« Le collectif n’a jamais été aussi indispensable »
Pour Anthony Fayolle, secrétaire général de la FDSEA Haute-Loire, l'engagement syndical est l’acte collectif qui permet à l’agriculture de peser dans les débats politiques, économiques et sociétaux. Explications.
Pour Anthony Fayolle, secrétaire général de la FDSEA Haute-Loire, l'engagement syndical est l’acte collectif qui permet à l’agriculture de peser dans les débats politiques, économiques et sociétaux. Explications.
Pouvez-vous nous rappeler le rôle historique de la FNSEA et son poids actuel dans le paysage agricole ?
Anthony Fayolle : La FNSEA est le syndicat majoritaire en agriculture, et ce poids historique lui donne une influence majeure sur les décisions politiques. Après-guerre, le syndicalisme agricole s’est construit autour d’un esprit collectif : il fallait tout bâtir pour fédérer une profession alors très fragmentée. Aujourd’hui, ce système a atteint sa maturité, mais il doit composer avec une diversité croissante des besoins parmi les agriculteurs, ce qui rend notre action plus complexe.
Pourquoi l’adhésion syndicale est-elle si importante, alors que certains agriculteurs estiment pouvoir s’en passer ?
A.F : L’adhésion est souvent perçue comme une habitude, presque une évidence, car la fédération accompagne tous les agriculteurs, adhérents ou non. Mais attention : ce n’est pas acquis.
Si la FNSEA venait à rencontrer des difficultés, ce ne sont pas seulement ses membres qui en pâtiraient, mais toute l’agriculture. Le risque, c’est que l’habitude de ne pas adhérer ne s’installe. Or, sans adhésion, le travail de terrain ne sera plus assuré. Et sans travail de terrain, c’est toute la filière qui perd en capacité d’action et de défense.
On entend souvent dire que le syndicalisme ne sert plus à grand-chose. Qu’en pensez-vous ?
A.F : C’est une idée reçue. Aujourd’hui, on a tendance à ne regarder que ce qui ne va pas, alors que le syndicalisme a porté des évolutions majeures pour l’agriculture. Prenez la PAC : nous menons des combats réguliers pour qu’elle réponde aux attentes des agriculteurs, et nous avons obtenu des victoires lors de la dernière réforme. En 2024, les mobilisations ont abouti à la loi Duplomb et à la LOA (Loi d’Orientation Agricole). Même si tout n’a pas été gagné, ces actions ont permis des avancées concrètes.
Nous négocions aussi avec les régions sur les plans bâtiments, investissements et plans de filières ; nous avons fait reculer la carte des zones vulnérables, en faisant sortir des communes qui n’auraient pas dû y figurer. Dernièrement, nous avons obtenu une aide sur le GNR. C’est un travail à tous les échelons pour défendre le métier. Sans le syndicat, qui porterait ces dossiers ?
Certains agriculteurs trouvent du collectif ailleurs (coopératives, groupements…). Pourquoi adhérer à la FDSEA 43 ?
A.F : Effectivement, les agriculteurs trouvent du collectif ailleurs (coopératives, groupements…), et cela peut donner l’impression que le syndicat est moins indispensable. Pourtant, la FDSEA reste l’élément fédérateur et de défense du métier. Individuellement, chacun peut avoir une raison de ne pas adhérer : une décision ou une action qui ne lui convient pas. Mais l’enjeu collectif n’a jamais été aussi fort, surtout sur des sujets de fond comme l’environnement, la souveraineté alimentaire, la transmission des exploitations ou le changement climatique.
Comment la FDSEA43 compte-t-elle s’adapter pour répondre aux nouvelles attentes des agriculteurs ?
A.F : Nous devons nous transformer pour rester pertinents. Nous voulons sortir de la communication descendante en utilisant par exemple la technologie pour développer des plateformes d’échange pour faciliter la participation et le dialogue. Et en même temps, nous devons continuer à être présents, visibles, et rester des interlocuteurs de proximité. Aller sur le terrain, rencontrer et échanger avec nos collègues, c’est indispensable !
Nous réfléchissons également à élargir notre offre de services, notamment en droit environnemental ou en accompagnement sur les nouveaux usages.
Quels sont les avantages concrets de l’adhésion pour un agriculteur ?
A.F : Adhérer, c’est d’abord pouvoir exprimer ses opinions et ses positions pour les faire remonter et influencer les décisions. C’est aussi bénéficier de services comme accéder à un service juridique (questions foncières, déclarations PAC, calculs de fermages, défense ponctuelle) ; bénéficier d’un accompagnement technique et administratif ; être soutenu dans les démarches collectives (négociations, mobilisations, etc.). Adhérer, c’est aussi accepter la diversité des points de vue. Notre force syndicale, c’est sa capacité à dégager une vision commune de l’agriculture, vision que nous sommes les seuls à porter à l’échelle nationale, régionale et départementale.
« Sans une structure forte, comment peser politiquement et économiquement ? Un agriculteur seul, aussi compétent soit-il, ne peut porter ses demandes sans s’inscrire dans une dynamique collective. »
« L’engagement syndical, ce n’est pas qu’une question d’adhésion formelle. C’est un acte collectif qui permet à l’agriculture de peser dans les débats politiques, économiques et sociétaux. »