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Service de Remplacement : « Les bases du management manquent à nos agriculteurs »

Dans le Puy-de-Dôme, le maintien d'un service de qualité auprès des adhérents concentre l'attention de son président, Christophe Ferret ; un enjeu de taille entre difficultés de recrutement, pérennisation des salariés et manque de management. 

Christophe Ferret, président du Service de Remplacement du Puy-de-Dôme.
Christophe Ferret, président du Service de Remplacement du Puy-de-Dôme.
© Charlotte Rolle

Quels sont les défis que doit relever le Service de Remplacement pour pérenniser son activité ?

Christophe Ferret : Le premier défi est de répondre au maximum à toutes les demandes des adhérents sans négliger la qualité du service. Les salariés se doivent donc d'être les plus polyvalents possibles pour s'adapter à la diversité des exploitations. Historiquement, l'association a toujours eu beaucoup de turn-over au sein de ses équipes. Mais aujourd'hui, trouver du personnel à la fois performant et polyvalent devient difficile. Notre second défi est de garder ces perles rares le plus longtemps possible. Le Service de Remplacement compte à ce jour 67 ETP (équivalent temps plein) soit environ 120 salariés.

L'imprévisibilité du remplacement participe-t-elle à ces difficultés ?

C.F : Le nombre de journées augmente chaque année. Il y a des périodes où nous savons anticiper le surcroît d'activité. Nos adhérents ont pris l'habitude de réserver assez tôt pour les vacances, les formations et les congés maternité et paternité. Malgré tout, nous avons parfois des difficultés à répondre à certaines demandes. Les remplacements imprévisibles pour raison de santé restent compliqués à gérer. Ils peuvent être courts ou longs. Nous pouvons avoir un remplacement pour maladie comme quatre sur le même secteur. Nos salariés travaillent en pointillé toute l'année. C'est une situation loin d'être satisfaisante pour eux et pour nous. Nous ne pouvons pas embaucher quelqu'un juste pour faire des arrêts maladies. Ce n'est pas gérable. Heureusement, certains de nos adhérents s'engagent à faire travailler nos salariés régulièrement à travers des groupements d'employeurs. Le salarié a un contrat avec davantage d'heures et en cas de remplacement sur cette ferme, il saura se débrouiller puisqu'il est présent plusieurs fois dans l'année.

Aucune école d'agriculture n'intègre les bases du management à ses formations. C'est un manque ! »

Êtes-vous victime du manque d'attrait des jeunes pour les métiers de l'agriculture ? 

CF :  Nous avons bien sûr des difficultés à attirer en raison du métier en lui-même. Le Service de Remplacement est pourtant une très bonne école pour les jeunes qui souhaitent s'installer. Ils sont confrontés à des modèles d'exploitations et des pratiques différentes. Nous avons beaucoup de jeunes non issus du milieu agricole qui viennent chez nous justement pour mettre le pied à l'étrier. Il n'est pas rare que 7/8 ans plus tard, ils trouvent une exploitation dans laquelle s'installer.

Les agriculteurs ne sont pas réputés pour être de bons managers. Le Service de Remplacement essaie-t-il d'inverser la tendance ?

Le manque de management est effectivement encore un frein pour les salariés et les agriculteurs. 

Nous travaillons sur le sujet avec la Chambre d'Agriculture du Puy-de-Dôme. Trouver un salarié est certes difficile, le garder l'est tout autant. Les agriculteurs ne comprennent par toujours qu'un salarié n'est pas un chef d'entreprise.

De plus, il faut bien prendre conscience que les salariés interviennent parfois dans des exploitations où s'est produit un drame. Nous avons mis en place des groupes de parole pour nos salariés pour qu'ils puissent se décharger et comprendre certaines situations. Nous allons aussi remettre en place une formation interne pour qu'ils aient des conseils pour prendre du recul et désamorcer des situations qui peuvent devenir conflictuelles.

Les agriculteurs ont-ils changé leur perception du remplacement ?

CF : Le changement est surtout visible chez les jeunes. Ils veulent prendre des week-ends, des vacances… Ils hésitent moins que leurs aînés et font davantage confiance à la personne qui les remplace. Toutefois, cette question autour du management reste. 

Des fois, il vaut mieux investir dans le remplacement pour profiter de la vie et prendre du recul plutôt qu'une machine qui sera utilisée 2 fois par an. »

Malgré la baisse de la main-d’œuvre dans les exploitations et le recours croissant au salariat agricole, aucune école d'agriculture n'intègre les bases du management dans ses formations. Nos jeunes adhérents nous témoignent régulièrement que c'est un manque important. Les agriculteurs qui managent le mieux, sont ceux qui ont déjà été salariés. On peut tout demander à un salarié mais il y a des façons de le faire.

 

 

 

 

 

 

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