Aller au contenu principal

Limiter le stress thermique des vaches au bâtiment

Le climat change, c'est incontestable. En montagne, les bâtiments d'élevage doivent à présent relever deux défis : protéger les animaux des fortes chaleurs estivales plus fréquentes et du froid en hiver.

Attention, le stress thermique peut avoir de lourdes conséquences sur le cheptel.
Attention, le stress thermique peut avoir de lourdes conséquences sur le cheptel.
© HLP

 

Dans le cadre du programme "Bâti'Lait Mieux" initié et financé par le CNIEL, un travail a été conduit sur la gestion du stress thermique dans les bâtiments de montagne en 2023-2024. Les conclusions de cette étude ont été présentées par Tanguy Morel, chef de projet au sein de l'Idele, lors d'une conférence au Sommet de l'élevage, le 9 octobre dernier.

Une fraîcheur nocturne à exploiter

Avant d'aborder les préconisations pour gérer au mieux le stress thermique au bâtiment, le spécialiste a donné quelques repères essentiels à prendre en compte : 

« Les vaches laitières craignent la chaleur beaucoup plus que le froid ! Le confort thermique d'une vache se situe entre 2 et 20°C. Au-delà, elle commence à souffrir. Lorsque les températures dépassent les 20°C, il faut s'interroger sur les moyens de combattre cette chaleur ». 

La fraîcheur nocturne à exploiter

Alors que le nombre de jours de canicules est appelé à s'accroître dans les prochaines décennies, y compris en zone de montagne, les bâtiments, de plus en plus souvent occupés en été, doivent être adaptés. Toutefois, ces zones d'altitude présentent l'avantage de disposer d'une fraîcheur nocturne à exploiter.

Tout éleveur doit faire en sorte de limiter au maximum le stress thermique de ses vaches car ce dernier peut avoir de lourdes conséquences sur la performance du cheptel (baisse de la production laitière, baisse des performances de la reproduction, incidences sur la santé de la mamelle, sur la composition du lait, sur les vaches gestantes et sur les nouveau-nés, perturbation métabolique...). Pour évaluer avec plus de précision le niveau de stress thermique, Tanguy Morel conseille le recours à l'index THI* avec un seuil de 68 au-delà duquel la vache ne peut plus récupérer. Le niveau de stress thermique peut également être approché en observant le score de halètement (salive, bouche, langue, respiration, cou et tête).

En période chaude, Tanguy Morel se tourne vers le HLI (Heat Loaded Index), un index plus complet que le THI, pour apprécier le confort au sein des bâtiments ; le HLI tient compte de la température, de l'hygrométrie, de la vitesse du vent et du rayonnement solaire. Quant au rayonnement, il peut être quantifié à l'aide d'un thermomètre à globe noir ; ce dernier donne la température ressentie par l’animal.

Lire aussi : Des capteurs d'ambiance connectés pour lutter contre le stress thermique

Recherche du confort optimal

Parmi les actions prioritaires à mettre en œuvre au bâtiment, il s'agit d'assurer un confort optimal, de vérifier les conditions d'abreuvement, de mettre à disposition des aliments appétents, d'offrir de l'ombre aux animaux en pâtures. En zone de montagne, il faut réduire le rayonnement direct et indirect du soleil à l'intérieur des bâtiments et améliorer la ventilation naturelle dans le bâtiment.

De façon plus secondaire, l'éleveur peut améliorer le confort de ses vaches en installant une ventilation mécanique mais « seulement dans certains cas et en seconde intention » indique Tanguy Morel et opter pour la brumisation et/ou le douchage « en dernier recours et avec précaution ».

*Température, humidité, index

En savoir plus : Stress thermique chez les bovins : Mieux le connaître pour s’adapter

Zoom sur le plan d'actions préconisé

1 L'abreuvement des vaches :

Leurs besoins peuvent doubler en été (jusqu’à 150 L d’eau / vache / jour). Préférer une multiplication des points d’eau (1 tous les 15-20 m maximum) avec un renouvellement rapide (Débit : 15/20 l/mn). Hauteur minimale d’eau : 7 cm, hauteur abreuvoir : 70 à 75 cm, accessibilité (3,60 m de dégagement en plus de l'abreuvoir).

2 Des aliments appétents : 

Cela passe par des fourrages de qualité, un fourrage bien conservé, une élimination des parties altérées (silo, mélangeuse, auge), une bonne structure de la ration, suffisamment de place à l’auge, une auge à l’ombre, un rythme de distribution adapté tôt le matin et tard le soir.

3 De l'ombre en prairies :

- Vaches taries et génisses : leur garantir de l'ombre

- Vaches en production : besoin d’une alimentation fourragère de qualité et répartie dans la journée ; risques de surdensité dans les zones d’ombrage = risques de mammites d’environnement ; en l’absence d’ombre et de disponibilité en herbe pâturée, les rentrer lors des après-midi chaudes… dans un bâtiment adapté ; privilégier les sorties de nuit.

4 Éviter le rayonnement «direct» du soleil :

Optez pour des débords de toiture sur les côtés sud est, sud et sud ouest ; une avancée de toit permettant l’ensoleillement l’hiver et l’apport d’ombre l’été.

Miser sur des abords enherbés plutôt que bétonnés ; limiter les bétons en façade (optez pour un mur de 60 cm de haut et ajouter des translucides au-dessus) ; dans un bâtiment existant, possibilité de blanchiment des translucides en toiture avec de la peinture d'ombrage de manière à laisser passer la lumière en réduisant la chaleur.

L'isolation de la toiture est intéressante sur des bâtiments à faible volume. En zone de montagne, l'isolation permet de couper les ponts thermiques en hiver et de limiter le rayonnement en été. Gain possible de 0 à 2°C de température au globe noir, suivant les situations.

5 Améliorer la ventilation naturelle et l’ambiance au sein du bâtiment

De l’air plutôt en partie haute l’hiver avec un débord de toit suffisant, et de l’air plutôt en partie basse l’été pour ventiler au niveau des animaux, ou à défaut : du bardage fixe bois ajouré en partie haute et un bardage amovible sur la partie basse.

Du plein air à l’intérieur du bâtiment d’élevage est possible en moyenne altitude (autour de 500 m).

« Profiter des fraîcheurs nocturnes en périodes estivales dans les bâtiments de montagne est un atout majeur qu’il est important de valoriser, d’où l’importance de pouvoir ouvrir les stabulations le plus possible l’été, tout en conservant la possibilité de fermer à la demande l’hiver pour se protéger et se rassurer face à des intempéries parfois rudes. Différentes stratégies et divers équipements de bardages sont possibles et adaptés à ces régions » souligne Tanguy Morel.

Les plus lus

À Saint-Victor, chez Gilles Tailhardat.
S’installer en élevage bovin : deux exploitations à reprendre ont ouvert leurs portes dans l’Allier

La Chambre d’agriculture de l’Allier a organisé le 26 février un après‑midi dédié à la découverte de deux exploitations bovins…

Mickaël Vignal, au centre, a investi dans une centrale photovoltaïque de 36 kWc dont une partie de la production est autoconsommée.
Avec la baisse des tarifs de rachat d'électricité, l’autoconsommation est-elle devenue rentable ? 

À Sugères, Mickaël Vignal, éleveur laitier, a investi dans l'énergie solaire pour réduire sa facture d’électricité de 28…

Un nouveau kit d’introduction dérogatoire a été mis en place par le GDS. Il concerne les lots d’au moins 10 bovins âgés de moins de 24 mois, destinés uniquement à la boucherie ou à l’export.
Au 1er avril 2026 : les règles d'introduction des bovins évoluent

Les règles d’introduction des bovins en Haute-Loire évoluent le 1er avril 2026 afin de mieux concilier sécurité…

tank à lait avec des gens
Surproduction laitière : « L’enjeu est de faire la marche arrière la plus basse possible sur les prix »

Florent Kaplon, président du CRIEL et directeur amont des fromageries Dischamps analyse la conjoncture laitière et apporte un…

Le Cantal est le département de la région où la collecte laitière a le plus progressé fin 2025.
Lait de vache : Pourquoi la collecte laitière augmente ?

Depuis la fin de l'année, la production laitière a fortement augmenté à la faveur d'un automne clément et de fourrages…

De gauche à droite : Pierre Prallon, JA 43, Lionel Guy, président de la section lait de la FDSEA 43, Éric Richard, administrateur de la FNPL et vice-président  section lait de la FDSEA 43, Ludovic Blin, vice-président de la FNPL, J-Paul Peyral, administrateur FNPL et Géraud Bruel, président de la section lait du Cantal.
Tournée régionale FNPL : les éleveurs paient l’addition d’un manque d’anticipation industriel dans la crise laitière

En 2026, les éleveurs laitiers français paient le prix fort d’un manque d’anticipation industriel. C'est l'analyse portée par…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière