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“On peut faire de l’économie avec l’AOP”

Le Cif a lancé, en lien avec la Chambre d’agriculture, une étude de caractérisation des exploitations conformes au décret. Objectif à terme : aider les élevages à optimiser leur système.

Chaque zone fourragère est caractérisée au regard des exploitations conformes au décret AOP.
Chaque zone fourragère est caractérisée au regard des exploitations conformes au décret AOP.
© CIf
C’est un chantier de Titan qu’a clôturé le Comité interprofessionnel des fromages (le Cif) au printemps : celui qui a consisté sur deux années à contrôler pas moins de 100 % des producteurs de lait identifiés en 2009 sur la base du nouveau cahier des charges de l’appellation cantal. Une opération inédite dans le monde des appellations d’origine protégée qui a permis au cantal de donner aux opérateurs d’aval et consommateurs tous les gages de transparence et qualité sur son produit. Une page que Jean-François Navarro et la commission technique du Cif qu’il préside ne sont pas mécontents de tourner. “À partir de maintenant on va pouvoir concentrer notre travail et notre accompagnement sur les 1 534 producteurs toujours engagés dans l’AOP cantal afin d’optimiser leur système de production tant d’un point de vue technique tout d’abord, qu’économique ensuite”, affiche le producteur de lait de Thiézac. Non sans préciser, que, comme dans tout signe de qualité, les contrôles prévus dans le cadre du plan d’inspection, se poursuivront chaque année mais auprès d’un échantillon(1) seulement.

Place à l’appui technico-économique

Un accompagnement technico-économique bien plus motivant à ses yeux et dont les premières bases ont été jetées avec la collaboration du service Références de la Chambre d’agriculture. Avec comme matière première, les données recueillies en 2010 auprès des 440 premières exploitations conformes au décret. Descriptif des surfaces, chargement, production, alimentation,... ont ainsi été saisis par le Cif et ont permis de réaliser une première caractérisation des systèmes de production conformes engagés dans l’AOP pour chacune des cinq zones fourragères sur lesquelles s’appuient régulièrement les ingénieurs références : à savoir la zone “maïs favorable” (Châtaigneraie), la zone “maïs possible” (bassin d’Aurillac jusqu’à la bordure limousine et la région de Saignes), la zone “volcanique tout herbe” (le cœur du massif cantalien avec des surfaces en prairies majoritaires), la zone volcanique labourée ou Planèze de Saint-Flour (bon potentiel agronomique mais séchante) et, enfin, la zone “granitique d’altitude” (Margeride et secteur de Riom-ès-Montagnes). Ainsi, il apparaît que 63 % des exploitations de cette base de données livraient moins de 200 000 litres de lait en 2010, excepté sur la zone “maïs favorable” où cette proportion tombe à 40 % (avec 23 % de livreurs à plus de 400 000 litres, contre 7 % seulement de moyenne sur l’ensemble des zones). Sept élevages sur dix produisaient par ailleurs moins de 5 500 litres par vache (4 % plus de 7 500 l/VL et 1 % plus de 8 500 l/VL), sachant que la moitié des exploitations conformes analysées sont des élevages mixtes herbivores (bovins lait + allaitants ou lait + ovins). Côté alimentation, les deux tiers de ces élevages consomment plus de 250 grammes de concentré par litre de lait, un niveau jugé conséquent par le service Références compte tenu du niveau de production (un tiers des exploitations dépasse même les 300 gr/l). “Une partie du concentré distribué peut venir en substitution de fourrages sur les élevages en déficit fourrager, et n’ont donc pas de lien avec le niveau de production”, tempère néanmoins la Chambre d’agriculture. En matière de stocks fourragers justement, leur niveau est inférieur à deux tonnes de matière sèche pour un tiers des élevages analysés. Ce tonnage est insuffisant pour assurer l’autonomie d’un élevage laitier, précise le service Références, et il conduit donc à des achats de fourrages de compensation ou de concentré, alors même que l’année fourragère prise en compte ne présentait pas de problème particulier hormis, chez certains, des pullulations des rats taupiers. Sachant aussi qu’une forte majorité de ces élevages se situe dans un niveau de chargement compris entre 0,8 et 1,2 UGB/ ha de SFP(2). Enfin, si le maïs ensilage est présent dans 17 % des exploitations conformes contrôlées, les systèmes en foin exclusif représentent 21 % des systèmes fourragers.

Des repères avant d’optimiser

Voilà pour le constat et après ? “L’étape suivante, dont les résultats seront présentés en fin d’automne-début d’hiver aux producteurs, consiste à définir, sur la base de quelques critères clés (lire ci-dessous), une sorte de typologie d’une exploitation type engagée dans l’AOP et représentative d’une zone fourragère donnée”, explique Jean-François Navarro, sans que cette dernière ne constitue pour autant le modèle unique à suivre. L’objectif du Cif est bien de donner aux producteurs des repères sur ces critères qui garantissent la conformité mais surtout, à terme, d’optimiser leur système de production, en parallèle des actions déjà à l’œuvre pour accroître la valorisation du lait transformé en AOP et celle du fromage commercialisé. “On a montré qu’on pouvait être conforme au décret, maintenant on veut montrer qu’on peut faire de l’économie dans l’AOP”, résume ean-François Navarro.

 

 

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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