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« Nous sommes ici, aujourd’hui à Bruxelles pour dire “Non au Mercosur !" »

Ce jeudi 18 décembre, des milliers d’agriculteurs venus de toute l’Europe manifestent à Bruxelles, devant la Commission Européenne, pour dénoncer sa stratégie. Résumé des revendications. 

Une mobilisation massive au cœur des institutions européennes

En milieu de matinée des dizaines de tracteurs tentaient de converger vers la capitale belge, tandis que d'autres formaient déjà une colonne bloquée par un cordon de police aux abords des institutions de l'UE. 

La manifestation a lieu le jour même où les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays de l’UE se réunissent en sommet. Selon la Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen, au moins 10 000 manifestants sont attendus, dont de nombreux agriculteurs français.

Trois revendications majeures

Les exploitants français, aux côtés de la FNSEA, des Jeunes Agriculteurs et de leur homologue européens, ont trois revendications majeures :

  • non au Mercosur,
  • non à la baisse du budget de la PAC,
  • non à la taxe MACF sur les engrais.

Patrick Bénézit, président de la Fédération Nationale Bovine (FNB) exprime sa colère

“ Nous sommes ici, aujourd’hui à Bruxelles, les éleveurs, tout le monde avec la FNSEA, avec la FNB pour dire “Non au Mercosur” et surtout pour exiger d'Ursula von der Leyen, d’Emmanuel Macron et de tous les chefs d’Etat qu’ils ne ratifient pas ce traité, qui est un traité toxique. " 

Il rajoute : 

Personne ne respecte nos normes par rapport à ce qui peut nous être envoyé en terme de produits donc c’est scandaleux de signer cet accord. Aujourd’hui, nous, ce qu’on veut, c’est que cet accord soit jeté à la poubelle.

Le Mercosur, au coeur de la colère

La Commission Européenne souhaite finaliser l’adoption de l’accord de libre échange entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). 

Les agriculteurs dénoncent un accord jugé déséquilibré, qui ouvrirait le marché européen à des produits agricoles ne respectant pas les mêmes normes sanitaires, environnementales et sociales. 

Ils critiquent également la méthode : l’accord pourrait être adopté sans vote des parlements nationaux. 145 députés européens ont d’ailleurs tenté de saisir la Cour de justice de l’Union européenne pour exiger un vote formel.

Lire aussi : Mercosur : les agriculteurs manifesteront à Bruxelles le 18 décembre

Une baisse de 20 % du budget de la PAC jugée inacceptable 

Autre sujet de colère : la perspective d’une réduction de 20 % du budget de la PAC.
Toutes les organisations agricoles européennes, réunies au sein de la Copa-Cogeca, dénoncent ce qu’elles considèrent comme une contradiction majeure : 

Pourquoi parler de souveraineté alimentaire alors que l’on affaiblit l’une des politiques européennes les plus structurantes ?

Une mobilisation européenne

Aux côtés des agriculteurs français, des délégations venues de Belgique, Suède, Géorgie, Italie, Pologne, Pays-Bas, Irlande et Autriche participent à la mobilisation.

A ce stade plusieurs pays dont la France et la Pologne réclament un report de l'accord. 

Ils ont été rejoints mercredi par l'Italie. Au grand dam de l'Espagne et de l'Allemagne, fervents supporteurs du texte.

« Il n’est pas possible de laisser l’agriculture européenne voir détruire ce qu’elle a construit depuis plus de 80 ans. »

Arnaud Rousseau est revenu sur les périls qui guettent l'agriculture européenne : 

Il n'est pas possible de laisser l'agriculture européenne voir détruire ce qu'elle a construit depuis plus de 80 ans.

"Nous avons besoin de réaffirmer une vision pour ce continent. Oui nous voulons continuer à produire sur nos territoires, oui nous sommes fiers de nos traditions, de nos valeurs mais nous avons besoin de retrouver le sens de notre métier, le sens de notre alimentation au moment où la planète tremble".

Une situation tendue en fin de journée

En début d’après-midi, la situation s’est fortement tendue aux abords des institutions européennes, avec des affrontements impliquant des casseurs, des dégradations et des départs de feu.

Suite à la mobilisation, la signature de l’accord commercial est reportée à janvier

Initialement attendue le 20 décembre au Brésil, la signature de l’accord commercial controversé entre l’UE et le Mercosur n’aura pas lieu d’ici la fin de l’année 2025, faute de soutien suffisant parmi les Etats membres. 

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a informé les chefs d’Etat et de gouvernement, le 18 décembre lors du sommet européen de Bruxelles, du report du dossier à janvier. 

Cette décision de dernière minute a été facilitée par un échange téléphonique entre la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni et le président brésilien luis Inacio Lula da Silva. Selon son récit, rapporté par l’AFP, la cheffe du gouvernement italien lui a demandé de la « patience, une semaine, dix jours, un mois », en lui assurant que son pays soutiendrait l’accord in fine. 

Ce report offre un court répit à la France et à Emmanuel Macron qui n’a de cesse de marteler que l’accord ne peut pas être signé en l’état. En revanche, il représente un revers important pour l’Allemagne et l’Espagne qui poussaient ardemment pour une signature dans les prochains jours. Il est surtout une défaite pour la Commission européenne et sa présidente Ursula von der Leyen, cible principale de la manifestation agricole qui se s’est tenue le 18 décembre à Bruxelles.

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