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Les revenus agricoles moyens en baisse

Malgré des aides qui pèsent jusqu’à 40 %, les agriculteurs connaissent depuis 2019 une baisse de leur revenu. La nouvelle Pac ne devrait pas inverser la tendance...

Le revenu moyen disponible est plus élevé en lait, mais comme en viande, il baisse nettement depuis 2019. 
Le revenu moyen disponible est plus élevé en lait, mais comme en viande, il baisse nettement depuis 2019. 
© R.S.-A.

M ieux connaître la situation économique des éleveurs : les organisations professionnelles agricoles (OPA) en ont besoin pour répondre au plus près aux besoins et attentes de leurs adhérents. Lundi 5 juillet, lors d’un webinaire (réunion en visio-conférence), le service références de la chambre d’agriculture du Cantal a répondu à cette demande. Après une éclaircie, le revenu des éleveurs bovins, en viande comme en lait, s’est assez nettement dégradé entre 2018 et 2019(1). Des observations fiables, rendues possibles grâce au réseau d’élevage Inosys, un collectif qui réunit l’Institut de l’élevage, des conseillers et des éleveurs volontaires.

Le grand écart en bovins viande
Pour cet exercice, il est retenu le “revenu disponible moyen”, c’est-à-dire les recettes d’exploitations, composées de la vente des produits et des aides, auxquelles sont retranchées les charges et les annuités. En élevage allaitant (toutes races), Mathilde Bonestebe prend pour point de départ ce revenu moyen entre 2014 et 2019  : 21 500 € par an et par unité de main d’œuvre. Mais dans le détail, c’est le grand écart avec un pic à 25 200 € en 2015 et un revenu jamais aussi bas qu’en 2019 : 17 900 €.
Et même sur cette dernière donnée, il faut voir dans cette moyenne des disparités colossales entre des éleveurs qui ont perdu de l’argent (- 2 000 €) et ceux qui s’en sont plutôt bien tirés (+ 38 000 €). Quoi qu’il en soit, dans tous les cas et quelle que soit sa production allaitante (maigre, engraissement...), tous voient leur rémunération nettement chuter ; seul le système salers à l’herbe progresse légèrement, mais ne fait toujours pas partie des plus rémunérateurs. “Pourtant, la somme des produits viande et des aides progresse, mais pas de manière suffisante pour combler l’évolution du coût de production”, relève  Mathilde Bonestebe, en pointant des sécheresses à répétition qui nécessitent de repenser l’aménagement des surfaces et d’acheter de l’aliment. Les premières projections du revenu 2020 ne sont pas optimistes. Une nouvelle baisse moyenne de 20 % est probable (sans les aides conjoncturelles), cette fois-ci en raison de l’effondrement des cours des produits viande.

Revenu moyen plus élevé en lait
Yann Bouchard a appliqué le même principe de calcul et de présentation des revenus, mais pour les éleveurs laitiers, sachant que certains sont sur des zones favorables à la culture de maïs, d’autres non. Le revenu moyen disponible est globalement plus élevé qu’en production viande : 28 500 € par unité de main d’œuvre. Si la tendance de la dernière année s’avère identique, accusant là aussi une baisse, ce n’est pas la plus sévère de la période. “On part de 2014, sur une belle année (33 074 €) avant une zone de turbulence, jusqu’au plus faible revenu enregistré en 2016 (21 924 €)”, détaille Yann Bouchard, avant de signaler une remontée régulière (31 100 €), jusqu’au nouvel effondrement de 2019 (25 567 €), là aussi dû à un coût de production qui limite les revenus.
Le technicien révèle à son tour un coût de production qui n’a jamais été aussi élevé et, à 623 € pour 1 000 litres produits, très au-dessus du prix du lait vendu :  397 €... Or, les compensations ne prennent pas en compte la flambée des  charges, notamment du coût de l’alimentation achetée (+16 % en fin de période). Ce qui laisse augurer une baisse encore sensible pour 2020. La rémunération de l’éleveur dépend aussi de la productivité. Celle-ci est directement impactée par le prix du lait. Favorable en 2019, elle remonte pour atteindre en moyenne 255 355 litres par unité de main d’œuvre, tandis qu’il faut compter pour les annuités autour de 84 € tous les 1 000 l. “Au-dessus de 100 €/ 1 000 l, on ne préserve plus le minimum de 1,5 Smic”, alerte le
spécialiste. 
À noter que sur le réseau bio, la baisse de rémunération est plus marquée en raison d’un coût engendré par les aléas climatiques encore plus élevé. Enfin, l’Institut de l’élevage édite à l’attention des OPA des publications avec des
données plus fines : par exemple selon qu’on est en AOP ou non, en fonction du système fourrager ou encore du type de sol.   

(1) De nombreuses fermes n’ont clôturé leur exercice qu’au premier semestre 2020 et les
données n’ont pas encore été traitées.

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