Aller au contenu principal

Les femmes s'imposent dans l'agriculture 

Les femmes ont toujours fait partie du paysage agricole. Pourtant, leur reconnaissance et leur intégration au sein de la profession ont longtemps été plus complexes. Entre santé, charge mentale et contraintes techniques, leur place dans la profession continue d'évoluer. 

De G à D, Manon Caudron-Fournier, doctorante et membre du comité égalité de VetAgro Sup, Severine Darsonville, agricultrice et PDG Jacquet Brossard, Mathieu Daim, agriculteur grande culture, Frédéric Brance, Directeur de la MSA Auvergne, Fabienne Petit, enseignante chercheure à l’Université Clermont Auvergne.
De G à D, Manon Caudron-Fournier, doctorante et membre du comité égalité de VetAgro Sup, Severine Darsonville, agricultrice et PDG Jacquet Brossard, Mathieu Daim, agriculteur grande culture, Frédéric Brance, Directeur de la MSA Auvergne, Fabienne Petit, enseignante chercheure à l’Université Clermont Auvergne.
© Albane Dupin

Depuis quelques années, la libération de la parole portée par les femmes du milieu agricole a permis d'aborder des sujets longtemps tabous : précarité, isolement, charge mentale. En brisant le silence, les agricultrices ouvrent la voie à davantage de prévention et à un accompagnement mieux adapté

La MSA multiplie ainsi les initiatives : formation d’assistante sociale spécialisée, dispositifs d'écoute, plateformes d'aide en cas d'épuisement professionnel ou encore le programme "aide au répit".

Les agricultrices sont aujourd'hui mieux informées sur leur santé que d'autres catégories professionnelles et savent plus facilement vers qui se tourner en cas de problème. Cependant, cette meilleure connaissance ne les protège pas toujours. Elles restent davantage exposées à certaines pathologies : insuffisance cardiaque, cancer de la peau, maladies inflammatoires chroniques ou maladie de Parkinson pour les non-salariées. Les salariées, elles, sont plus souvent suivies pour diabète et certains troubles addictifs. Ces femmes, surtout lorsqu'elles sont cheffes d'exploitation, sont plus difficiles à arrêter.

À lire aussi : La place des femmes dans le monde agricole

Des progrès techniques, mais des freins persistants

En parallèle, les évolutions technologiques ont profondément transformé le travail agricole. Les machines et la digitalisation facilitent certaines tâches, mais des obstacles persistent. Les imprévus liés à la vie de famille ou l'inadaptation du matériel à la morphologie féminine freinent encore certaines. 

Il est nécessaire de prendre en compte la tâche pour créer un outil adapté, mais il est essentiel de prendre en compte la personne qui va avant tout l’utiliser» explique Fabienne Goutille, enseignante-chercheuse à l’Université Clermont-Auvergne.

La montée en puissance des femmes cheffes d'exploitation a justement permis de remettre ces problématiques au centre du débat. Grâce aux nouvelles technologies, les conditions de travail s'améliorent et permettent une meilleure répartition dans l'exécution des tâches. 

Ce n’est plus une question de savoir si je peux le faire, mais si j’aime le faire » appuie Séverine Darsonville, agricultrice installée depuis ses 18 ans.

Une reconnaissance récente, mais bien présente 

Au-delà du matériel, c'est aussi la place des femmes qui change : 

À l’époque, une femme cheffe ce n’était pas courant, ça sortait du cadre ; aujourd’hui ces situations existent beaucoup moins qu’il y a 15-20 ans » poursuit Séverine Darsonville

Si les mentalités ont évolué, cette progression reste récente. Les femmes s'imposent désormais plus facilement en tant que cheffe à part entière au sein des exploitations, en individuel ou société.

En 2023, parmi les 116 560 femmes actives non-salariées agricole, 103 236 étaient cheffes d'exploitation et 13 324 collaboratrices. En Auvergne-Rhône-Alpes, 78 % des femmes s’installent sous statut individuel, contre 67 % des hommes. Coté salariat, elles représentent 38,4 % des effectifs du régime.

 

Zoom sur…

Un violentomètre pour prévenir les violences envers les femmes dans les exploitations

Chaque jour en Europe, une femme sur cinq est victime de violences physiques ou sexuelles. En France, 137 féminicides étaient recensés au 6 novembre 2025 et notamment en milieu rural.

Dans ces territoires, les violences sont souvent plus difficiles à repérer et à signaler, faute de structures de proximité et d'anonymat. Elles touchent pourtant l'ensemble des femmes du milieu agricole, de l'étudiante en stage, à l'agricultrice installée.

À Clermont-Ferrand, des étudiantes VetAgroSup, accompagnées par Manon Caudron-Fournier, membre du comité égalité de VetAgro Sup, ont créé un violentomètre adapté aux stages en exploitation agricole. Construit à partir de situations vécues par des stagiaires, cet outil permet de "mesurer" si un comportement vécu est sain ou dangereux.

Présenté sous forme de règle, il se divise en trois catégories : le « Tout va bien », le cadre de travail est sain, le « Attention », les actes sont anormaux et doivent être signalés, et le « Danger », il faut demander de l'aide.

Notre intention n’est pas de stigmatiser le monde agricole par rapport au reste de la société. C’est justement parce qu'il fait partie de la société qu’il est aussi traversé par le sexisme » insiste Manon Caudron-Fournier.

Ce violentomètre n'est pas une première. En 2018, les Observatoires des violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis et Paris, l’association En Avant Toute(s) et la Mairie de Paris avaient déjà conçu un outil similaire pour les jeunes femmes, pour les aider à évaluer si leur relation amoureuse était basée sur le consentement et ne comporte pas de violences

Les plus lus

À Saint-Victor, chez Gilles Tailhardat.
S’installer en élevage bovin : deux exploitations à reprendre ont ouvert leurs portes dans l’Allier

La Chambre d’agriculture de l’Allier a organisé le 26 février un après‑midi dédié à la découverte de deux exploitations bovins…

Mickaël Vignal, au centre, a investi dans une centrale photovoltaïque de 36 kWc dont une partie de la production est autoconsommée.
Avec la baisse des tarifs de rachat d'électricité, l’autoconsommation est-elle devenue rentable ? 

À Sugères, Mickaël Vignal, éleveur laitier, a investi dans l'énergie solaire pour réduire sa facture d’électricité de 28…

Un nouveau kit d’introduction dérogatoire a été mis en place par le GDS. Il concerne les lots d’au moins 10 bovins âgés de moins de 24 mois, destinés uniquement à la boucherie ou à l’export.
Au 1er avril 2026 : les règles d'introduction des bovins évoluent

Les règles d’introduction des bovins en Haute-Loire évoluent le 1er avril 2026 afin de mieux concilier sécurité…

tank à lait avec des gens
Surproduction laitière : « L’enjeu est de faire la marche arrière la plus basse possible sur les prix »

Florent Kaplon, président du CRIEL et directeur amont des fromageries Dischamps analyse la conjoncture laitière et apporte un…

Le Cantal est le département de la région où la collecte laitière a le plus progressé fin 2025.
Lait de vache : Pourquoi la collecte laitière augmente ?

Depuis la fin de l'année, la production laitière a fortement augmenté à la faveur d'un automne clément et de fourrages…

De gauche à droite : Pierre Prallon, JA 43, Lionel Guy, président de la section lait de la FDSEA 43, Éric Richard, administrateur de la FNPL et vice-président  section lait de la FDSEA 43, Ludovic Blin, vice-président de la FNPL, J-Paul Peyral, administrateur FNPL et Géraud Bruel, président de la section lait du Cantal.
Tournée régionale FNPL : les éleveurs paient l’addition d’un manque d’anticipation industriel dans la crise laitière

En 2026, les éleveurs laitiers français paient le prix fort d’un manque d’anticipation industriel. C'est l'analyse portée par…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière