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Le ténia des ovins : une problématique sanitaire et économique importante

Le ténia est un parasite majeur des ovins, surtout des agneaux. Face aux alertes rencontrées ces dernières années, la gestion passe par trois mesures complémentaires : traitement ciblé, vaccination contre l’entérotoxémie et gestion globale des pâtures.

La présence d’un hôte intermédiaire, l’oribate, un acarien microscopique, est indispensable pour boucler le cycle de Moniezia expansa. Il se contamine en ingérant les œufs dans les crottes (coprophagie) et va héberger les larves infestantes de ténia. Le mouton se contamine à son tour par ingestion des oribates en broutant l’herbe.
La présence d’un hôte intermédiaire, l’oribate, un acarien microscopique, est indispensable pour boucler le cycle de Moniezia expansa. Il se contamine en ingérant les œufs dans les crottes (coprophagie) et va héberger les larves infestantes de ténia. Le mouton se contamine à son tour par ingestion des oribates en broutant l’herbe.
© Nc state university

Le vendredi 3 février 2023, le Ciirpo a animé un webinaire sur le ténia. Trois vétérinaires sont intervenus pour faire le point sur ce parasite et sa gestion en élevage.

Moniezia expansa, le ténia des ovins
C’est un parasite de la classe des cestodes et de la famille des anoplocéphales. De forme rubanée, il est composé de segments, les proglottis, disposés en chaîne, le strobile, et munis à leur extrémité antérieure d’un organe de fixation, le scolex. Adulte, sa longueur est de 3 à 5 m, pour une largeur de 1 à 2 cm. Le scolex porte 4 ventouses saillantes lui permettant de se fixer. C’est un ver hermaphrodite (qui présente à la fois des organes sexuels mâles et femelles) dont les segments successifs sont indifférenciés pour les antérieurs, mûrs pour les intermédiaires, ovigères pour les postérieurs, chacun de ceux-ci pouvant contenir jusqu’à 10 000 œufs embryonnés. Dépourvu de tube digestif, il s’alimente au contact des matières intestinales.

Un hôte intermédiaire, l’oribate…
C’est un acarien microscopique vivant dans le sol et on peut en trouver jusqu’à 10 000 par m². Il est mobile, se déplace sur les végétaux mais insuffisamment pour disséminer le parasite d’une pâture contaminée à une saine. Il préfère les prairies acides, humides, riches en mousse et pâturées en permanence ; on le rencontre plus rarement sur des terres cultivées. Sa longévité peut atteindre 12 à 18 mois, il est peu sensible aux variations thermiques mais il craint la sécheresse. L’oribate est essentiellement coprophage et s’infeste en ingérant les œufs contenus dans les crottes des moutons parasités. Les embryons sont libérés dans le tube digestif de l’acarien, ils gagnent la cavité générale et se transforment en larve cysticercoïde, un oribate pouvant en héberger 3 ou 4. Le développement des larves se fait en 2 à 3 mois à 25 °C, plus lentement à température inférieure. Elles peuvent vivre aussi longtemps que leur hôte, soit 12 à 18 mois et comme eux seront détruites par la sécheresse ou résisteront à l’hiver.

… et un hôte définitif, le mouton
Le mouton s’infeste par ingestion de l’oribate lors d’un repas d’herbe ; les larves sont libérées dans l’intestin grêle où elles se fixent sur la muqueuse grâce au scolex larvaire. La croissance est très rapide (2 cm à 4 semaines, plus de 2 mètres à 7 semaines) et un ténia capable de pondre sera formé en 4 à 6 semaines environ (période pré-patente). Les œufs sont libérés dans le milieu extérieur lors de l’expulsion des segments ovigères avec les fèces et leur éclatement. Leur résistance dans le milieu extérieur est conditionnée par l’hygrométrie : 1 mois en milieu sec, 4 mois en milieu humide ; ils sont sensibles au gel et aux UV, ainsi qu’aux variations thermiques (détruits en 1 à 3 jours à 45 °C, en 20 à 25 jours à 30 °C).

Une action mécanique au niveau des intestins…
Les ténias exercent leur activité pathogène par perturbation du transit, irritation mécanique par les scolex et les mouvements du parasite, sécrétion de substances toxiques et action spoliatrice, notamment en vitamine B1 ou en méthionine. Un ténia peut vivre 5 mois mais une immunité est acquise au bout d’une période de contact de 2 à 3 mois, par des réactions anaphylactiques dans l’intestin grêle rendant difficile la survie des Moniezia. On constate cependant que des brebis restent porteuses de ténia, sans clinique.

… et des signes cliniques peu caractéristiques
Les agneaux sont plus sensibles que les adultes, notamment si l’état d’entretien est médiocre ou s’il y a surpâturage. Le téniasis est une maladie à caractère saisonnier, printemps et automne, qui touche l’agneau d’herbe. Elle se manifeste par une anémie, une laine sèche, cassante, « frisottée » et une croissance retardée. On peut également observer diarrhée, constipation ou ballonnement. Ces signes cliniques sont peu caractéristiques et la présence de segments dans les crottes (forme de grain de riz) n’intervient que tardivement, à la fin de la période pré-patente. Le recours aux analyses coproscopiques peut s’avérer nécessaire, d’autant que d’autres parasites internes sont fréquemment associés (coccidiose, strongyloïdose, nématodirose, ...). Vous pouvez vous appuyer sur le kit parasitologie de GDS Creuse. En cas d’infestation importante de la pâture, on peut retrouver jusqu’à 25 ténias sur un agneau. Cela entraîne des perturbations du microbisme intestinal et du transit qui peuvent conduire à des épisodes d’entérotoxémie.

Une gestion basée sur l’action directe sur les ténias, …
Le recours aux ténicides est encore la règle mais il nécessite une bonne connaissance du cycle du ténia et de la période pré-patente. Le ressenti éleveur de « résistance » aux antiparasitaires, et notamment au praziquantel, n’a jamais été démontré et le défaut d’efficacité provient plus certainement de traitements inadaptés. Trop tôt, le traitement sera inutile car il n’y a pas de parasite adulte, cible des produits. Trop tard, de nombreux œufs auront été expulsés, contaminant les parcelles. On peut aussi avoir du sous-dosage, lié à l’absence de pesée des agneaux, un défaut du matériel d’administration, ou une surface de ténias à traiter trop importante en cas d’infestation massive. Historiquement, un traitement était recommandé dès l’apparition de segments ovigères mais du fait des infestations massives de larves récemment observées, le calendrier doit être revu avec son vétérinaire lors de la rédaction du protocole de soin. Si le contexte l’exige, on peut envisager 3 traitements à 4 semaines d’intervalle après la mise à l’herbe.

… sur la prévention de l’entérotoxémie, …
Si le pouvoir pathogène du ténia est indéniable, les mortalités observées sont très largement dues à des complications d’entérotoxémie. La vaccination des agneaux est donc indispensable le plus tôt possible, en prenant en compte une éventuelle vaccination des brebis.

... et sur les pâtures
La contamination des pâtures se fait par les animaux parasités. On restera vigilant lors d’achat d’animaux ou de reprise de terrain. Les ténicides habituellement employés n’ayant pas d’action ovicide, la lyse des segments ovigères expulsés permet le réensemencement du milieu extérieur. Suite au traitement, les agneaux doivent donc séjourner au moins 24 heures en bergerie avant d’être remis en pâture et le fumier épandu sur des parcelles de culture. L’infestation se pérennise ensuite par la survie hivernale des oribates contaminés dans des zones humides et recouvertes de mousse et d’humus. Il suffit que 3 % soient infestés pour entraîner une contamination massive de l’herbe. Compte-tenu de l’espérance de vie des oribates, une gestion du ténia basée sur la rotation des parcelles est vouée à l’échec. Cependant, des mesures peuvent limiter l’impact des parasites sur les agneaux : faire pâturer des prairies récentes, clôturer les bordures et détruire les oribates par hersage ou labour profond des prairies, permettent la destruction des mousses et l’inhibition de la formation d’humus. Pour diminuer l’acidité du sol, des alcalinisants peuvent aussi être utilisés (chaux, Cyanamide Calcique). Cette gestion des parcelles est probablement la piste la plus intéressante pour améliorer la maîtrise de ce parasite.

Une gestion parasitaire qui doit s’adapter au contexte
Comme pour tous les parasites, l’utilisation systématique des traitements conduit à une impasse thérapeutique. La gestion doit passer par une bonne connaissance des cycles, le recours à des traitements raisonnés et la mise en place de mesures sanitaires globales : analyses coproscopiques, traitements ciblés, alternance des molécules, maintien en bergerie des agneaux post-traitement, mesures agronomiques… Pour plus de renseignements, vous pouvez visualiser le webinaire sur le site de GDS Creuse ou venir échanger avec nous lors de notre Journée Portes Ouvertes du 11 mars.

Remerciements aux Drs DOUCET Myriam et SABOUREAU Laurent

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