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Loup : une cohabitation toujours déséquilibrée

L’Association française des journalistes de l’agriculture et de l’alimentation (AFJA) a organisé le 18 avril au ministère de l’Agriculture, une table-ronde sur le thème « Le loup : menaces ou opportunités pour le pastoralisme ? ».

L’Association française des journalistes de l’agriculture et de l’alimentation (AFJA) a organisé le 18 avril au ministère de l’Agriculture, une table-ronde sur le thème « Le loup : menaces ou opportunités pour le pastoralisme ? ».
L’Association française des journalistes de l’agriculture et de l’alimentation (AFJA) a organisé le 18 avril au ministère de l’Agriculture, une table-ronde sur le thème « Le loup : menaces ou opportunités pour le pastoralisme ? ».
© Marcel Lagthim Pixabay

Les orateurs se sont accordés pour reconnaître l’efficacité de l’actuel Plan national d’actions 2018-2023 sur le loup et les activités d’élevage (Plan Loup). L’un de ses objectifs était notamment de « poursuivre le déploiement des mesures de protection sur le territoire en fonction de l’expansion du loup, en les rationalisant ». Autrement dit, comme le loup est une espèce protégée, de limiter les prélèvements pour favoriser son développement tout en essayant de contenir les attaques contre les troupeaux. Le plan loup 2018-2023 vise, malgré la colère des éleveurs ovins, à augmenter la population à 500 individus d’ici 2023.
D’une trentaine d’individus dans le massif alpin dans les années 2000, la population lupine a atteint environ 200 têtes en 2010 pour atteindre 624 individus en 2020 et officiellement 921 en 2022. Soit une multiplication par 30 en une vingtaine d’années avec une extension des zones d’installation de ce prédateur. L’objectif de 2023 est donc largement atteint. « La présence du loup est avérée dans 53 départements », confirme le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau. Il ne souhaite d’ailleurs remettre en cause « ni la présence du loup, ni le pastoralisme ». C’est sur le degré d’acceptabilité que « peut naître une certaine incompréhension », glisse-t-il. Des propos que ne renie pas Claude Font, secrétaire général de la Fédération nationale ovine. Plus circonspect sur le chiffre de 921 loups, il remarque que les 624 individus de 2020 s’étaient finalement retrouvés 783 avec des données consolidées. « Il ne faut pas mettre que des capteurs […]. Il faut coupler les relevés photographiques avec des marqueurs génétiques pour obtenir un vrai suivi et un comptage plus précis », répond Jean-David Abel, pilote du réseau Biodiversité à France nature environnement (FNE). Quoiqu’il en soit, « si le volet conservation du loup a été très largement atteint, celui de la sauvegarde de l’élevage et des activités pastorales n’est pas rempli » remarque le secrétaire général de la FNO.

« Régulation »
Au-delà du comptage¹, il existe une « trop grande pression psychologique, psychique et aussi économique », assure Claude Font. Il n’en reste pas moins que le nombre d’animaux victimes du loup a augmenté de +22 % en 2022. Il s’attaque désormais à des populations autres que les ovins : ce sont notamment des veaux, des vaches, des poulains et même des chevaux, attestent les intervenants. Le traumatisme est réel chez les éleveurs qui vivent cette situation « comme une offense et comme une forme d’impuissance » concède la ministre. « On est encore loin de l’acceptabilité », insiste Claude Font. L’actuel prélèvement, fixé à 19 % est-il encore suffisant ? « Il y a un gros mot qu’on ne peut pas prononcer : celui de régulation », répond-t-il en guise de pirouette. En effet, ce terme s’applique surtout aux surpopulations d’animaux comme les cervidés et les sangliers pour lesquelles les battues sont autorisées. « Pourtant, le loup peut jouer un rôle dans les écosystèmes en régulant les ongulés », souligne Jean-David Abel, convaincu que « la cohabitation entre l’activité pastorale et le loup existera ». Quant au ministre, il n’entend pas revenir, malgré la demande insistante des syndicats d’agriculteurs sur le reclassement du loup, protégé par la Convention de Berne. Défenseur d’une « gestion dynamique » il insiste sur la nécessité de bien se documenter avant de pouvoir porter un tel sujet. « À quel degré, à partir de quel nombre estime-t-on qu’une espèce a atteint un seuil ? », interroge-t-il plaidant pour une meilleure analyse scientifique.
Contrairement à une idée fausse, tout ne se passe pas si bien en Italie entre l’agriculture et le loup. « Ce sont les 20 régions qui gèrent et non l’État fédéral. C’est donc moins encadré qu’en France. En plus, on estime qu’environ 15 % de la population de loups est braconnée chaque année. Ce qui n’est pas le cas chez nous ». Comme le résume Claude Font, « il faut rester humble sur ce dossier. Les solutions ne pourront être trouvées que collectivement ». « Faire du sur mesure, territoire par territoire », a conclu Jean-David Abel.

1. Les organisations professionnelles agricoles estiment que la population du loup en France dépasse les 1500 individus.

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