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Méthode Souvignet : “On n’a rien inventé, ce sont les animaux qui nous ont tout appris...”

Depuis 2005, Benoît Souvignet et son père ont formé plus de 2000éleveurs à une méthode de dressage en douceur élaborée sur la base de leur propre expérience.

Benoît Souvignet et son père ont déjà leur planning de formation complet pour 2017. Une activité qui entre dans les recettes du Gaec.
Benoît Souvignet et son père ont déjà leur planning de formation complet pour 2017. Une activité qui entre dans les recettes du Gaec.
© P.O.

Qui a dit que le savoir-faire cantalien ne s’exportait pas ? Si on connaissait l’innovation manufacturière (parapluies...), industrielle (ponts...), l’agriculture n’est pas en reste. Chaque année, 90 000 broutards prennent le chemin de l’Italie et du pourtour méditerranéen. Depuis 2005, c’est dans un autre registre que le Gaec Souvignet (devenu Souvignet-Patient) s’illustre en essaimant sa méthode de dressage des bovins dans 50 départements, mais aussi en Suisse, au Luxembourg, en Belgique comme chez les voisins ibères. “On n’a rien inventé, tout ce qu’on sait, ce sont les vaches qui nous l’ont appris et on continue d’apprendre...”, tient à relativiser Michel Souvignet, aujourd’hui retraité. En une décennie, il a animé avec son fils, Benoît, près de 160 sessions de formation, auprès de quelque 2 400 éleveurs dont la plupart ont depuis revisité leur approche animalière. Une approche sans aucun esprit anthropomorphique mais qui prône un dressage sans stress mais ferme pour simplifier et sécuriser le quotidien des éleveurs.

Trente ans d’expérience

Cette méthode, ils l’ont mise au point pas à pas, en cheminant aux côtés de leur cheptel limousin, auquel il s’agissait d’abord à apprendre à défiler pour les concours. “Benoît devait avoir dix ans, il voyait des copains qui partaient en concours, il a voulu dresser des animaux... et quand on n’est pas fort, il faut être habile, sourit Michel Souvignet. On voulait les faire marcher à la corde et on s’est aperçu qu’il y avait des choses que les animaux acceptaient facilement, d’autres pour lesquelles ils rechignaient systématiquement.” Un sens de l’observation aiguisé et pas mal de temps passé au milieu du troupeau vont forger une expérience commune de 30 ans. Une méthode acquise sur le tas, dans les élevages - “contrairement à l’éthologie de laboratoire”, glisse Michel - et qui fait ses preuves. Avec des intérêts multiples pour les éleveurs : faciliter la conduite du cheptel, la sécurité(1) des hommes et animaux, “mais c’est aussi un moyen de sélection car ça permet d’éliminer les animaux à caractère et de valoriser son produit : un reproducteur docile comme une génisse licolée, se vend forcément mieux..”, témoignent les Souvignet. “Au départ de la formation, il y a des gars sceptiques, mais quand ils voient qu’en dix minutes on fait marcher une génisse, ils n’en reviennent pas...” Avant d’arriver à ce résultat, père et fils réalisent un diagnostic de l’exploitation support de la formation et de ses pratiques et délivrent leur feuille de route qui débute par l’aménagement du bâtiment. Avec un leitmotiv : pas d’échappatoire, de cachette, de demi-barrière dans le parc veau qui doit rester fermé pour empêcher le veau de se réfugier derrière sa mère... “Il faut apprendre au veau à rester en présence de l’homme, ce qui suppose des contacts quotidiens et d’ôter toute possibilité de fuite, explique Benoît. Si vous avez 30 jeunes bovins à sevrer, mieux vaut faire trois parcs pour 10 veaux qu’un seul pour 30.”

Ne pas rater le coche du sevrage

Car le sevrage est la phase clé du dressage : “C’est la séparation avec la mère, là où le veau est le plus déstabilisé, donc réceptif et peut s’attacher à l’éleveur. C’est à ce moment là qu’on fixe la formation.” Ce qui n’enlève rien à la nécessité d’une présence humaine quotidienne auprès du troupeau dès le plus jeune âge : “Quinze minutes deux, trois fois par jour dans la stabu suffisent”, analyse Michel. Autre cap important : l’apprentissage du respect de la corde puis celui de l’homme. Objectif : que l’animal ne tire plus sur la corde. Comment : en l’attachant deux jours consécutifs (2 x 8 heures) au licol à une barrière(2). “Au départ, il va s’exciter, si on le relâche au bout d’une heure, il sera toujours énervé et stressé, ça n’aura servi à rien. Il faut qu’il se calme.” Une étape qui sert aussi de test : les animaux toujours récalcitrants à son terme ne sont pas récupérables et font partie des 10 % de bovins “à caractère, indressables” (lire ci-contre). Au Gaec Souvignet-Patient, ce dressage à la corde fait partie des tâches incontournables : “Au sevrage, on planifie une semaine pour ça.” L’animal est alors prêt pour la phase d’approche et l’apprentissage de la marche, comme l’expérimentent les éleveurs en formation, où, à tour de rôle, en binôme, ils vont acquérir les bons automatismes dans un couloir de marche puis dans un espace de semi-liberté. Comme ses “élèves”, Michel est toujours aussi enthousiaste des résultats. “Trente ans après, c’est toujours aussi passionnant”, lâche-t-il.

 

(1) 41 % des accidents sur les élevages sont provoqués en Auvergne par les animaux.

(2) Jamais face à un mur, avec au maximum 40 cm de corde entre la tête de l’animal et le point d’attache (barrière).

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