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Interview
« Nous devons protéger nos indications géographiques »

Sébastien Ramade, producteur de saint-nectaire AOP à Murat-le-Quaire (63) vient de succéder à Claude Vermot-Desroches à la tête d’OriGIn France, l’organisme qui fédère plus de 85(1) indications géographiques françaises issues de toutes les filières.   

Sébastien Ramade  nouvellement élu président de OriGIn France appelle les ODG à se fédérer pour protéger leurs indications géographiques.
Sébastien Ramade nouvellement élu président de OriGIn France appelle les ODG à se fédérer pour protéger leurs indications géographiques.
© Cnaol

Sébastien Ramade est producteur de Saint-nectaire fermier à Murat-le-Quaire depuis 2007 et a été président de l'Union des producteurs de Saint-nectaire jusqu'en 2020 avant de prendre la tête de l'Interprofession pendant deux ans. Il a été récemment élu président de OriGIn.


Qu'est-ce que OriGIn ?
OriGIn qui signifie organisation pour un réseau international d’indications géographiques, est un organisme non gouvernemental (ONG), sans but lucratif, basé à Genève, qui œuvre à la promotion et la défense des indications géographiques européennes. OriGIn France, pour lequel j’ai été élu, est la filiale française de cette ONG. Elle a été créée en 2010 et fédère aujourd’hui 85 organismes de défense et de gestion (ODG) français dont la totalité des appellations fromagères mais aussi le foie gras, le pruneau d’Agen, l’agneau des prés salés... OriGIn les rassemble autour de la table et crée une force vive pour défendre ces AOP, IGP et IG (indications géographiques), les petites comme les grandes et surtout celles qui ont peu de moyen pour se protéger, s’informer et agir dans la politique nationale, européenne et internationale des appellations.

L’appellation est déjà un gage de protection, pourquoi ont-elles besoin de se défendre encore davantage ?
L’objectif d’OriGIn France est surtout de renforcer la présence des appellations françaises sur la scène européenne. Sur certains sujets soulevés par la Commission Européenne, les organismes de défense et de gestion (ODG) ont à peine 24 heures pour répondre. Hormis les appellations d’envergure telles que le comté AOP, il est très difficile de réagir. Individuellement, ce n’est pas jouable car bien souvent les textes fournis sont en anglais, il faut les faire traduire avant de les analyser... Bref, c’est un vrai casse-tête. Alors qu’ensemble, à 85, nous avons les moyens d’avoir du personnel dédié au suivi de nos sujets car si en France nos appellations n’ont pas à s’inquiéter (sauf dans les cas d’usurpations), en Europe nous n’avons pas tous la même définition de l’AOP, de l’IGP et de l’IG.

C’est-à-dire ?
Pour faire simple, les pays du Sud de l’Europe (France, Italie, Espagne, Portugal...) sont très attachés à nos appellations. Nous considérons qu’elles œuvrent à la conservation de nos patrimoines gastronomiques hyper localisés. C’est d’ailleurs leur essence car derrière nos indications géographiques, il y a davantage qu’un produit alimentaire. Il y a des savoir-faire, un territoire, un aspect culturel... Ce n’est pas délocalisable. À contrario, les pays du Nord de l’Europe (Allemagne, les pays Scandinaves, le Danemark...) perçoivent les appellations comme des marques qui devraient être gérées par une entreprise privée. Justement, il se discute en ce moment même à la Commission Européenne de confier l’examen d’obtention ou de modification des appellations, à une entreprise privée. Les ODG n’auraient alors qu’un rôle mineur dans la gestion de leur propre indication géographique. C’est l’un des nombreux dossiers sur lesquels travaille OriGIn.

En tant que président nouvellement élu, allez-vous poursuivre ces travaux ?
Les poursuivre oui, mais j’espère surtout fédérer encore davantage d’ODG. Plus nous sommes nombreux, plus notre voix porte. Nous devons certes nous préoccuper des dossiers européens mais aussi des problématiques nationales. Nos appellations sont régulièrement usurpées en France. Nous, ODG, nous devons veiller à faire appliquer la loi qui est censée les protéger. Nous devons également nous pencher sur la question de leur pérennité face au changement climatique.

(1) La France compte au total 489 produits sous AOC/AOP en 2022 avec notamment : 102 produits sous AOP agroalimentaires dont 51 produits laitiers ; 363 AOC/AOP viticoles comme ; 17 AOC boissons spiritueuses, 5 cidres et poirés AOC/AOP et 2 AOC forestières.

 

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