Maëva, la championne de boxe française qui avance toujours le poing Levet
Sacrée une nouvelle fois championne de France de savate, rencontre avec la Sanfloraine Maëva Levet qui prépare désormais les championnats d’Europe.
Sacrée une nouvelle fois championne de France de savate, rencontre avec la Sanfloraine Maëva Levet qui prépare désormais les championnats d’Europe.
“Je n’ai qu’une philosophie, d’être acceptée comme je suis” : des mots qui claquent, des mots qui parlent, mais qui ont encore du mal à faire écho dans sa tête. Et pourtant, elle devrait ! Elle a prouvé à maintes reprises - au sens propre comme au sens figuré - qu’elle était la meilleure et que “viser la lune, ça ne lui fait pas peur... Des sacrifices s’il le faut elle en fera, elle en a déjà fait. Mais toujours le poing levé”.
Le 18 avril, au palais des sports de Marseille, Maëva Levet est devenue championne de France de savate - boxe française élite A. Une victoire en terre ennemie car sa rivale est originaire des Bouches-du-Rhône. Peu importe, rien ne l’a perturbée ce jour-là. Elle vous dira qu’elle aurait pu encore mieux faire, mais l’essentiel était là : la ceinture. Sa deuxième ceinture en deux ans, quelques jours à peine après avoir été titrée mondialement en savate Pro en Turquie.
23 ans, double championne de France
À 23 ans, et déjà 46 combats, la native de Saint-Flour vit une aventure folle, entamée dans la rage, bercée par une pré-adolescence compliquée, voire éparpillée, mais que la boxe va recadrer. Aujourd’hui, elle s’inflige une discipline de fer parce qu’elle croit enfin en elle. Enfin presque ! Elle y travaille. Pas un travail physique, mais un travail
psychologique qui consiste à lui faire prendre confiance en elle. Tout ça prend forme, tout ça prend vie parce que des échéances approchent et que des rêves se dessinent.
“J’ai commencé la boxe à l’âge de 13-14 ans. Avant, j’avais fait plein de sports, de la danse, de la gym, de l’athlétisme... mais pour moi, il manquait un truc, pas assez d’énergie.” Un pépin physique en athlétisme et voilà que son père lui indique le chemin de la boxe “alors que personne n’en fait dans la famille. On est plus vélo de route, course à pied”, sans oublier sa sœur Ingrid qui a brillé, elle, dans le football (OL, Clermont foot). Bref, la boxe, “une vraie révélation, explique la jeune femme. Je ne savais même pas ce que c’était que la savate”, la boxe française pour les puristes, celle qui utilise les pieds et les poings.
Pas spécialement la période la plus sympa pour l’ado qui vit très mal la séparation de ses parents. Une déchirure émotionnelle si forte que seule la boxe réussit à lui fixer un cadre. “Je me suis obligée à ne pas sortir le soir, à rentrer tôt, à dormir...” Elle apprend également à canaliser sa rage, “car à cet âge-là, on n’a pas le droit de taper, on ne fait que de la touche”. C’est là qu’elle se fixe son premier objectif : faire du combat très vite.
Deux ans plus tard, son entraîneur, Yoann Le Bras, part alors sur Riom-ès-Montagnes, crée le Boxing club riomois. Maëva le suit et y est toujours licenciée.
Cependant, cadre technique du département afin de développer la savate sur le Cantal, Maëva fait une pige de deux ans à Murat et participe à la création du Cervus savate club, ainsi qu’à celle d’un gala. Pour autant, elle continue de s’entraîner à Riom.
Prise de conscience de son potentiel
Encore une période compliquée que Maëva va pourtant encore gérer avant de poser définitivement ses valises dans le Nord-Cantal. Cette fois, c’est la bonne. La stabilité prend enfin le dessus et les prédispositions de la jeune femme pour le combat vont vite arriver. Dure à l’entraînement, focus en compétition, Maëva rentre en compétition, “mais chez les jeunes, je ne suis pas très performante. Je ne gagne pas”. Elle qui rêve de devenir une championne, la frustration débarque dans sa routine. C’est alors que dame discipline fait son apparition.
“À 17 ans, je pars au combat et je défonce tout le monde. J’ai été vite surclassée chez les moins de 60 kg.” La miss performe, vite, très vite avant que les performances chutent, sévèrement. Il n’y a plus de colère en elle. “Mes trois premières années à haut niveau, c’est une catastrophe. Je perds tout le temps en demi-finale.”
Elle a pourtant le niveau, elle a pourtant l’envie, mais il manque quelque chose. Elle programme alors un travail sur elle-même, accompagnée. Cela ne marche pas tout de suite, mais il y a deux ans, elle sent qu’il s’est passé un truc. Elle vient tout simplement de prendre conscience de son fort potentiel, qu’elle ne doit sa place, sa situation, qu’à elle-même et à la force de son travail et de son duo avec Yoann.
Cela se concrétise sur le ring avec un premier titre de championne de France en kick boxing en 2024, puis le premier en savate élite A en 2025 avant de confirmer en 2026. D’ailleurs, le coin adverse aura des mots forts pour Maëva en lui expliquant que “le plus dur n’était pas de gagner, mais de confirmer”. C’est bien la preuve qu’elle est une championne.
Quand on a l’esprit guerrier et gagneur de la jeune femme, on sait que le mental se forge dans l’adversité. Quand on voit son visage, meurtre, l’arcade gauche enflée après sa victoire en Turquie, on se dit que cette jeune femme est héroïque. Aujourd’hui, Maëva n’aspire qu’à une chose : effacer l’ardoise mondiale de l’an dernier, battue en demi-finale par la future championne du monde.
Master en sociologie
Pas de Mondiaux en 2026, mais les Europe, toujours en Bulgarie, fin septembre. Pas de défaite non plus au programme de Maëva. De toute façon, elle déteste perdre. “Je sais qu’on peut perdre. C’est un sport à jugements. Donc il n’y a pas que la performance qui entre en ligne de compte. Je sais qu’il y a des choses que je ne maîtrise pas. Je l’ai vu à l’international. Autant je peux prendre un K.O. ou être vraiment en dessous de mon adversaire, ok je comprends... mais ça ne m’est jamais arrivé. À chaque fois, j’ai perdu à la limite, d’un rien. Alors je préfère me dire que je ne me suis pas donnée à 100 %.” Forte de tout ce travail accompli, de cette énergie dépensée pour être la meilleure, pour être plus forte que les autres, Maëva Levet attend désormais sa convocation aux stages de l’équipe de France, en juillet et août. Comme si les Bleus pouvaient se passer de la championne de France pour aller en Bulgarie.
Celle qui se dirige vers la recherche en sociologie - elle termine un Master en sociologie - ne veut rien laisser au hasard dans sa vie. “Je ne veux pas me dire que j’ai manqué quelque chose. Si défaite il doit y avoir, je ne veux rien avoir à regretter.”
Des choix, Maëva en a toujours faits, comme de rejoindre sa sœur à Clermont pour y faire son lycée. C’est dur, très dur car elle y préparait un Abibac, un bac binational qui donne son équivalence allemande. “C’était horrible. Je pleurais tous les week-end quand je rentrais chez moi”, évoque-t-elle. Certes, mais là aussi elle se dépasse et elle obtient son bac. “Je pense que cela m’a aussi aidée à avoir un cadre.” Très important quand on va rentrer en Fac où la sociologie devient également une vraie révélation.
Elle mène tout de front. Elle ne laisse de place à personne, sauf à sa famille très proche, sa sœur Ingrid, qui a mal digéré le haut niveau, mais en qui elle a puisé toute son énergie. Maëva est une machine de guerre avec un cœur gros comme sa détermination. Le titre mondial bien sûr, puis, pourquoi pas, passer à la boxe anglaise et viser les JO en 2032 par exemple !