricole à un véritable projet de territoire.
Un engagement pour les campagnes
Pendant une grande partie de sa carrière, Michel Breuil a élevé des bovins, des porcs et des canards avec son épouse. Mais il a toujours défendu une agriculture ouverte sur son environnement et capable de faire vivre les campagnes. Ancien président de « Bienvenue à la ferme », il a également participé à la création des premiers marchés de producteurs du secteur. Une manière, déjà, de rapprocher producteurs et consommateurs et de défendre une économie locale.
Ce n’est pas la finance qui fait vivre les territoires ruraux. Chez nous, c’est un homme, un produit et un territoire», affirme-t-il.
Faire renaître une histoire oubliée
C’est à la fin des années 1990 que commence véritablement l’aventure viticole. Michel Breuil ne part pas
de rien : il s’appuie sur des recherches historiques qui témoignent de l’importance ancienne de la vigne dans le bassin de Brive. Avant le phylloxéra, près de 18 000 hectares de vignes couvraient ainsi le territoire. Allassac et Voutezacfiguraient parmi les grandes communes viticoles de la Corrèze.
Au Saillant, les terrasses dominant la Vézère bénéficiaient déjà d’une réputation liée à leur exposition et à la qualité de leurs sols. Au fil de ses recherches, Michel Breuil découvre un patrimoine viticole beaucoup plus riche qu’il ne l’imaginait. L’histoire du vignoble est liée aux communautés religieuses, aux échanges avec les papes d’Avignon et aux habitudes de consommation de la cour royale sous Henri IV. Une histoire progressivement effacée par les crises agricoles et surtout par le phylloxéra.
Lorsqu’il entreprend les premiers travaux de remise en état des parcelles, il mesure l’ampleur de la tâche :
Il n’y avait plus rien, que des friches. On redécouvrait les terrasses, les cabanes et les escaliers à mesure que l’on avançait. »
Sous les ronces, apparaissent progressivement les traces d’un vignoble disparu depuis plus d’un siècle. Les anciennes terrasses sont dégagées, les murets restaurés et les parcelles reconquises. Replanter devient alors bien plus qu’un choix agricole : c’est une manière de faire revivre une mémoire locale.
Une vigne comme outil de développement
Au fil des années, le vignoble s’installe dans le paysage, et le projet prend une nouvelle dimension. Michel Breuil ne veut pas simplement produire quelques bouteilles. Il souhaite participer à la reconstruction d’une véritable identité viticole locale.
« Nous sommes un projet de développement de territoire », insiste-t-il.
Avec l’appui de techniciens, de chercheurs de l’INRA, de l’entreprise APS (Amis du Pont du Saillant) et de professionnels du vin, il travaille à adapter la production aux caractéristiques du terroir. L’objectif n’est pas de rivaliser avec les grands vignobles français sur les volumes, mais de miser sur la typicité et la qualité.
On ne peut pas lutter sur les volumes. Il faut faire de la qualité. »
La démarche passe également par l’expérimentation. Face au changement climatique, à la pression des maladies et à l’évolution des attentes des consommateurs, Michel Breuil s’intéresse à de nouveaux cépages et à des pratiquespermettant de réduire les traitements et de mieux préserver les sols. Le vin devient ainsi le résultat d’un travail agricole, mais aussi d’une réflexion permanente sur l’avenir du territoire.
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Quand la vigne devient un outil d’insertion
Mais la plus grande satisfaction de Michel Breuil ne se mesure pas uniquement en bouteilles produites ou en hectares plantés. En 2003, parallèlement au développement du vignoble, il participe à la création d’une entreprise adaptée destinée à employer des travailleurs en situation de handicap.
Aujourd’hui, la structure compte vingt-quatre salariés, dont 14 TH, et intervient dans plusieurs activités, notamment dans des secteurs liés à l’agriculture et à l’entretien des espaces verts. Pour le vigneron, cette dimension socialen’est pas un complément au projet agricole : elle en constitue l’une des pierres angulaires.
« Aujourd’hui, c’est là que j’ai le plus de satisfaction », confie-t-il.
Derrière cette phrase se trouvent des parcours individuels. Des hommes et des femmes qui, grâce au travail, retrouvent progressivement confiance, autonomie et reconnaissance. Michel Breuil insiste sur l’importance de leur permettre de prendre leur place dans la société et de montrer, par le travail accompli, ce dont ils sont capables.
Dans son exploitation, la terre devient ainsi un support d’activité, mais aussi un moyen de créer du lien. Le travail agricole, l’entretien des espaces et les différentes tâches quotidiennes offrent un cadre dans lequel chacun peut trouver sa place.
Une autre manière de penser l’agriculture
Cette conception de l’agriculture accompagne depuis toujours le parcours de Michel Breuil. Pour lui, une exploitation ne peut pas être uniquement considérée comme une unité de production. Elle doit aussi être capable de créer de l’activité, de transmettre des savoir-faire et de participer à la vie collective.
Son engagement dans les circuits courts, les marchés de producteurs, l’accueil à la ferme, puis la viticulture, s’inscrit dans cette même logique : rapprocher l’agriculture de la société et redonner du sens à l’acte de produire.
Au Saillant, le vignoble contribue également à la valorisation d’un paysage. Les terrasses restaurées, les vieilles pierres et les parcelles plantées participent à l’identité du site et à son attractivité. Les nouvelles plantations se font en partenariat avec l’école de Voutezac.
La bouteille de « Chant d’Ardoise » raconte ainsi, à sa manière, une histoire qui dépasse largement celle du vin.
Transmettre plus qu’un vignoble
À l’heure où de nombreux agriculteurs s’interrogent sur l’avenir de leurs exploitations et sur la transmission de leur métier, Michel Breuil regarde lui aussi vers l’avenir. Il sait qu’une exploitation, aussi engagée soit-elle, ne peut survivre que si elle trouve les moyens de se transmettre.
Mais ce qu’il souhaite laisser derrière lui dépasse largement une propriété ou un vignoble :
Ce sont nos enfants qui transmettront l’histoire. » « Les hommes passeront. Il faut qu’il reste quelque chose. »
Cette phrase résume peut-être le mieux son parcours. Il y a d’abord la terre, qu’il a fallu reconquérir. Puis la vigne, qu’il a fallu replanter. Il y a aussi une histoire locale qu’il a voulu faire ressurgir, et une activité économique qu’il a cherché à inscrire durablement dans le territoire. Et enfin, il y a les hommes et les femmes qui travaillent autour de lui.
Accompagné par une équipe fidèle depuis 30 ans, Michel Breuil aura donc contribué à faire renaître bien plus qu’un vignoble. Il aura participé à reconstruire une activité, à restaurer un patrimoine et à créer des emplois. Une façon de rappeler que l’agriculture peut produire du vin, bien sûr, mais aussi de la mémoire, de l’activité et du lien social.
Au Saillant, les rangs de vigne racontent finalement une histoire simple : celle d’un homme qui a choisi de faire pousser quelque chose là où il ne restait plus que des friches, avec la conviction que la meilleure récolte n’est pas toujours celle que l’on retrouve dans une bouteille.