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Mercosur : les agriculteurs manifesteront à Bruxelles le 18 décembre

Pour stopper le passage en force de la Commission européenne sur l'accord avec les pays du Mercosur, le président de la Fédération nationale bovine, Patrick Bénézit appelle à la mobilisation générale.

Patrick Bénézit, président de la Fédération nationale bovine.
Patrick Bénézit, président de la Fédération nationale bovine.
© Sophie Chatenet

Avant les votes européens de décembre sur le Mercosur, l'Assemblée nationale a adopté, le 27 novembre, à la quasi-unanimité une résolution contre l'accord, le Sénat devrait en faire autant la semaine prochaine. À ce stade, quelles sont les marges de manœuvre pour empêcher la ratification ?

Patrick Bénézit : D'abord, il est nécessaire de redire que tous les paysans européens sont opposés à cet accord profondément toxique pour l'agriculture européenne. C'est d'ailleurs, la raison pour laquelle, avec tous nos homologues européens, nous allons nous mobiliser en masse le 18 décembre prochain à Bruxelles. Nous refusons que cet accord ne soit pas soumis à la validation de tout le monde. La Commission européenne veut forcer l’adoption d’un accord injuste entre l’UE et le Mercosur, sans permettre aux États et aux parlements nationaux de se prononcer, c'est inadmissible. Le comportement antidémocratique, de la présidente de la Commission européenne, Ursula Van der Leyen est détestable. 145 parlementaires européens ont voulu saisir la Cour de Justice européenne pour exiger un vote. Demande refusée, ce qui prouve bien que la Commission veut passer en force au mépris de la démocratie.

Lire aussi L'accord avec le Mercosur peut-il capoter ?

Les prises de position d'Emmanuel Macron sur ce dossier ont, disons, été fluctuantes ces derniers mois. Qu'attendez-vous aujourd'hui du Chef de l'État ?

Patrick Bénézit . : La France doit tenir sa place et toute sa place, en exigeant que cet accord ne soit jamais ratifié. Cela nécessité évidemment que le Chef de l'État fasse preuve d'aucune fébrilité, ce qui ne nous a pas semblé être le cas depuis plusieurs mois. Les éleveurs français n'accepteront jamais que des viandes produites dans des conditions interdites chez nous envahissent le marché français. On ne peut pas d'un côté exiger des éleveurs français qui lavent plus blanc que blanc et de l'autre côté ouvrir le marché à tout va à des viandes qui ne respectent aucune norme, aucune règle sanitaire, environnementale, sociale...

La mise en place de clauses de sauvegarde est avancée par les défenseurs de l'accord comme des garde-fous suffisants. En quoi est-ce illusoire ?

Patrick Bénézit . : Cet accord ne prévoit aucune clause miroir. Pire encore, il prévoit que les Européens ne pourront jamais imposer des mesures miroirs aux pays du Mercosur sous peine de devoir des compensations à ces mêmes États. L'accord est déséquilibré.

Les clauses de sauvegarde, dont on nous bassine depuis quelques mois en France, sont inefficaces puisque l'accord prévoit bien 99 000 tonnes de viande à droits réduits seulement à 7,5 % de droits de douane et 58 000 tonnes déjà à droits réduits à 20 % qui seraient ramenés à 0 %, donc ce sont bien près de 160 000 tonnes qui seraient offertes et aucune clause de sauvegarde ne peut empêcher cela. Ce ne sont que des manœuvres pour expliquer que l'accord est moins méchant qu'avant, ce n'est pas le cas.

La mobilisation du 18 décembre à Bruxelles entend aussi dénoncer la baisse annoncée du budget de la PAC...

Patrick Bénézit . : La baisse de budget de 20 % est inacceptable. Toutes les organisations agricoles européennes réunies autour du Copa-Cogeca dénoncent ce recul. On nous parle de souveraineté alimentaire et on voudrait sacrifier une part du budget de l'une des politiques européennes les plus abouties, ce n'est pas cohérent.

Lire aussi Mercosur, PAC : Les agriculteurs préfèrent un face-à-face avec Emmanuel Macron plutôt qu'un tête à tête

Au chapitre national, l'article 4 de la loi Duplomb prévoit qu'en cas de défaillance de l'indice satellitaire pour évaluer des aléas climatiques tels que sécheresse, grêle, inondations sur prairies, les éleveurs puissent exiger un recours à des expertises terrain. Est-ce le cas ?

Patrick Bénézit . : Nous appelons les éleveurs assurés et non assurés à porter des recours auprès des préfets comme le prévoit la loi Duplomb. Cette année, le satellite a encore brillé par ses défaillances. Ce système ne répond pas à la commande, pourtant les assureurs l'ont défendu au niveau national. Force est de constater qu'il continue à être inopérant, c'est irrespectueux vis-à-vis des contributions des éleveurs au fonds de mutualisation. Les préfets doivent faire remonter le recours pour les assurés et les assurés. Le ministère doit prendre en compte le problème et mettre en œuvre l'article 4 de la loi Duplomb. Les éleveurs payent des centaines de millions pour ce système défaillant, à un moment donné, ils vont réclamer l'argent.

DNC : Le commerce de bétail doit reprendre dans les zones réglementées

La Fédération nationale bovine a envoyé le 28 novembre une lettre ouverte à la ministre de l’Agriculture sur le dossier de la dermatose nodulaire contagieuse. L’association spécialisée de la FNSEA l’alerte sur le cas de nombreux éleveurs qui « sont dans l’impossibilité de commercialiser correctement leurs animaux, malgré le respect strict de toutes les obligations vaccinales et sanitaires ». Elle demande à la ministre « une certification rapide et efficace des animaux vaccinés contre la DNC, quelle que soit leur destination vers la France ou vers l’export ». la reprise des ventes d’animaux permettrait aux éleveurs spécialisés de retrouver une trésorerie qui leur fait aujourd’hui cruellement défaut et qui met à mal leurs comptes d’exploitation. Selon les estimations de la FNB, ce sont « près de 40 000 animaux qui sont concernés dans ces zones (essentiellement en Savoie, Haute-Savoie, Ain, Saône-et-Loire, Rhône, Loire et Isère) pour un surcoût unitaire de 3 € par jour. » Comme la ministre a refusé la mise en place de mesures de retrait compensé comme la FNB le proposait, cette dernière estime qu’il est « désormais de la responsabilité de l’Etat d’assumer le coût direct de cette situation ». Et Patrick Bénézit, d'estimer que « ces animaux doivent avoir la même valeur qu'en zone indemne ».

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