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À Massiac, Cocktail glacé pour la Vigne

Après la canicule de l’été dernier, le vignoble Massiacois vient de subir les attaques du gel depuis la fin de la semaine dernière. 

Une branche de vigne et ses fueilles victimes du gel.
Au Suc de Massiac, Chloé Chassang-Itier ne peut que constater les dégâts du gel depuis une semaine. 
© B.Parret

 La nuit du 18 au 19 avril a gâché tous les espoirs d’une belle année en perspective pour les vignes de Chloé Chassang-Itier. Cette nuit-là, le gel a décimé 80% de son vignoble. À La Roche où elle possède environ un hectare ou pour les 3,5 hectares du Suc de Massiac au-dessus de la cité “porte du Cantal” rien n’a été épargné. Pas plus un cépage qu’un autre. La végétation était en avance. Il ne reste plus à la vigneronne qu’à découvrir le résultat sur sa parcelle de Sainte-Marie, près de Pierrefort, où la végétation était moins avancée mais pourtant, elle aussi, prometteuse. 

Mardi 21 avril, à 550 mètres d’altitude sur les côtes de l’Alagnon, le paysage devient gris. Une nouvelle averse de neige s’avance depuis les monts du Cantal avant de laisser à nouveau le ciel à de timides éclaircies. Avec à peine 5 degrés, on ne sait plus si le soleil ou la neige feront le plus de mal. Si les nuages laissent places aux étoiles la nuit risque d’être terrible et d’achever le peu qu’il reste de bourgeons encore en état. Tout devient dès lors très compliqué pour cette année annoncée très prometteuse. Un bilan très lourd d’autant que dans le fond de vallée, les pommiers de son époux Florian ne sont pas mieux lotis.   

Maudit mois d’avril

Prise en pleine florescence, il ne reste plus que 20 % de bougeons en mesure de donner du raisin, du blanc essentiellement, du rouge gamay et pinot seulement à hauteur de 2%. Lancée depuis 2022, Chloé Chassang-Itier est démoralisée en longeant les rangées de vignes pour constater les dégâts. Elle veut pourtant garder le secret espoir que ce qui est “en vie” puisse passer l’été. Les contre-bourgeons pourront-ils donner des fruits?

L’an dernier la vigne avait été victime de deux mois de canicule durant juillet et août. Cette fois, avec plusieurs jours de froid maintenus par le vent du nord, la sève est redescendue”, explique la jeune femme. Il va falloir que la végétation puise toute son énergie pour repartir et à la condition qu’elle ne prenne pas un coup de chaud dans les prochains mois”.

Son collègue Gilles Monier, préfère lui attendre encore quelques jours pour se prononcer sur le niveau des pertes. “L’épisode de gel n’est pas terminé, déplore-t-il. Nous ne sommes pas au gel total des bourgeons comme en 2017 mais, nous sommes déjà entre 50 et 60 % selon les endroits avec plus de dégâts dans le fond de vallée. Au mois d’avril, on le sait que la période est délicate mais, on ne s’habitue toujours pas à un tel résultat”.

Attendre pour tirer le bilan

Sur le vignoble des Palhàs de Molompize, Vincent Legrand s’est attaché à sauver sa vigne “coute que coute”. Il a limité la casse, pour le moment, à 30-40 % en allumant des “bougies” afin de réchauffer l’atmosphère. “Nous avons eu affaire, comme le dit Gilles Monier, à un phénomène long et de forte intensité ce qui a un coût en matière de protection. Les bougies ont une durée limitée donc il faut être présent et vigilant. Depuis cinq nuits, je reste sur place dans une ambiance à la Charles de Foucault, dans la solitude”. 

“Chaque grain devient précieux”

Pourtant tout avait été fait dans les règles depuis des mois de la part de Chloé Chassang-Itier. Malgré une blessure à l’épaule, elle avait procédé à la taille tardive et aux différents traitements pour que sa vigne soit au mieux de sa forme. Les conditions étaient idéales et les bourgeons parfaits pour assurer une belle récolte comme pour son premier millésime en 2022 avec certes des volumes modestes mais plein d’espoir pour la suite. Sans vouloir céder au découragement, la jeune femme constate que chaque grain de raisin gagné “est un bien précieux”. “Il va falloir être vigilant pour ne pas en peindre un seul au moment des vendanges et de ne rien gaspiller lors de la vinification. Cela représente tellement de travail et d’effort face au risque de tout perdre en un instant”. 

La commercialisation de ses premières bouteilles 2022 et 2023 a donné lieu à de bonnes critiques de son vin : un rouge tout en délicatesse, un blanc déjà imprégné  de la rocaille et d’un rosé léger et en même temps joueur.  Alors sera-t-il possible d’en goutter l’année prochaine ou faudra-t-il passer un tour? Réponse cet automne. 

Vincent Legrand résume l’épisode en cours comme une chose “qui casse des années de travail et une lutte qui n’est pas gagnée. Mais dans la difficulté, on voit des gens venir nous apporter leur soutien, un coup de main ou encore des moments magiques comme quand on allume les feux en pleine nuit avec la volonté de changer le destin avant le lever du soleil. Tout cela doit nous faire réfléchir aux changements en profondeurs des pratiques viticoles”.

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