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INTEMPÉRIES
Les EDT au bord de la faillite ?

La succession d’intempéries qui sévit depuis plusieurs semaines inquiète la Fédération nationale des entrepreneurs du territoire (FNEDT). Elle constate en effet une recrudescence des faillites d’entreprises et des cessations de paiements.

tracteur dans un champs en train de semer
Ce printemps, les fenêtres d'interventions ont été courtes pour la réalisation des différents travaux mettant en difficultés les EDT.
© Réussir

Dans un communiqué de presse du 14 mai, la Fédération nationale des entrepreneurs du territoire (FNEDT) s’inquiète de la recrudescence des « entreprises en faillite et au bord de la cessation de paiements ». En raison des intempéries, les entreprises de travaux agricoles et forestiers sont dans l’incapacité d’intervenir dans les champs et massifs forestiers. Dans le nord du pays, certaines EDT n'ont pas travaillé depuis l'automne 2023. « La situation de nos entreprises est alarmante ! Elles doivent faire face chaque mois au remboursement de leurs crédits et au paiement des charges de personnel, alors que les conditions climatiques de plus en plus aléatoires impactent durement leur trésorerie », alerte Philippe Largeau, président de la FNEDT.

Au bord de la cessation

Le réseau départemental et régional de la FNEDT fait état de faillites et d’entreprises actuellement au bord de la cessation de paiements. Les parcelles gorgées d’eau ne permettent pas aux engins d’accéder aux chantiers dans des conditions respectueuses des sols. Après le report des travaux du sol et des semis, les conditions de récolte générant usure et casse, les semis de printemps, les épandages et les ensilages sont à leur tour désorganisés. 

« Le changement climatique raccourcit drastiquement le calendrier des interventions et confronte les entreprises aux périodes d’interdiction des BCAE8 et du cadre très restrictif de l’article L411-1 du code de l’environnement », a remarqué le président de la FNEDT Philippe Largeau. 

Il demande au ministre de l’Agriculture « de procéder d’urgence à la création d’un fonds d’aide aux entreprises et d’un dispositif de gestion des intempéries ». La FNEDT souhaite aussi pouvoir émarger au dispositif Travailleur occasionnel demandeur d’emploi (TODE) auquel les entreprises échappent depuis 2015. La Fédération demande enfin à la MSA un étalement et une prise en charge des cotisations sociales.

Quelle situation en Auvergne-Rhône-Alpes ?

Les entreprises d'Auvergne-Rhône-Alpes sont elles aussi concernées mais dans une moindre mesure. La météo automnale a permis de réaliser les semis et les dernières récoltes dans de bonnes conditions. Ces dernières semaines en revanche, c'est une autre histoire... 

« Nous avons beaucoup de difficultés à réaliser les ensilages et les enrubannages » explique Florence Reynaud, présidente de la FREDT. 

Le département de l'Ain, et tout particulièrement dans les Dombes (une zone marécageuse NDLR) est le plus touché par les pluies abondantes. « Les semis de printemps sont très compliqués voire n'ont pu être réalisés. » Les EDT de l'Allier ont également été contraintes pour les semis. Dans les autres départements d'AuRA, Florence Reynaud témoigne davantage de problèmes d'organisation pour les entreprises du fait de l'étroitesse des fenêtres d'interventions.

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Météo instable

« Les jours entiers de beau temps se comptent sur les doigts d'une seule main. Le temps est instable ou la pluie dure plusieurs jours rendant l'entrée impossible dans les champs. Les entreprises doivent être très réactives. » Cette situation n'est pas inédite pour les EDT qui doivent composer de plus en plus avec une météo instable. 

« Il y a quelques années notre travail subissait moins l'influence climatique. Aujourd'hui, nous avons une quantité phénoménale de données météo mais aucune n'est durable. On ne peut plus prévoir les travaux en avance.» 

Cette situation, par ricochet, ne facilite pas l'emploi de chauffeurs saisonniers. La nature des évènements climatiques ne peut permettre de générer un "arrêt de travail intempérie". Les entreprises ont donc continué à rémunérer leurs employés malgré des machines à l'arrêt. « Nous avons demandé un report de charges à la MSA mais aussi auprès des banques pour l'ouverture de prêts de trésorerie » précise Florence Reynaud.

La présidente de la FREDT AuRA n'a « pas connaissance d'EDT au bord de la faillite dans la région parce que nous avons pu travailler durant l'automne 2023 ». Toutefois, si la météo maussade venait à perdurer, les trésoreries des entreprises pourraient être mises un peu plus à mal, elles qui déjà pâtissent de l'augmentation des charges et notamment de la hausse du prix du carburant. « Il n'y a pas péril dans la demeure mais ce temps ne doit pas durer. » Florence Reynaud appelle des entreprises à ne pas attendre d'être en grande difficulté pour demander de l'aide à leur fédération.

Hausse des ventes de pneumatiques

Les pluies abondantes de ces dernières semaines ont généré un surcroît d'activité dans les centres de pneumatiques. Face aux sols très humides et l'urgence de réaliser les travaux, les agriculteurs, cumistes et entrepreneurs de travaux ont été contraints d'adapter leur matériel. Au centre Dôme Service pneumatique, le téléphone du gérant, Christian Badiou, a connu une période de surchauffe. «  Le printemps et l'automne sont toujours des grosses saisons pour les pneumatiques agricoles. Après plusieurs mois de sécheresse, cette abondance d'humidité a fait évoluer les besoins. Les clients ont demandé des pneus neufs pour augmenter la motricité des tracteurs.» La demande était surtout généralisée sur les zones de demi-montagne et peu en plaine. Christian Badiou estime ce surcroît d'activité, supérieur de 25% par rapport à la normale. « En période séchante, un pneu usé au 2/3 fait encore très bien l'affaire. Par contre, sur sol humide, il va patiner davantage. Le tracteur perdra en force motrice et l'impact sur le sol sera beaucoup plus important » précise-t-il. L'activité de Dôme Service pneumatique a connu une période intense de travail, sur une courte période occasionnant un rallongement des délais d'interventions. « Comme en voiture, suivant le tracteur ou le matériel, il y a un nombre important de tailles de pneus. Nous ne pouvons pas tout avoir en stock. »

 

 

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