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Pomiculture : Visite en pleine cueillette chez Françoise Besse

À Lascaux, en Corrèze, l’exploitation fruitière de Françoise Besse est en pleine effervescence en ce mois de septembre. 

© UP19

Productrice passionnée et présidente de la coopérative Cooplim, elle dirige avec rigueur les récoltes sur ses 15 hectares de vergers, une activité qu’elle a reprise avec son mari sur les terres familiales. 

Une productrice engagée et une exploitation en transition 

Sur l’exploitation, la star, c’est la Golden AOC Pomme du Limousin, destinée à la coopérative. Une variété exigeante, à laquelle s’ajoute une plus petite production d’Evelina, une pomme plus récente commercialisée chez Grand Frais. 

Jusqu’en 2024, le couple élevait aussi des broutards, un atelier qu’ils ont cédé à un voisin pour se consacrer pleinement à la culture fruitière.  

Un tournant s’est opéré en mai dernier : le mari de Françoise a vendu ses parts à Pierre Borie, ancien chef de verger et désormais repreneur de l’exploitation. 

Pierre a de nouvelles ambitions : 

Il faut diversifier les variétés, ne plus dépendre uniquement de la Golden, aussi appréciée que fragile. Dès qu’un fruit est marqué, il est déclassé, ce qui entraîne une perte de valeur importante ».  

Il travaille également à accélérer la cadence de cueillette, afin de renforcer la rentabilité de la production. 

Une main-d'œuvre saisonnière difficile à fidéliser 

Cette année, 29 cueilleurs venus d’Italie, d’Espagne, du Maroc et, dans une moindre mesure, de France, participent à la cueillette. Chaque saison, il faut réexpliquer les gestes aux nouveaux arrivants : 

Il faut montrer comment manipuler les fruits avec délicatesse pour éviter les marques », expliquent Françoise et Pierre. « Avant, on ressentait plus de dynamisme, d’enthousiasme… et surtout, une vraie fierté dans le travail bien fait ».  

Trois méthodes sont utilisées pour récolter les pommes : 

- À pied, pour les fruits accessibles à hauteur d’homme, déposés dans des palox (caisses de 250 kg), 

- À l’échelle, pour atteindre les branches plus hautes, 

- Sur des plateformes mobiles, plus sécurisées et ergonomiques. 

Une culture de précision tout au long de l’année 

La pomiculture exige technicité et attention permanente. 

Après la cueillette, en octobre, les arbres entrent en dormance pour quatre mois ; ils sont taillés pour réguler leur croissance et optimiser la production. 

Au printemps, les fleurs apparaissent : une période critique marquée par les risques de gel, de grêle ou de sécheresse. 

Des filets de protection et des systèmes d’aspersion sont installés pour protéger les cultures. C’est aussi la saison de la surveillance des ravageurs, avec une vigilance accrue face à une météo de plus en plus capricieuse. 

Quand les fruits commencent à se former, il faut : 

- Appliquer des traitements hormonaux de synthèse pour stimuler leur croissance, 

- Lutter contre les pucerons, qui piquent les pommes et freinent leur développement. 

Aujourd’hui, à cause des restrictions réglementaires sur les produits phytosanitaires, il faut multiplier le nombre de passage pour compenser la réduction des substances autorisées et l’apparition de résistances, sans toujours garantir l’efficacité, ce qui pose entre autres des défis économiques ». 

L’éclaircissage est ensuite indispensable pour retirer les fruits mal formés et permettre aux autres de grossir correctement. 

Une irrigation devenue indispensable 

L’irrigation est un autre enjeu majeur. Jadis inutiles sur certaines parcelles bien exposées, les arrosages sont désormais indispensables, notamment pour les jeunes arbres, qui ont besoin d’un apport régulier en eau dès la plantation. L’eau est distribuée au goutte-à-goutte, une méthode économique mais qui nécessite une retenue d’eau suffisante. 

Les retenues collinaires devraient être systématiquement autorisées. L’eau est indispensable à l’agriculture, et il faut savoir la partager », affirme Françoise Besse. 

Un avenir assuré pour l’exploitation 

Avec la rentrée de septembre vient aussi le moment fort de la cueillette, qui dure entre trois et quatre semaines. 

Heureuse de transmettre une exploitation performante, Françoise se réjouit : 

Nous n’avons pas travaillé pour rien. Tous les efforts d’amélioration menés au fil des années permettent aujourd’hui une reprise dans de bonnes conditions ». 

Elle souligne toutefois que le travail de transmission doit évoluer : 

Trop souvent, on laisse des vergers à l’abandon en espérant qu’un éleveur reprendra les terres. Il faut au contraire donner envie aux jeunes de s’installer. Une reprise doit permettre non seulement de perpétuer l’activité, mais aussi de garantir une retraite en récupérant son capital ». 

Grâce à une exploitation bien structurée, Pierre pourra produire dès la première année. 

Maintenir l’AOP et faire vivre le territoire 

Concernant l’AOP Pomme du Limousin, Françoise affiche clairement ses ambitions : 

L’objectif est de maintenir, voire d’augmenter les volumes, pour se différencier et continuer d’exister ». 

Elle insiste sur le rôle fondamental de la coopérative Cooplim, qui soutient les producteurs via des programmes opérationnels européens. 

Pour que chaque jour nous puissions consacrer le plus de temps possible à produire des pommes saines, savoureuses et respectueuses de l’environnement, nous avons choisi de nous regrouper en coopérative. Ensemble, producteurs et salariés, nous partageons ce travail collectif », conclut Françoise Besse. 

Un métier exigeant, mais porteur d’avenir 

En Corrèze, l’exploitation de Françoise Besse symbolise les mutations de la filière fruitière : entre transmission, adaptation climatique, innovations culturales et gestion collective. Une pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, dit-on – et ici, elle est surtout le fruit d’une passion cultivée avec exigence. 

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