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Passage de la tempête Xynthia, une catastrophe naturelle et agricole.

L’agriculture des marais littoraux atlantiques et notamment vendéens paie un lourd tribu à la tempête Xynthia conjuguée à une forte marée dans la nuit de samedi 27 à dimanche 28 février. Des éleveurs témoignent… Ils ont perdu des centaines d'animaux, les terres sont inondées envahies par la mer, les digues sont détruites, les maisons d'habitation comme les bâtiments d'élevage ont été saccagés par des hauteurs de près de 2 m d'eau… La solidarité s'installe…

“On était déjà debout depuis le milieu de la nuit parce qu’avec la puissance des bourrasques on n’était pas tranquille. A 4h00 du matin la digue a cédé, on s’est réfugié sur la grande route. La vague est venue rapidement, comme une lame. On n’a rien pu faire.  Rien sauvé », témoigne cet agriculteur de Sainte-Radégonde-des-Noyers. Quelques kilomètres plus loin Jean-Paul Raud, à La Prée mizottière,  a eu jusqu’à 1,80 d’eau dans sa maison. Sur les 450 brebis de son exploitation, les seules qui soient sauves sont les trois qui se trouvent en ce moment à Paris au Salon de l’agriculture. Quant aux vaches, « les gros animaux sont sauvés, raconte-t-il, mais les 50 veaux de l’année, sont morts. J’ai voulu évacuer dans la nuit, mais ce n’était pas possible.»
« En fait c'est la hauteur des animaux qui a conditionné leur survie », explique Damien Ollivier, président de l’union des SEA du canton de Chaillé-les-Marais. Beaucoup de chèvres aussi sont mortes. Il estime dans son canton entre 800 et 1000 les cadavres d'animaux, certains éparpillés jusqu'à 7 Km des sièges. La taille des bovins ne les a pas toujours sauvés. Antoine Prouzeau, éleveur et céréalier,  recense 600 cadavres pour la seule commune de Sainte-Radegonde mais parmi eux ce sont les veaux qui ont payé le plus lourd tribut. Et puis le sauvetage de certains bovins survivants mais toujours prisonniers dans leurs stabulations n’était pas garanti mardi. Faute de pouvoir s’approcher de ces fermes. « Trop dangereux », estiment les éleveurs qui connaissent bien le terrain. « On ne sait pas où on met les pieds et les roues des tracteurs. On peut disparaître dans les fossés ».

Sauvés grâce aux agriculteurs et à leurs tracteurs

Ce n’est pourtant pas que la solidarité fasse faute. Dimanche matin, des agriculteurs n’ont pas cessé de faire des navettes avec leurs tracteurs pour sauver des riverains bien incapables de quitter leurs maisons sans risquer la noyade. Bien-sûr, plus aucune voiture ne pouvait passer. « C’était ça, ou le zodiac ou les hélicoptères, mais ils étaient déjà occupés sur La Faute-sur-Mer et L’Aiguillon.
« Puis ça été une vraie course contre la montre pour essayer de transférer un maximum de bétail, raconte Damien Ollivier. Le pire, craignait-il mardi c’est que l'eau de mer continue de rentrer à chaque marée, les digues étant ébréchées sur une longueur de 10 Km ». De fait, mardi  soir, 4800 ha de terres du pourtour de la Baie de l’Aiguillon sont inondés sur les 12 000 ha jugés à risque.

Le plus urgent : reconstruire les digues

Le plus urgent est de reconstruire les digues sachant que les matériaux manquent (terre disparue) et que les niveaux d’eau empêchent encore aux pelleteuses d’accéder à toutes les brèches dans les digues. Le concours de l’armée a été envisagé pour qu’elle intervienne avec de gros hélicoptères chargés de rochers. Sans quoi, à chaque marée haute - 116  ce mardi - la mer déverse dans le marais des milliers de mètres cube d’eau. Davantage qu’il n’en est sorti à marée basse !
Cela dit les marées ne vont pas rester à ce niveau. Mais elles vont revenir à la fin du mois et d’ici là il faudra avoir tout colmaté. D’ici là aussi il va falloir reloger, refaire des stocks de fourrage, remettre  en état les réseaux d'eau et EDF dans les fermes. Or, tout est à refaire dans les fermes inondées, le sel oxydant tous les fils électriques.
Autre conséquence très visible de ce mémorable brassage du 28 février, c’est l’incroyable quantité de déchets sur les parcelles, déchets qui vont du bout de plastique à la voiture et jusqu’au bateaux retrouvés parfois à 10 kilomètres du littoral.
Du ramassage en perspective quand les terrains porteront. Quant aux agriculteurs, encore eux, ils n’ont pas hésité à prêter main forte d’ores et déjà avec leur matériel pour dégager les rues des bourgs et des villages jonchés de branches et de matériaux les plus divers.

La solidarité paysanne va jouer

Message de Jean-Michel Lemetayer, président de la FNSEA

« La tempête Xynthia vient de dévaster notre pays laissant derrière elle le désespoir de ceux qui ont perdu des êtres chers et la désespérance de ceux qui n'ont plus rien.
Deux départements ont été particulièrement touchés ; la Vendée et la Charente-Maritime. A eux et à tous ceux qui souffrent, je tiens à exprimer au nom de la FNSEA toute mon émotion et toute ma solidarité. La FNSEA a d'ores et déjà interpellé le Gouvernement pour que l'Etat prenne ses responsabilités et fasse dans le réactif et l'efficacité.
Il ne s'agit pas d'attendre, la solidarité paysanne va jouer. Du foin, de l'eau potable, des aliments, relever des bâtiments, partout le réseau FNSEA va se mettre en œuvre pour donner et du cœur et de l'aide. Je n'irai pas plus loin, nous sommes là, près de vous, vous pouvez compter sur nous.
Avec toute mon amitié ».

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