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Manager, ça ne s'apprend pas dans les livres

L’ancien entraîneur emblématique de l’équipe de France de handball multi-titré, Claude Onesta, était le Grand témoin de la CCI du Cantal. Aux chefs d’entreprise, il a livré sa vision du management et de la performance.

Claude Onesta, un palmarès multi-étoilé du hand.
© Patricia Olivieri

Il ne s’en cache pas, minot, Claude Onesta était tout autant dynamique que turbulent, mais s’épanouissant sur les terrains de sport. Ceux de l’Ovalie d’abord, sur les terres toulousaines, avant de suivre ses copains à la section hand du même club. “J’ai failli repartir plusieurs fois au rugby, finalement je suis resté au hand, peut-être que j’ai bien fait...”, suppose de sa voix rocailleuse du Sud-Ouest l’ancien sélectionneur de l’équipe de France de handball, dont le palmarès est considéré comme l’un des plus élogieux du hand international et plus globalement du sport tricolore : deux titres olympiques, trois championnats du monde et trois championnats d’Europe, ainsi que deux titres d’entraîneur de l’année. 
Nommé par le président de la République manager de la haute performance au sein de l’Agence nationale du sport (ANS) pour les JO de Paris 2024, il était jeudi 13 juin,  le Grand témoin de la chambre de commerce et d’industrie du Cantal, manifestation parrainée par le Crédit agricole Centre France. Devant un parterre fourni de chefs d’entreprise et amoureux de beau jeu, il a livré son parcours et les clés de sa méthode, éprouvée 15 années durant à la tête des Bleus, parvenant à maintenir deux générations dorées, celles des Costauds et des Experts, au plus haut niveau international.

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Pourtant d’emblée, Claude Onesta l’affirme, entraîner un collectif, manager des collaborateurs, 
“ça ne s’apprend pas dans les livres, il n’y a pas de recette”. Sa méthode, celle d’un management collectif et participatif, c’est dans sa propre expérience de joueur qu’il l’a puisée, dans son caractère aussi. “J’ai passé ma vie à vivre en tribu, si je suis allé vers le sport co, ce n’est pas par hasard, c’était vraiment la seule expression sportive qui m’intéressait, aller trouver les solutions avec les copains, se bagarrer ensemble... J’étais peut-être un peu rebelle de nature, pas très amoureux de l’autorité des autres sur moi, je me disais assez facilement dans mon métier de coach que je ne voulais pas faire vivre à mes joueurs ce qu’on m’avait imposé comme joueur.”
Ces performances au Fenix Toulouse (lire encadré) lui valent d’être appelé en 2001 pour prendre la suite de Daniel Constantini, entraîneur de l’équipe de France qui vient de décrocher son second titre mondial. “La première chose que je leur ai dit, c’est : “Vous êtes champions du monde, c’est un fait, mais pour moi, vous n’êtes pas la meilleure équipe du monde et dès demain, on va travailler pour le devenir mais en travaillant différemment de tout ce que vous avez fait... C’était peut-être un peu prétentieux”, convient Claude Onesta, à qui l’on fixe d’entrée de jeu un objectif ambitieux : le titre olympique. “Moi, je n’avais jamais mis les pieds aux JO, je ne me sentais pas de les emmener là tout seul, mais j’étais persuadé que si on arrivait à construire  un chemin ensemble, on serait plus fort et plus efficace.” L’avenir lui donnera raison.
Fini le management à l’ancienne, directif, vertical, Claude Onesta fait entrer les Bleus et le handball tricolore dans une ère nouvelle même si les débuts sont compliqués et la confiance qu’on lui accorde toute relative. “Avant, l’entraîneur faisait tout, psy, préparateur physique, analyste vidéo,...”, voire même contrôler si ses joueurs n’étaient pas sortis la veille en discothèque comme le légendaire Guy Roux, relève le conférencier. Un statut d’homme orchestre décidant de tout que rejette le nouveau sélectionneur. 
Pour lui, la réussite passe par un élan collectif auquel chacun apporte sa pierre en participant à la définition du projet. “Quelqu’un que vous n’associez pas à l’aventure d’une équipe, d’une entreprise, va essayer de continuer à mettre en œuvre le projet du chef, du patron, mais sans se sentir impliqué, et au moment où ça devient compliqué, pas besoin d’aller le chercher. Quand ça échoue, il aura tendance à se mettre à distance, à se protéger pour être le moins possible éclaboussé par l’échec qui n’est pas le sien”, expose, avec une lucidité nourrie d’expériences, Claude Onesta, transposant au monde de l’entreprise des comportements humains universels.
Le chemin de l’entraîneur, du manager, doit impérativement passer par l’écoute et le dialogue, martèle-t-il. “Beaucoup pensent que dialoguer, c’est expliquer aux salariés ce qu’ils doivent faire. Non, c’est essayer de comprendre ce qu’ils ont à dire, à proposer et ce qui peut être utilisé.” Un temps d’écoute tout sauf inutile pour Claude Onesta. “Le simple fait de les avoir écoutés fait que vous les engagez et leur donnez une responsabilité.”

Déléguer oui, mais jamais la décision

Quid de l’ego des joueurs ? “C’est une chance quand il est fondé !”, tranche l’intervenant, pour qui les leaders d’un groupe sont certes importants, décisifs, mais pas forcément les plus importants. “Dans une équipe, tous les gens sont indispensables”, assure-t-il. Le leader parce qu’à un moment clé, il peut faire la différence ; 
les suiveurs parce qu’ils mettent en place chaque jour le schéma de jeu défini avec rigueur et méthode. 
Et l’entraîneur ? Pour Claude Onesta, c’est le garant du cadre : “Ce sont les joueurs qui créent l’œuvre, qui peignent, moi j’étais le garant du respect des règles incontournables, garant  que personne n’allait commencer à peindre hors du cadre”, image-t-il. Avant d’adresser un dernier message aux chefs d’entreprise présents, sur la délégation :  “Déléguer, c’est déléguer le travail, l’autonomie... La seule chose qui ne se délègue jamais, c’est l’autorité, la prise de décision. Quand je prenais une décision après avoir échangé, écouté les autres, je 
n’acceptais plus que quelqu’un ne la respecte pas.”
 

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