Aller au contenu principal

Le décret sur les contrats laitiers responsabilise l'interprofession

le 31 décembre 2010 a été publié au Journal Officiel, le décret sur la contractualisation dans le secteur du lait, mais aussi des fruits et légumes. Ce décret rend obligatoire la contractualisation à compter du 1er avril 2011.

Cette contractualisation obligatoire est valable pour le secteur laitier et pour les fruits et légumes.
Cette contractualisation obligatoire est valable pour le secteur laitier et pour les fruits et légumes.
© Institut de l'élevage / Damien Hardy

Le décret sur la contractualisation dans le secteur du lait a été publié au journal officiel (JO) le 31 décembre. Après son passage au conseil d’Etat, le texte publié au JO ne présente pas de changement majeur. Il rend obligatoire cette contractualisation au 1er avril 2011. Malgré une opposition forte de l’autorité de la concurrence, le décret maintient la référence à « l’amendement Barnier » qui permet à l’interprofession de définir des indicateurs de référence entrant dans le prix du lait. Plus globalement, le décret permet à l’interprofession de « combler les vides » d’un régime jugé peu protecteur pour les producteurs notamment sur la notion de volumes et de prix.
Les services du ministère d’Agriculture sont satisfaits du texte sur la contractualisation dans le secteur laitier qui est « sorti » du conseil d’Etat. Ce décret rend obligatoire la contractualisation (sur 5 ans) entre les producteurs de lait et les acheteurs maintient une référence à l’amendement Barnier (L 632-14) sur le rôle de l’interprofession laitière dans la détermination d’indicateurs entrant dans la fixation du prix du lait. C’était loin d’être acquis tant l’opposition de l’autorité de la concurrence a été forte sur le sujet. Plus globalement l’interprofession peut toujours légalement proposer des contrats types. Les accords interprofessionnels ainsi étendus se substitueront aux modalités définies par le décret. Encore faut-il que l’interprofession laitière soit en mesure de mettre les trois familles du secteur (industriels privés, coopératifs et producteurs) d’accord. Ce qu’elle n’a pas été capable de faire ces derniers mois. La loi de modernisation de l’Agriculture, votée en juillet 2010 lui permettait de le faire. Il n’empêche,  le décret permet légalement à l’interprofession de « combler les vides ». « C’est un point positif » confiait un juriste.
Par contre, la notion de volumes contractés et ses variations est toujours peu précise. Le décret fait seulement référence au quota laitier du producteur jusqu’à l’abandon de ce régime en 2015. Avec une augmentation de la production pouvant aller jusqu’à 7 % du quota dans le cadre des modalités de fin de campagne laitière, cette notion devient plus abstraite. Il n’y a pas, dans le décret, de précision sur une fourchette de variation du volume contracté.


Un contrat individuel
Rien n’empêche un industriel de faire une proposition différente à chacun de ses producteurs. En effet, sa proposition de contrat doit être faite de manière individuelle précise le décret. L’industriel peut proposer un volume inférieur de 20 % de son quota à un éleveur laitier trop éloigné de sa zone de collecte, explique un juriste. Une manière de réorganiser son approvisionnement en tout légalité ! Une restructuration qui ne dit pas son nom. Le producteur face à un contrat qu’il juge inacceptable peut ne pas répondre à cette proposition. Le décret paru au JO ne lève pas le flou juridique lié à cette situation. Le non signataire peut faire valoir ses droits au tribunal pour rupture de contrat. Justement, le maintien de la durée du préavis de rupture de 12 mois, loin d’être acquise lors du passage du texte au conseil d’Etat est une satisfaction pour les producteurs. Reste que le décret relatif à l’organisation des producteurs (OP) est toujours en négociation. L’un ne va pas sans l’autre. Une réunion de concertation sur le décret OP a été fixée le 4 janvier avec l’ensemble des organisations agricoles et la répression de fraude. L’enjeu est de permettre le regroupement des producteurs en conformité avec le droit de la concurrence. Ce qui manque à trois mois de mise en œuvre de la contractualisation dans le secteur laitier est de simplifier la négociation sur le terrain en établissant des critères de responsabilités entre les contractants. Un point fondamental pour la réussite de la contractualisation dans cette filière.

FNPL : remettre l’interprofession au centre du jeu

« Le décret du ministre de l’Agriculture est sans surprise. Il comporte tous les chapitres de ce que l’on attend des contrats. Mais cela va un peu trop vite » estime la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).  Ce que la FNPL déplore  à ce stade c’est  l’absence d’organisations collectives susceptibles de négocier les contrats avec les entreprises. Ou du moins si elles existent, elles sont encore embryonnaires. D’ailleurs si elles étaient présentes, elles ne pourraient le faire, à cause du droit de la concurrence européen qui empêche des organisations de producteurs de négocier collectivement. Certes le mini-paquet lait proposé par le Commissaire européen, Dacian Ciolos, en décembre dernier, prévoit des dérogations au droit de la concurrence. Mais compte tenu des va-et-vient entre le Parlement européen le Conseil des ministres, « les évolutions n’interviendront au mieux qu’au 1er juillet prochain» prédit Gilles Psalmon, le directeur de la FNPL.
En attendant, la FNPL va veiller à ce que les contrats proposés par les entreprises ne soient pas léonins et que les engagements réciproques des entreprises et des producteurs soient équilibrés. Mais l’objectif final bien entendu est de remettre l’interprofession laitière au centre jeu. Et qu’elle puisse proposer un cadre,  des contrats types voire du code de bonne conduite assez rapidement.
«C’est dans l’intérêt des producteurs comme des entreprises » estime Gilles Psalmon.

Les plus lus

Mickaël Vignal, au centre, a investi dans une centrale photovoltaïque de 36 kWc dont une partie de la production est autoconsommée.
Avec la baisse des tarifs de rachat d'électricité, l’autoconsommation est-elle devenue rentable ? 

À Sugères, Mickaël Vignal, éleveur laitier, a investi dans l'énergie solaire pour réduire sa facture d’électricité de 28…

Un nouveau kit d’introduction dérogatoire a été mis en place par le GDS. Il concerne les lots d’au moins 10 bovins âgés de moins de 24 mois, destinés uniquement à la boucherie ou à l’export.
Au 1er avril 2026 : les règles d'introduction des bovins évoluent

Les règles d’introduction des bovins en Haute-Loire évoluent le 1er avril 2026 afin de mieux concilier sécurité…

portrait de Domniqué Chargé, président de La Coopérative Agricole.
Dominique Chargé voit les coopératives “prêtes à reconstruire de la souveraineté”

Dans un pays aux 2 100 coopératives et où trois agriculteurs sur quatre sont adhérents, le chef de l’organisation faîtière des…

tank à lait avec des gens
Surproduction laitière : « L’enjeu est de faire la marche arrière la plus basse possible sur les prix »

Florent Kaplon, président du CRIEL et directeur amont des fromageries Dischamps analyse la conjoncture laitière et apporte un…

Le Cantal est le département de la région où la collecte laitière a le plus progressé fin 2025.
Lait de vache : Pourquoi la collecte laitière augmente ?

Depuis la fin de l'année, la production laitière a fortement augmenté à la faveur d'un automne clément et de fourrages…

De gauche à droite : Pierre Prallon, JA 43, Lionel Guy, président de la section lait de la FDSEA 43, Éric Richard, administrateur de la FNPL et vice-président  section lait de la FDSEA 43, Ludovic Blin, vice-président de la FNPL, J-Paul Peyral, administrateur FNPL et Géraud Bruel, président de la section lait du Cantal.
Tournée régionale FNPL : les éleveurs paient l’addition d’un manque d’anticipation industriel dans la crise laitière

En 2026, les éleveurs laitiers français paient le prix fort d’un manque d’anticipation industriel. C'est l'analyse portée par…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière