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INNOVATION
Pneumatique : Michelin chausse la moissonneuse géante de New Holland

Michelin a développé pour le constructeur New Holland, deux nouveaux pneumatiques hors-norme pour équiper sa moissonneuse-batteuse CR11, la plus grosse du monde.

Dans l'usine de Valladolid en Espagne, le process de fabrication des pneus agricoles n'est pas entièrement automatisé en raison des grandes dimensions.
© Jérôme Cambier

Une barre de coupe allant jusqu'à 18 mètres, une trémie de 20 000 litres, un réservoir à carburant de 1 500 litres, 775 chevaux sous le capot et des pneus avant de 2,32 mètres de diamètre... Ce sont les dimensions hors-norme de la CR11, la dernière moissonneuse-batteuse de Case-New Holland (CNH), dévoilée l'année passée au salon Agritechnica.

En cours de commercialisation, la plus grosse machine du genre au monde est un concentré d'innovations de son moteur à ses matériaux, jusqu'aux pneus développés et fabriqués par Michelin. Le manufacturier clermontois a travaillé durant cinq années avec le constructeur pour chausser ce mastodonte. Là où d'aucuns ne verront que de la gomme, se cachent en réalité une technologie et un savoir-faire dont seul Bibendum en a le secret. Michelin est en effet parvenu à développer des pneus supportant à la fois les mensurations exceptionnelles de cette géante (19,55 t/pneu) et capables de se déformer suffisamment pour réduire de 7% sa pression sur le sol.

 


 

Lire aussi : Michelin présente le "pneu agricole 2 en 1"

 

Science et technologie au service du pneu agricole


Les deux nouveaux pneumatiques Cerexbib 2 (VF 900/65 R46 et VF 800/70 R46) qui équipent la CR11 ont été développés dans les laboratoires clermontois de Michelin. Cinq années auront été nécessaires aux équipes de Ladoux pour relever ce défi de taille car en effet, comment réduire la pression au sol d'une machine explosant tous les records d'envergure, tout en maintenant les performances énergétiques de celle-ci et en restant dans les clous de la législation européenne pour les déplacements sur route ?


Michelin et le groupe CNH ont travaillé de concert dès 2018, soit quatre ans à peine après le début du projet chez le constructeur. Cette collaboration a été maintenue dans le plus grand des secrets. « Nos équipes n'ont jamais vu la machine entière. Ils ont travaillé sur des morceaux et pas plusieurs à la fois » explique Mathieu Tuffery, technical account manager chez Michelin (responsable des relations clients en français NDLR). De même, Michelin ne dévoilera jamais la composition exacte de ses pneus. « Environ 20 à 25 matériaux différents les composent » nous confie-t-on timidement.


« Ce n'est pas juste de la gomme »
Mathieu Tuffery, technical account manager chez Michelin


La gamme Cerexbib 2 embarque en son sein la technologie brevetée Michelin Ultraflex Technology. Lancée il y a tout juste 20 ans, elle permet de rouler aux champs en basse pression et d'élargir l'empreinte au sol de 23% dans le cas du Cerexbib2 qui équipe la CR11. Selon les calculs internes de Michelin (réalisés aux champs), la pression au sol exercée par la moissonneuse-batteuse est ainsi réduite de 7% par rapport à son aînée la CR10.90. Qui dit élargissement de l'empreinte, dit déformation du pneu et in fine endurance réduite.

 

 

C'est là que le savoir-faire made in Bibendum intervient. « Ce n'est pas juste de la gomme, c'est un concentré de connaissances et d'expertises. » Quatre couches différentes composent ces pneus notamment des nappes métalliques et en tissu. « C'est toute l'ingénierie de cette technologie : parvenir à avoir un pneumatique suffisamment souple pour se déformer et élargir son empreinte en basse pression pour ensuite revenir, lors du regonflage, à son état initial sans que cela n'entame la durée de vie du pneumatique. C'est un travail de recherche sur les gommes, les matériaux, la forme et l'inclinaison des barrettes jusqu'à l'emplacement de manière stratégique de chacun de ces composants sur le pneu » explique Anne-Laure Fraenkel, coordinatrice de projet pour l'agriculture chez Michelin.

L'expertise du manufacturier est telle que le groupe CNH n'a pas hésité à revoir la conception du châssis arrière de sa machine pour accueillir les pneus Michelin et optimiser leur performance. Le groupe a d'ailleurs signé un accord d'équipement exclusif pour les deux prochaines années.

 

Lire aussi : Le palmarès des Sommets d'Or 2024


Les pneus agricoles fabriqués en Espagne


Ces pneus hors normes sont fabriqués à plus de 1 000 km du siège clermontois de Michelin, à Valladolid en Espagne. L'usine cinquantenaire emploie plus de 1 600 personnes et produit chaque année 66 000 pneus agricoles dont 60% sont destinés au marché européen. Elle est notamment reconnue au sein du groupe pour la conception de pneumatiques équipés d'une carcasse métallique telle que l'exige la technologie Ultraflex. Les dimensions du Cerexbib 2 ont nécessité peu d'ajustements et d'investissements au sein de l'usine qui concevait déjà des pneus de 46 pouces.

Deux jours de fabrications sont tout de même nécessaires pour chaque pneumatique agricole, quelle que soit la taille. « De manière générale, les grandes dimensions des pneus agricoles ne permettent pas d'automatiser l'ensemble du processus de fabrication. La manutention est donc encore importante sur ces produits »  explique Mathieu Tuffery. La main de l'Homme est en effet présente dans la majorité des étapes de la découpe des nappes à leur positionnement. Seule la cuisson du pneu dans le moule qui lui donnera sa forme finale, est entièrement automatisée.


« Michelin est le seul manufacturier à poursuivre le développement de son activité agricole »
Nicolas Reboul, directeur des ventes de premières montes agricoles Michelin


À la fin du processus de fabrication, chaque pneumatique fait l'objet d'un contrôle qualité manuel. Malgré leurs dimensions, les Cerexbib2 sont fabriqués en plusieurs exemplaires. « Nous avons toujours un stock d'avance pour répondre aux demandes notamment de dépannages » explique Nicolas Reboul, directeur des ventes de premières montes agricoles Michelin.


Le manufacturier poursuit le développement de ses innovations sur les pneumatiques agricoles. « Les défis sont importants à la fois sur la préservation des sols et la consommation de carburant. Les machines agricoles sont de plus en plus grosses et avec le changement climatique, les fenêtres d'interventions de plus en plus courtes. Le pneu apporte des solutions sur ces problématiques notamment en basse pression » souligne Anne-Laure Fraenkel. 

Les pneumatiques agricoles ont encore de l'avenir devant eux. « Michelin travaille pour divers domaines de l'automobile à l'exploration spatiale. Les innovations développées dans certains domaines peuvent, demain, se retrouver dans les pneus agricoles et vice-versa » conclut Nicolas Reboul.

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