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Abbaye de Mozac : une alliance réussie entre patrimoine historique et animations culturelles

Préserver le patrimoine tout en le faisant rayonner sur le territoire, c’est chose faite pour l’Abbaye de Mozac. Entre aménagements et festivités, le site se diversifie pour attirer curiosité et visibilité.

© Club Historique Mozacois

« Un trésor dans le Puy-de-Dôme ». C’est au cœur du département, dans la commune de Mozac près de Riom, que se trouve l’Abbaye de Mozac, comptant parmi les plus anciennes et plus importantes de Basse Auvergne.

Fondée au VIIe siècle par Calmin, duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne, elle s’impose rapidement comme une figure emblématique régionale, française, mais également clunisienne.

À propos de l’Abbaye…

Placée sous la protection du roi de France en 848, puis concédée à l’Abbaye de Cluny en 1095, l’Abbaye de Mozac s’inscrit pleinement dans l’ordre clunisien, qui devint alors le plus puissant ordre de l’Occident chrétien.

Son inscription sur la première liste de monuments historiques en 1840, qui recensait un nombre restreint de monuments emblématiques, témoigne de son importance nationale : « C’est vraiment le tout début d’une politique de protection des monuments historiques en France », explique Samuel Gibiat, conservateur du patrimoine à la DRAC Auvergne Rhône-Alpes.

Il faudra toutefois attendre 2016 pour que l’ensemble du périmètre bénéficie d'une protection complète, à la fois par inscription (premier niveau de protection) et par classement (niveau le plus élevé), grâce à une « extension de protection », initiée par le précédent conservateur du patrimoine.

Cette reconnaissance repose sur trois grands principes : son exemplarité et son unicité (au regard de sa qualité constructive et de son expression sculpturale emblématique), sa représentativité, ainsi que sa complétude (malgré des remplacements matériels, il est encore possible de lire clairement l'organisation et la vie monastique dans cette abbaye).

Au-delà de son importance patrimoniale, l’abbaye occupe une place majeure dans le domaine religieux. Ayant accueilli de nombreux sains, Mozac est devenue un lieu important du pèlerinage auvergnat.

Dégradations au fil du temps

Depuis sa construction, l’abbaye de Mozac a été largement endommagée. Confrontée à 3 tremblements de terre au milieu du XVe siècle, à un allotissement à l’époque révolutionnaire, ainsi qu'à des attaques de Vikings, les traces de ces dégradations sont encore visibles aujourd’hui.

L’église présente notamment une double construction de matériaux, avec une substructure en pierre de Volvic et une réutilisation des pierres romanes écroulées lors d’un tremblement. 

Un édifice dépareillé et qui contient toutes les époques » affirme Matthieu Perona, adjoint au maire chargé du patrimoine et du tourisme, et président du club historique mozacois.

Par ailleurs longtemps en mains privées, l’abbaye a également connu des détériorations liées à des interventions peu respectueuses du bâtiment : « on a remplacé des portes, on a bazardé des choses qui n‘étaient plus en bel état, mais on ne les a pas conservées » explique le conservateur.

Aujourd'hui, les travaux sont encadrés de manière bien plus rigoureuse en raison de son classement au titre des monuments historiques. Pour cela, l’état intervient en tant que conseiller, par l'intermédiaire de conservateurs du patrimoine comme Samuel Gibiat : 

Nous ne nous substituons pas aux propriétaires, nous les conseillons ».

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Restauration

Ingénieurs, conservateurs, archéologues et architectes travaillent en synergie afin d'établir un « protocole de restauration ».

Le recours à des entreprises maîtrisant parfaitement la production de la chaux, la réalisation d'enduits de façades à l’ancienne, ou encore la rénovation de décors peints représente un enjeu majeur pour la préservation du patrimoine local.

Dans le cas où il y a eu des désordres de restauration, des choses qui n’ont pas été faites correctement, des absences de restauration, ou des éléments peu qualitatifs et non conformes à l’histoire, qui enlaidissent et porte atteinte à la qualité patrimoniale du monument, les conservateurs peuvent intervenir pour préconiser tel ou tel type de restauration. »

Côté travaux, les enjeux sont de taille : « refaire des menuiseries, rouvrir des baies, des accès anciens et notamment un accès très important au cloître qui a été muré, mais aussi des aménagements autour du cloître et à l’intérieur." À cela s'ajoutent d'importants enjeux de sécurisation, d'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, ainsi que la possibilité d'accueillir des groupes scolaires dans des configurations de visites pédagogiques plus dynamiques qu’aujourd’hui ».

Pour Samuel Gibiat, les perspectives d’aménagements sont grandes, mais le niveau d’exigence lors des phases d’étude restera très élevé.

C’est un monument qui a un très grand besoin de restauration. Il n’a jamais connu de très grande intervention. Mais disons qu’on est à l’amont d’un très grand projet ».

Aménagements et médiation

Afin d’offrir un parcours de visite complet et immersif, plusieurs espaces du site ont été aménagés avec une signalétique adaptée. Dans la crypte se trouvent des QR codes, les "capsules Mozac", qui renvoient vers des vidéos explicatives.

Avec l'autorisation de la DRAC, un autre projet devrait prochainement voir le jour : un panneau d'anamorphose. Il s'agirait d'un plexiglas gravé, apposé sur une pierre de Volvic et installé dans la cour du cloître. Il devrait faire apparaître en transparence l'ancien clocher, effondré à la suite d'un tremblement de terre.

Par ailleurs, une numérisation 3d des chapiteaux de Mozac est également accessible, offrant une lecture différente du décor sculpté.

La ville de Mozac, accompagnée de l'office de tourisme, de la mairie et du Pays d'art et d'histoire, œuvre pour garantir une visite immersive dans l'abbaye.

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Le cloître s’anime

Marché de noël dans l’abbaye, entretien du parc assuré par des bénévoles chaque vendredi matin, galerie d’art renouvelant ses expositions tous les mois : à Mozac, l’Abbaye vit tout au long de l'année.

Et depuis 2021, dans un contexte de sortie de la crise sanitaire du Covid-19, le cloître connaît un nouvel élan. À l’origine, un collectif baptisé les « Cloîtrés », a souhaité redonner vie aux bâtiments conventuels en les ouvrant aux artistes et au public. Les premiers à franchir les portes sont les habitants, découvrant ce lieu longtemps interdit d’accès.

Le projet repose sur une idée simple : investir l'ensemble du cloître, des cellules, aux galeries, en passant par le réfectoire des moines, pour y proposer des spectacles, expositions et rendez-vous culturels. Une programmation éclectique, ancrée dans le territoire, qui met en avant des artistes locaux tout en valorisant le patrimoine.

Au-delà de l'événementiel, cette initiative s'inscrit dans une démarche de "site dynamique". Elle accompagne la candidature de Mozac au patrimoine mondial de l'Unesco, à travers les sites clunisiens.

 

Mozac vise le patrimoine mondial de l'UNESCO

L'abbaye de Mozac pourrait bientôt rejoindre certains sites clunisiens en lice pour le patrimoine mondial de l'UNESCO. Il ne s'agit pas d'une candidature isolée, mais d'un projet transnational, impliquant des sites issus d'autres pays européens (Italie, Portugal…). Le dossier met en avant l'architecture romane, les sculptures et le dynamisme du site. L'étape suivante est l'inscription sur la liste indicative française en 2025, indispensable pour une reconnaissance internationale. Cette reconnaissance offrirait protection et visibilité, tout en impliquant une certaine responsabilité dans l'entretien et la valorisation du site.

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