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Jeunes Agriculteurs Massif central
Les entreprises laitières du Massif central méprisent leurs producteurs

Mardi 23 juin, le CRIELAL* se réunit pour la première fois après l’arbitrage national fixant le prix du lait à l’année à 280 €/1000L.

Florent Legay, responsable lait au JA 63
Florent Legay, responsable lait au JA 63
© Auvergne Agricole

Devant l'attitude des entreprises, les Jeunes Agriculteurs du Massif central, présents à cette rencontre ont quitté la table des négociations comme tous les représentants des producteurs. Le motif : les entreprises laitières régionales, qu'elles soient privées ou coopératives, veulent imposer un prix moyen à l'année inférieur à l'arbitrage national que Jeunes Agriculteurs conteste déjà. Pour les entreprises, l'arbitrage national donne de la lisibilité aux producteurs. Investir, travailler 70 h par semaine, le tout sans aucun salaire, voilà la lisibilité que donnent les entreprises laitières du Massif central aux jeunes agriculteurs producteurs de lait.
Une quarantaine de Jeunes Agriculteurs du Puy-de-Dôme est venue exprimer son mécontentement en s'invitant au CRIELAL.
Retour avec Florent Legay, responsable lait au JA 63, sur cette rencontre qui, disons le, ne les a pas laissés de marbre.

 

•Interprofession laitière régionale Auvergne Limousin

 

 

 

Interview

Florent Legay : « nous avons besoin de lisibilité »

Qu'est-ce qui vous a poussé à participer au CRIEL ?
Florent Legay : Si nous nous sommes invités au CRIEL, c'est pour une raison simple. L'Auvergne est une région qui installe, et principalement en lait. Les bras sont chez nous, les bras c'est nous et en tant que jeunes agriculteurs, nous avons besoin de lisibilité. Nous voulions connaître le sentiment de nos « chères » entreprises par rapport à notre situation. Nous attendions surtout qu'elles s'expliquent devant leurs producteurs et qu'elles arrêtent de se cacher derrière le CNIEL.

Qu'attendiez-vous de cette rencontre ?
F.L : Concrètement, nous espérions que, compte tenu des spécificités laitières régionales, il serait possible d'être au-delà de l'arbitrage national à 280€/1000L. En réalité, les entreprises, toutes confondues, n'ont pas joué le jeu, prétextant que leur interprétation des accords nationaux était plus juste que la nôtre. La séance a alors été suspendue. Ce que nous attendions c'est qu'ils nous disent comment faire pour que nous soyons encore tous là demain ! A 280 €/tonne, nous mangeons de l'argent. Payer pour produire, quelle est la logique. En tant que Jeunes Agriculteurs nous demandons un prix de 305 €, permettant non pas de faire du bénéfice mais de vivre tout simplement.

Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous à l'issue de la rencontre ?
F.L : Cette entrevue me laisse un goût amer. Tout d'abord, je suis en colère parce que nos entreprises auraient pu faire, elles aussi, un effort. A croire qu'elles cherchent l'affrontement. Du côté des producteurs, nous avions déjà mis de l'eau dans notre vin. Je suis également déçu de leur attitude. Aujourd'hui, l'argument phare des entreprises présentes a été le marché, le marché et encore le marché. Je pense qu'à trop regarder ce qui se passe sur les marchés, elles ont oublié de tourner la tête et de regarder ce qui se passait de l'autre côté, chez leurs producteurs. Ils ont eu beau nous parler des positions que pourrait prendre l'interprofession, leur discours sonne faux. Nous leur avons rappelé que lorsque nous étions à Moulins il y a quelques jours, à bloquer les centrales d'achat de la grande distribution, nous défendions aussi leur beefsteak. Et eux où étaient-ils? En train de regarder l'état des marchés probablement.
Et puis, face à tout ça, je suis pensif et soucieux. Originaire du canton de Manzat, caractérisé pour sa dynamique laitière, je suis issu d'une zone géographique qui installe de nombreux jeunes. Que vais-je dire à mes voisins, à mes collègues alors que même moi je ne sais pas si je serai encore là demain ?
Mais, dans ce paradoxe d'émotions, je peux dire que je ressorts plus motivé que jamais. On ne baisse pas les bras et on remonte les manches. Les entreprises s'amusent de nous et cherchent à nous diviser entre producteurs. A nous producteurs de leur montrer aussi que sans nous ils ne seraient pas grand chose. Telle la fable de Perette et du pot au lait, sans lait adieu veau, vache, cochon, couvée...

Propos recueillis par Virginie Johannel

 

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