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Maladies sanguines liées aux tiques, une gestion complexe

Après l’article consacré aux tiques et à leur biologie, nous allons nous intéresser aux maladies sanguines qu’elles transmettent.

Cet article fait un point sur 2 maladies à impact sanguin transmises par les tiques : la babésiose ou piroplasmose bovine et l’anaplasmose.

La babésiose ou piroplasmose bovine

C’est une maladie parasitaire grave des bovins adultes due à un protozoaire, principalement Babesia divergens, petit parasite microscopique qui vit dans le sang des animaux atteints. La piroplasmose est une maladie spécifique (un piroplasme de bovin ne peut être transmis qu’à un bovin). La source essentielle de contamination est un bovin porteur, souvent asymptomatique. En France, Ixodes ricinus transmet la maladie mais toutes les tiques ne sont pas porteuses de piroplasmes. Historiquement, il existe des « prés à piroplasmose » que l’éleveur connaît bien dans son exploitation. Cependant, les modifications climatiques, les circulations de bovins, l’agrandissement des structures entraînent des extensions des zones présentant des tiques porteuses de piroplasmes.

Une maladie saisonnière mais qui peut apparaître à tout moment

La maladie est saisonnière : printemps et automne, saisons favorables au développement des tiques, mais une piroplasmose clinique peut apparaître à tout moment. Les dates d’apparition de la maladie dépendant des aléas climatiques : dès le mois de mars, lors d’hiver doux et de printemps précoce, et la vigilance doit redoubler de mai à juin.

Un diagnostic essentiellement clinique

Le parasite provoque une destruction des globules rouges. Le signe caractéristique chez les bovins est le « pissement de sang » : émission d’urines foncées (rouges à noires) et mousseuses. D’autres symptômes peuvent faire suspecter la piroplasmose mais ils sont moins constants ou caractéristiques. Au début de la maladie, le rétrécissement de l’anus entraîne l’émission de matières fécales par jets fins de la grosseur d’un doigt, projetés loin derrière l’animal. Il s’agit d’un signe caractéristique, mais inconstant. La température dépasse souvent 40 °C. Chez les laitières, la diminution brutale de la production est un signe d’alerte. Lorsque la maladie a évolué quelques jours, on note une baisse ou un arrêt de l’appétit, parfois de la prostration et de la constipation, un changement de couleur des muqueuses qui blanchissent d’abord pour virer au jaune ensuite.

Un traitement précoce nécessaire

L’imidocarbe est utilisé pour détruire les piroplasmes. Le traitement doit être précoce pour être efficace et éviter des séquelles. Lors de détection tardive, un traitement complémentaire sera mis en œuvre selon l’état de l’animal pour compenser l’anémie (transfusion sanguine) et soutenir les fonctions hépatiques et rénales. Les résultats sont alors très inconstants quelle que soit la thérapie mise en place.

Une maladie avec une épidémiologie parfois difficile à suivre

Deux situations épidémiologiques peuvent s’observer : un risque clinique faible (stabilité enzootique) lorsque le parasite circule peu ou au contraire beaucoup avec des bovins immunisés et un risque élevé de maladie (instabilité enzootique) lorsque la circulation relativement importante du piroplasme ne permet cependant pas l’installation de l’immunité chez assez d’animaux. En milieu sain, les animaux venant d’un milieu contaminé seront traités lors de leur introduction. Le cas le plus difficile est celui du milieu moyennement infecté de tiques porteuses de piroplasmes avec des cas sporadiques réguliers de piroplasmose. Le traitement préventif des tiques sur l’animal ou une chimioprévention à l’imidocarbe peuvent alors être recommandés. Cette situation peut s’observer lors d’extension de zones présentant des tiques contaminées où l’on voit apparaître des cas cliniques.

L’anaplasmose, la « piro blanche »…

C’est une maladie provoquée par la bactérie Anaplasma marginale chez le bovin et Anaplasma ovis chez le mouton. Pathologie endémique de certaines régions d’Europe, notamment dans le Sud, avec un foyer connu de longue date en Sicile, le problème se déplace vers le nord, touchant l’Italie, la Suisse, l’Autriche. En France et en Creuse, des cas sporadiques sont décrits depuis les années 1980 sur les bovins, les moutons, les chèvres et certains ruminants sauvages. Ce n’est pas une zoonose (maladie transmissible à l’homme). L’anaplasmose est transmise par plusieurs espèces de tiques (Rhipicéphale, Dermacentor, Ixodes) avec un taux de portage faible (moins de 1 %). Une fois la maladie transmise par piqûre, les symptômes apparaissent après 15 à 30 jours, selon la charge infectieuse initiale.

… induisant une anémie avec un diagnostic analytique pour confirmer

La bactérie attaque les globules rouges provoquant leur lyse. La clinique est dominée par une hyperthermie, une constipation et une anémie. L’urine peut être brune, mais sans hémoglobinurie à la différence de la piroplasmose, d’où son surnom de « piro blanche ». Sur les laitières, une baisse de la production soudaine pendant l’été est un signe d’alerte. La maladie est d’autant plus grave que les animaux sont âgés. On observe alors des atteintes rénales, voire des troubles neurologiques conduisant à la mort. La maladie peut passer inaperçue, les vaches s’immunisant après quelques jours, mais le passage transplacentaire de la bactérie peut déclencher un avortement. Le diagnostic repose sur les commémoratifs (bovin au pâturage en période d’activité des tiques), la clinique (anémie, hyperthermie, pas d’hémoglobinurie) et peut être complété par une analyse de laboratoire. L’examen direct de la bactérie dans les globules rouges est aléatoire. La sérologie ne sera intéressante qu’a posteriori, la séroconversion ne survenant que trois à quatre semaines après l’épisode clinique. La PCR est donc désormais l’examen à privilégier.

Un traitement basé sur l’oxytétracycline

Du fait de la sensibilité d’Anaplasma aux antibiotiques de base comme l’oxytétracycline ou à l’imidocarbe, de nombreux animaux sont traités sans que l’on ait identifié précisément l’agent pathogène. Dans tous les cas, une intervention rapide permet une guérison sans dommage majeur. Le traitement de référence reste l’administration d’oxytétracycline pendant 5 jours (prescription par votre vétérinaire). Pour la prévention, aucun vaccin n’est disponible en Europe.

Deux maladies, une même gestion

Dans un milieu contaminé, les bovins qui sont toujours en contact avec des tiques porteuses de maladies développent une immunité transmise aux descendants. Cette prémunition est entretenue au cours des années par les contaminations successives. Le maintien d’un niveau de pression infectieuse maîtrisable par les défenses immunitaires demande une limitation des contacts hôte-vecteurs grâce à des mesures agro-environnementales : débroussaillage raisonné, recul des clôtures électriques avec nettoyage des zones entre la clôture et la haie ou le bois… Il est cependant illusoire, et même peu souhaitable, d’éviter toute contamination. En effet, les jeunes sont beaucoup plus résistants à la maladie et s’ils se contaminent, ils s’immunisent durablement. En revanche, en cas d’apparition de la maladie, la prévention en urgence passera par le traitement de tout le lot avec un produit efficace sur les tiques.

En conclusion, une action à adapter en fonction du contexte

Dans les élevages en « stabilité enzootique », l’accent est à mettre sur le maintien de l’équilibre et la protection des animaux nouvellement introduits. Dans les élevages en « instabilité enzootique », la priorité est l’immunisation du pré-troupeau (pâtures à risques). Le prochain article abordera les maladies abortives liées aux tiques. Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à nous contacter ou votre vétérinaire.

Dr Boris Boubet - GDS Creuse - www.gdscreuse.fr

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