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Pénurie d'œufs : mythe ou réalité ? Réponses dans le Puy-de-Dôme avec le Clos Mally

Alors que les rayons d’œufs se vident dans de nombreux supermarchés, la filière avicole traverse une période de tension inédite. Au Clos Mally, entreprise familiale du Puy-de-Dôme spécialisée dans l’œuf plein air, la production reste pourtant stable. Mais cela ne suffit pas à répondre à une demande qui explose. Rencontre avec Frédéric Mally, dirigeant de l’entreprise.

Frédéric Mally, dirigeant du Clos Mally
Frédéric Mally, dirigeant du Clos Mally
© Le Clos Mally

On parle beaucoup d’une pénurie d’œufs en ce moment. Quelle est la réalité de la situation ?

Frédéric Mally : D’abord, il faut préciser que le Clos Mally, c’est du 100 % plein air. Notre production est stable, entre 28 et 30 millions d’œufs par an, issus d’une vingtaine de petits élevages de 3 000 à 6 000 poules, fermiers et bio, implantés en Auvergne.

Cette période de pénurie d’œufs que nous vivons actuellement n’est pas le fruit d’une baisse de production. Les problèmes se situent ailleurs et concernent l’ensemble de la filière.

Quelles sont les raisons des tensions actuelles ? 

Frédéric Mally  : Le premier est la transition des élevages en cage vers le plein air. Depuis des années, on annonce la fin de l’élevage en cage ; pourtant, ce mode existe encore, maintenu par des dérogations successives. Mais l’annonce de son arrêt a freiné les investissements de bon nombre d’éleveurs qui n’osent pas s’engager dans la transformation de leur système de production

D’autres arrêtent leur activité sans repreneurs et c’est toute la filière qui doit compenser la perte de production

Les consommateurs, eux, se tournent vers les autres producteurs… qui n’ont pas la capacité d’augmenter leur production du jour au lendemain.

Le deuxième facteur de pénurie est le fort engouement des ménages pour la consommation d’œufs. Avec l’inflation sur le prix de la viande, on assiste à un report massif vers les œufs qui restent une source de protéine accessible

 

La consommation nationale progresse de 6 %

À cela s’ajoute un effet de stockage lié à la peur de manquer. Dans certains hypermarchés de Clermont-Ferrand, on nous annonce + 30 % de consommation ! On le voit aussi dans notre boutique où de plus en plus de clients viennent acheter directement chez nous.

Enfin, troisième point : la grippe aviaire qui sévit dans certaines régions contribue à déstabiliser la filière. Ce n’est pas le cas chez nous en Auvergne Rhône Alpes mais cela réduit l’offre nationale et accentue encore la tension.

Le Clos Mally arrive-t-il à répondre à la demande actuelle ?

F.M. : Non, clairement. Les magasins sont dévalisés, leurs marques distributeurs en rupture, et ils tentent de compenser en se tournant vers des producteurs comme nous. Mais nous ne pouvons pas fournir plus que ce que nous produisons. 

Notre production est linéaire, et nos projets d’extension prennent du temps : entre les autorisations, les financements, les permis de construire, il faut compter deux ans. 

Et l’inflation n’aide pas : il y a 10 ans un poulailler de 6 000 poules plein air Label Rouge coûtait 350 000 €, aujourd’hui c’est plus de 550 000 €.

Avez-vous malgré tout des projets de développement ?

F.M. : Je ne rêve pas d’ambitions nationales. Je souhaite simplement maintenir un œuf de qualité, fidèle à nos engagements basés sur du 100 % plein air, pour le bien-être animal, une alimentation locale avec du blé et maïs d’Auvergne, et du soja français

À lire aussi : En Auvergne Rhône-Alpes, la course pour produire plus d’œufs

La taille de nos élevages est volontairement maîtrisée : cela joue beaucoup sur la qualité des œufs et une gestion saine du cheptel

Alors pour répondre à votre question : oui, je cherche des élevages supplémentaires, mais je refuse un développement qui changerait totalement nos modes de production.

Il faut aussi rester prudents : la filière connaît des périodes de pénurie comme aujourd’hui, mais aussi des périodes de surproduction. Monter des élevages, c’est bien, mais il faut avoir des débouchés durables.

Le Clos Mally est une entreprise familiale. Est-ce important dans votre manière de travailler ?

F.M. : Je suis la troisième génération. Et oui, cela compte beaucoup. Une chose me tient particulièrement à cœur : travailler avec des magasins respectueux dans les négociations. Le Clos Mally fournit la grande distribution, des traiteurs, pâtissiers, restaurateurs, volaillers ou encore des associations. Globalement, la relation commerciale avec nos acheteurs se passe bien. Dans le cas contraire, je ne crains pas de ne pas travailler avec eux.

À lire aussi : Lionel Chauvin dénonce les freins à l’agriculture française

 

 

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