L’eau en agriculture, un enjeu d'adaptation et de souveraineté alimentaire
Face au changement climatique, l’agriculture doit repenser son usage de l’eau pour concilier production et préservation des ressources.
Face au changement climatique, l’agriculture doit repenser son usage de l’eau pour concilier production et préservation des ressources.
L’usage de l’eau en agriculture est au cœur des débats, mais cette question est trop souvent réduite à une question d’appropriation de la ressource, de consommation et d’écologie. C’est du moins l’analyse de Sami Bouafra, chef adjoint du service AQUA de l’INRAe, qui étudie les relations entre eau et agriculture. Pourtant, le chercheur l’affirme : l’usage de l’eau en agriculture présente des enjeux bien plus larges : « on pense que la question principale est de garantir une production agricole en lien avec nos enjeux de souveraineté alimentaire, dans la perspective du changement climatique et de la préservation durable des ressources en eau ».
En France, l’irrigation ne concerne que 7 % de la surface agricole utile (SAU), et l’agriculture reste majoritairement pluviale. Pourtant, avec l’intensification des sécheresses estivales et l’augmentation des besoins en eau pour les cultures, la pression sur la ressource s’intensifie.
À lire aussi : Sdage Loire-Bretagne : FNSEA et JA durcissent le ton à Orléans et obtiennent un report de trois mois
Repenser la gestion de l’eau en agriculture, des sols jusqu'aux pratiques culturales
Selon le chercheur, le premier levier d’action est d’améliorer le stockage de l’eau pluviale dans les sols. « Leur capacité à infiltrer et retenir l’eau dépend de leur structure et de leur richesse en matière organique. » Restaurer des pratiques agroécologiques (diversification des rotations, replantation de haies, agroforesterie, couverture permanente des sols) permet de réduire le ruissellement et d’améliorer la résilience des parcelles. « Avant même de parler de stockage, il faut capter l’eau là où elle tombe. »
Sami Bouafra ne tire cependant pas à boulets rouges sur l’irrigation. Trop souvent pointée du doigt,
« elle reste légitime pour des cultures sensibles au stress hydrique (...). Il faut réfléchir à une irrigation qui devienne un véritable levier pour construire des systèmes agricoles plus résilients ».
L’enjeu n’est donc pas seulement technique, mais il s’agit aussi de repenser les systèmes de production pour les rendre moins dépendants de l’eau en période critique.
Dès lors, la solution ne réside pas dans une opposition entre efficience technique et agroécologie, mais dans leur combinaison, défend le chercheur. « L’irrigation peut ainsi accompagner la diversification des rotations ou la santé des sols, à condition d’être intégrée dans une logique systémique : retenues d’eau ciblées, équité sociale, valorisation économique et respect de l’environnement. »
Enfin, la gouvernance de l’eau doit s’adapter aux cycles naturels, bien loin des logiques de gestion instantanée, comme pour l’électricité.
À lire aussi : Politique de l'eau en France, une histoire de décentralisation et d'influences