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Revenu agricole 2009
L’effondrement confirmé

Après le repli de 20 % en 2008, la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation estime à 34 % la baisse du revenu moyen des agriculteurs en 2009.

Selon la commission des comptes, le revenu des producteurs de broutards est en augmentation en 2009... Des revenus qui restent très bas malgré tout.
Selon la commission des comptes, le revenu des producteurs de broutards est en augmentation en 2009... Des revenus qui restent très bas malgré tout.
© D.R.

La Commission des comptes de l’agriculture, réunie le 30 juin, a confirmé la prévision qu’elle avait réalisée à la fin de l’année 2009. Le revenu des agriculteurs s’est effondré l’an dernier. La chute est estimée à 34 % pour le revenu net d’entreprise agricole. Elle intervient après le recul de 20 % observée en 2008. Certes, et à l’exception des engrais, l’année 2009 a vu les coûts de production diminuer. Cependant ce repli ne compense pas les baisses des prix, parfois fortes, de la plupart des produits animaux et végétaux.

 

Ainsi le revenu des exploitations spécialisées en céréales, oléagineux et protéagineux a chuté de 57 % en 2009, après une année 2008 en baisse sensible. Celui des autres grandes cultures, recule de 44 %. La valeur des récoltes a nettement diminué, avec la nette dépréciation des prix dans le sillage des prix mondiaux de matières premières. Conséquence, le revenu des régions de grandes cultures s’est nettement détérioré, de 55 % en Ile-de-France, de 50 % en Picardie, de 38 % en Champagne-Ardenne et de 36 % dans le Centre…

 

Situation quasi identique en production laitière. L’effondrement du prix du lait estimé à 17,4 % sur l’année civile, s’est conjugué à la baisse des livraisons. Conséquence : le revenu des producteurs de lait a reflué de 50 %. Dans les régions laitières, l’effet en a été cruellement ressenti : en baisse de 58 % en Basse-Normandie, de 49 % en Lorraine et de 46 % en Bretagne malgré une légère amélioration du revenu des élevages hors sol (+ 23 %). La baisse du revenu est plus limitée en Franche-Comté (- 19 %) grâce à la meilleure tenue du prix du lait destiné à la fabrication des fromages AOC.

 

Dix-neuf sur vingt-trois régions

Pour la Commission des comptes, la situation a été plus favorable aux producteurs de viande bovine. Grâce à la diminution des charges en aliments composés, les éleveurs de bovins viande ont bénéficié dans l’ensemble d’une relative amélioration de leur revenu de 10 %. Mais la situation diverge entre les éleveurs de broutards qui ont vu leur revenu s’améliorer (+ 19 %) en raison de la reprise du marché du maigre et les naisseurs engraisseurs dont le revenu s’est replié de 3 %. Une évolution que l’on retrouve au niveau géographique : quand le revenu du Limousin se stabilise, celui des Pays de Loire recule de 26 %.

 

Pour la première fois depuis longtemps, les éleveurs ovins ont tiré leur épingle du jeu sous l’effet simultané de l’allègement des charges et de l’augmentation des aides publiques : leur revenu a progressé de 14 % en moyenne. Situation contrastée, en revanche dans les productions spéciales : si le revenu des producteurs de fruits s’est effondré de 44 % et si celui des exploitations maraîchères et horticoles a perdu 8 %, les viticulteurs s’en sont mieux sortis. La Commission des comptes estime à 9 % la progression du revenu pour les producteurs de vins AOC et 4 % celle des producteurs de vins courants. Ainsi s’explique la progression du revenu observée en Aquitaine (+ 57 %) qui conjugue simultanément une excellente récolte viticole et une amélioration de la conjoncture du marché du maïs. Au final, à l’exception de l’Aquitaine, de la Corse (+ 22 %), de l’Alsace (+ 1 %) et du Limousin stable, toutes les régions françaises ont vu leur revenu agricole baisser et pour treize d’entre elles la chute est supérieure à 30 %.

Corriger le tir

 

Pour la FNSEA, « les - 34 % illustrent bien le désarroi de la profession » et la souffrance des agriculteurs. Ce qui dans ce contexte, nécessite un accompagnement et un soutien pour préparer l’avenir. Et la FNSEA de s’interroger sur l’attitude des pouvoirs publics qui envisagent des coupes budgétaires. « Comment l’Etat peut-il penser à se désengager quand la situation économique est aussi grave et quand les drames humains sont si criants ? Le transfert de nouvelles dépenses publiques sur les agriculteurs n’est pas admissible ».

 

« La débâcle est confirmée », déplore l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture qui en rend responsable le démantèlement « insidieux mais implacable », des outils de régulation de la politique agricole commune (PAC) depuis 15 ans. Avant d’appeler l’Europe « à réinventer la régulation et mettre en place de véritables filets de sécurité pour toutes les productions » dans le cadre de la prochaine PAC. A l’image de ce qui commence à être envisagé dans le Groupe à haut niveau dans le secteur laitier.

 

Pour Orama, syndicat des céréaliers, qui observe que la chute observée est supérieure à celle annoncée en décembre dernier, le message doit être entendu par les pouvoirs publics. Et notamment par les députés qui doivent ouvrir aux producteurs de grains le mécanisme de déduction pour aléas (DPA), sans avoir l’obligation d’avoir souscrit une assurance-récolte. Au ministre de l’agriculture, il est demandé, dans le cadre du Comité de suivi des grandes cultures, de limiter « l’impact de l’amputation des aides 2010 » que le Gouvernement a décidé dans le cadre du bilan de santé de la PAC.

 

Quant à la FNPF, syndicat des producteurs de fruits et légumes, qui a vu le revenu de ses producteurs de fruits diminuer de 44 % elle demande également des interventions politiques fortes : un rééquilibrage des rapports de force amont/aval qui doit être confirmé dans la loi de modernisation agricole et surtout une réduction des charges pour réduire les distorsions de concurrence avec nos voisins européens.

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