Prédation du loup : les équidés aussi touchés en Auvergne-Rhône-Alpes
La prédation équine est une réalité. Pour sensibiliser les éleveurs sur ce risque, le Conseil de la Filière Cheval organisait une journée d'information le 26 février au Puy-en-Velay.
La prédation équine est une réalité. Pour sensibiliser les éleveurs sur ce risque, le Conseil de la Filière Cheval organisait une journée d'information le 26 février au Puy-en-Velay.
On parle communément d'attaques de loup sur les espèces ovines et bovines, mais saviez-vous que ce prédateur s'attaque également aux équins, entraînant ainsi de lourdes conséquences sur le cheptel et sur l'éleveur lui-même ? Pour évoquer cette problématique et surtout sensibiliser et informer les éleveurs, le Conseil de la Filière Cheval (CFC) Auvergne Rhône Alpes propose sur les mois de février et mars un cycle de journées d’informations et d’échanges à destination des professionnels de la filière. L'une de ces journées se déroulait le 26 février dans les locaux de la MSA Auvergne au Puy-en-Velay, partenaire de ces rencontres avec la Région AuRA dans du plan de filière équine.
Des actes de prédation en hausse parmi les équidés
Oui le loup peut s'attaquer à des équidés ; l'OFB atteste même qu'ils entrent dans la consommation alimentaire du prédateur » a indiqué Mélanie Conraud, ingénieure de projets au sein de la délégation AuRA de l'IFCE (Institut Français du Cheval et de l'Équitation).
Même si la filière équine représente moins d'1% des constats de dommages recensés en France en 2024, l'ingénieure atteste d'une augmentation significative des actes de prédation sur cette espèce, au même titre que les bovins. D'après le CFC :
Entre 2011 et 2021, le territoire enregistrait entre 5 et 10 attaques déclarées par an. À partir de 2023, ce chiffre est passé à environ 50 attaques, soit une multiplication par dix, sachant que de nombreux cas restent non déclarés. Certains secteurs de notre région sont plus impactés que d'autres, c'est notamment le cas du sud de la Drôme, le Trièves (38) ou Savoie-Mont Blanc (74). Des attaques sporadiques ont été constatées à l’ouest de la vallée du Rhône (07) en relation avec l’expansion territoriale du loup ».
Si les attaques mortelles sur les chevaux restent relativement rares, les impacts indirects sont nombreux : stress aigu des animaux, blessures, avortements, désorganisation des systèmes d’élevage, charge mentale accrue et conséquences psychologiques pour les éleveurs. Il faut par ailleurs ajouter que la filière équine n'est pas reconnue comme espèce protégeable par le Plan National Loup, ce qui limite l'accès au financement pour les moyens de protection et à une indemnisation.
Pour aider les professionnels, qu'ils soient éleveurs ou propriétaires de centres équestres, à se prémunir contre la prédation du loup, le CFC avait invité deux experts : Jean-Marc Landry, spécialiste international du loup et des systèmes de protection, et Hélène Roche, éthologiste spécialisée dans le comportement équin.
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Étudier la relation du loup au bétail
Jean-Marc Landry a livré les enseignements de ses années de recherches conduites sur le loup, ce qui a permis notamment de chasser certaines idées reçues. Les connaissances sur le loup sont récentes (années 1940) et l'évolution technologique du matériel d'observation a permis d'améliorer les connaissances sur le comportement du loup même s'il nous reste encore beaucoup à apprendre.
Le loup reste un prédateur mais il n'attaque pas systématiquement les troupeaux et l'on ne sait pas encore pourquoi. Avec le loup tout est possible ! Certains soirs, il est en prospection, d'autres en déambulation, en pause, prédateur, charognard ou en déplacement. De plus, chaque loup est différent et a sa propre personnalité ; ceci est également vrai pour les meutes. C'est pourquoi, pour connaître le loup, il faut étudier sa relation au bétail ». Il confirme l'efficacité des chiens de protection.
Le loup reste un prédateur territorial mais les jeunes loups quittent le territoire parental en vue de créer leur propre meute. Un loup peut parcourir plusieurs milliers de kilomètres avant de s'installer... Il est par ailleurs doté d'une grande adaptabilité en termes de climats et de milieux (montagne, plaine) ».
Loup, bétail et activités humaines partagent le même territoire
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, « le loup n'est pas si sauvage que ça ! Il s'habitue à l'environnement humain, ce qui explique qu'une meute a été vue dans la ville de Florence en Italie. Et dans le système pastoral, loup, bétail et activités humaines partagent le même territoire » indique le spécialiste qui confirme que le loup a toujours eu peur de l'homme.
L'éthologiste, Hélène Roche, a livré des éléments clés sur les équidés en situation de prédation. Le comportement des chevaux peut-être révélateur d'actes de prédation.
Hypervigilance inhabituelle, fatigue anormale, soif accrue, chevaux échappés, transpiration excessive inexpliquée, avortements, blessures de type lacérations, égratignures sur l'arrière des postérieurs, équidés agressifs envers les chiens » sont autant de signaux qui permettent de suspecter une attaque.
Pour les éleveurs, il s'agit ensuite de tout mettre en œuvre pour réduire la vulnérabilité de leur troupeau.
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