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« Nous avons besoin d’une régulation rénovée et adaptée aux défis qui nous attendent »

Jacques Chazalet, président de la Frsea Massif central réagit à la volonté de l’Europe de s’orienter vers un modèle agricole ne reposant plus sur la régulation des productions. "A nous d’inventer de nouveaux dispositifs capables d’assurer une autre politique de développement et d’accompagnement de notre agriculture. Nous avons besoin d’une préférence communautaire rénovée qui préserve la production européenne contre les concurrences déloyales en matière sociale, environnementale, monétaire".

Jacques Chazalet, président de la FRSEA Massif Central.
Jacques Chazalet, président de la FRSEA Massif Central.
© HLP

Le 7 septembre, l’Europe  confirmait un nouveau modèle agricole qui ne repose plus sur la régulation des productions et la gestion de l’offre. Pensez-vous que cette décision soit irrémédiable alors qu’elle ne reflète pas la volonté de la majorité des Etats membres ?
Jacques Chazalet : C’est vrai, cette décision ne correspond pas du tout à la position franco-allemande  de régulation des marchés,  partagée par 16 autres pays membres. A ce stade, on est d’ailleurs en droit de s’interroger  sur le fonctionnement démocratique de l’Union européenne. Avant de tourner la page des politiques de régulation, il faudrait que cesse cette mécanique où une minorité de pays  impose son point de vue à une majorité. Sans faire de l’Europe un bouc émissaire, il serait temps toutefois qu’elle prenne conscience des dysfonctionnements  de ses institutions et qu’on en vienne, notamment, à un système décisionnel plus démocratique entre les 27. 
Résultat de cette situation : l’UE se trouve donc  aujourd’hui tiraillée entre les partisans d’une régulation efficace et ceux qui prônent une libéralisation des marchés.  Et de fait, la majorité pro-régulation à laquelle nous appartenons se trouve isolée dans le débat.  A nous d’agir, de faire bouger les lignes pour convaincre nos partenaires européens de prendre de nouvelles mesures fortes et concrètes qui démontreront que notre agriculture ne peut s’émanciper des systèmes régulateurs.

Dans le contexte de crise vécu par toutes les productions, l’Europe et la Pac sont devenues « l’exutoire » des agriculteurs. Doivent-ils craindre véritablement la fin des politiques de régulation ?
J. C : Les dispositifs de sécurisation des marchés et du revenu des agriculteurs ne sont pas définitivement enterrés. Nous sommes simplement arrivés à la fin d’un cycle où l’Europe organisait la production et l’offre de ses produits agricoles,  et au début d’un autre où le contexte oblige la communauté des 27 à inventer de nouveaux outils de régulation.
Les mesures prises par l’Agenda 2000 et la réforme de la PAC en 2003 ont conduit aux bouleversements  que nous connaissons aujourd’hui.  Parallèlement,  la logique de l’OMC qui se nourrit de dérégulation des marchés et d’excès de libéralisme,  contribue aussi à ce chaos. Et d’ailleurs, quel meilleur exemple avons-nous que le désastre financier mondial  provoqué par cette dérégulation mondiale !
Notre agriculture est également victime de cette logique. 
Malgré tout, nous devons regarder en direction de l’avenir et réfléchir à la mise en place de nouveaux outils qui protègent les exploitations, notamment celles de montagne.
Nous devons continuer de nous battre pour la régulation des marchés,  la sécurisation de nos revenus mais aussi pour l’harmonisation des charges et des contraintes au niveau européen. Ce sont les propositions du livre blanc présentées en 2007  par les organisations professionnelles du Massif central et sur lesquelles nous devons, aujourd’hui, nous appuyer pour proposer de nouveaux  outils de régulation capables de protéger les exploitations.

La régulation reste une notion clé de votre réflexion sur la refondation de la politique agricole commune ?
J. C : Plus que jamais !  Nous avons inscrit la régulation en réponse à la mise en place des DPU sur référence historique par l’Europe,  qui voyait  là non pas un élément de régulation des marchés,  mais de sécurisation des risques… Une vision bien lointaine de celle que nous défendions car elle n’entrait plus dans la compensation des prix ni dans la logique économique du marché.
Ceci étant, il n’est pas question aujourd’hui de leurrer les agriculteurs.
Faire croire aux producteurs qu’on pourra faire renaître de leurs cendres les outils de la PAC d’hier serait illusoire, voire démagogique. Une des raisons essentielles à cela étant la volonté de plus en plus affirmée des Etats du nord de l’Europe que le marché va tout réguler.

De quels outils l’agriculture a-t-elle besoin ?
J. C : Nous avons besoin d’une régulation rénovée et adaptée aux défis qui nous attendent. A nous d’inventer de nouveaux dispositifs capables d’assurer une autre politique de développement et d’accompagnement de notre agriculture.
Nous avons besoin d’une préférence communautaire rénovée qui préserve la production européenne contre les concurrences déloyales en matière sociale,  environnementale, monétaire.
Les producteurs doivent pouvoir bénéficier de revenus sécurisés, notamment en cas de crises qu’elles soient sanitaires, climatiques ou économiques. Il est essentiel aussi  que tous les agriculteurs puissent s’organiser au sein  d’organisations de producteurs ou d’interprofessions,  pour valoriser au mieux leurs productions. Cela suppose de réfléchir à la notion de contractualisation ; mais une contractualisation solide et équilibrée qui permette de renforcer le pouvoir des producteurs par rapport au monopole des distributeurs

Qu’attendez-vous du rôle de l’Etat ?
J. C : Il faut absolument que les pouvoirs publics s’engagent dans le cadre de la loi de modernisation agricole qui sera discutée avant le printemps, en prévision des prochaines négociations sur l’avenir de la PAC après 2013.
Concrètement, l’Etat doit définir un cadre de l’organisation des productions pour la rendre efficace et la sécuriser. Il doit réguler le monopole des distributeurs. Et cela passe, entre autres, par une représentation plus équilibrée de l’interprofession dans laquelle les distributeurs ne se posent plus en uniques interlocuteurs.
Ce doit être un lieu où l’on discute de volumes et de prix. Et sur ce point, l’Etat a un rôle particulier à jouer : il doit revoir les outils qu’il a mis en place, y compris la fameuse loi de modernisation économique (LME) qui déséquilibre les rapports entre transformateurs et distributeurs.

Le président de la République ne s’est-il pas engagé sur ce point ?
J. C : Le chef de l’Etat a pris cet engagement dans ses interventions. Mais ce ne sont pour le moment que des paroles ! Et le temps nous est compté avant les débats sur la loi de modernisation.
Le gouvernement doit être porteur d’un message d’avenir pour notre agriculture. Il doit s’engager rapidement sur un train de mesures visant à alléger les charges des agriculteurs français pour les mettre à égalité dans la compétition économique européenne et mondiale.
Nous réclamons immédiatement une année blanche en matière de charges sociales, fiscales et d’emprunts.  C’est une des raisons de l’appel lancé par la FNSEA à une grande manifestation nationale fin octobre. Une mobilisation visant à inciter le gouvernement à prendre toute la mesure de la place de l’agriculture dans la société et à développer, pour cela,  une politique efficace.

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