Production laitière et canicule, tous les conseils pour limiter la casse
Alors que la canicule s’installe durablement sur le Puy-de-Dôme, les éleveurs laitiers observent des impacts contrastés sur leurs troupeaux. Entre baisses de production, stress thermique et défis alimentaires, comment limiter les dégâts ?
Alors que la canicule s’installe durablement sur le Puy-de-Dôme, les éleveurs laitiers observent des impacts contrastés sur leurs troupeaux. Entre baisses de production, stress thermique et défis alimentaires, comment limiter les dégâts ?
Durant une dizaine de jours, le Puy-de-Dôme comme une large partie de la France a subit un épisode caniculaire sans précédent. Cette situation a pesé sur les troupeaux laitiers alors qu'une nouvelle vague de chaleur s'annonce.
Des impacts hétérogènes dans les élevages laitiers du Puy-de-Dôme
Les impacts sur la production ne sont pour l’instant pas uniformes dans les élevages. Certains, notamment ceux situés en basse altitude (moins de 600 mètres) enregistrent des baisses de production de l’ordre de 10 %, « soit une perte de 2 à 3 kg de lait par vache et par jour » précise Philippe Andraud, conseiller contrôle laitier à l’EDE du Puy-de-Dôme.
À l’inverse, d’autres troupeaux maintiennent leur niveau de production, du moins en apparence.
Les vaches, avant de décrocher en volume, puisent d’abord dans leurs réserves. Elles compensent en baissant leurs taux butyreux (TB) et protéiques. »
Ainsi, certains élevages observent une chute de 0,7 point en matière grasse et de 1 point en taux protéique, tandis que la quantité de lait reste stable. « Cela signifie qu’elles utilisent leurs réserves graisseuses pour maintenir la production, malgré une baisse d’ingestion de 20 % en moyenne », précise-t-il.
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Le THI (Temperature-Humidity Index), l'évaluer pour mesurer la résistance des vaches
Cette capacité d’adaptation a cependant ses limites. « Si la canicule persiste, tout le monde finira par baisser en production, et de manière sévère », avertit Philippe Andraud.
Le stress thermique, mesuré par l’indice THI (Temperature-Humidity Index), joue un rôle clé.
Les vaches récupèrent si le THI redescend en dessous de 70 pendant 5 à 6 heures par jour, par exemple la nuit. Sans cette phase de récupération, leur capacité à maintenir leur production s’amenuise. »
Un THI de 70 correspond à une température de 25 °C avec 40 % d’humidité. Dans les stabulations, où la chaleur s’accumule, les conditions peuvent être encore plus difficiles. « C’est comme pour les humains : si on ne dort pas la nuit, on tient moins bien la journée », compare le conseiller.
Plusieurs applications mobiles et sites internet proposent de calculer le THI gratuitement.
Si la production laitière résiste encore dans certains cas, la reproduction, elle, sera irrémédiablement affectée. Les conséquences sur la fertilité sont immédiates et se feront aussi sentir dans les semaines à venir », souligne Philippe Andraud.
Reconnaître le stress thermique chez les vaches, quels sont les symptômes ?
Le stress thermique ne passe pas inaperçu chez les bovins. Les premiers indicateurs sont physiologiques et comportementaux.
La fréquence respiratoire est l’un des marqueurs les plus évidents. Normalement comprise entre 30 et 40 respirations par minute, elle peut s’emballer jusqu’à 80 ou 90 respirations chez les vaches en souffrance, leur organisme cherchant à évacuer l’excès de chaleur par l’halètement. Un autre signe révélateur est leur comportement : les animaux passent plus de temps debout, cherchant désespérément un peu de fraîcheur, et réduisent le temps passé à ruminer ou à se reposer allongées.
L’appétit est également un bon indicateur. Une baisse brutale de l’ingestion, « parfois jusqu’à 20 % de matière sèche en moins », signale que les vaches peinent à réguler leur température interne.
Des solutions concrètes pour atténuer l’impact des fortes chaleurs sur les vaches laitières
Pour limiter les pertes, les éleveurs peuvent agir sur plusieurs leviers.
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L’amélioration du confort des animaux est une priorité et notamment la ventilation dans les bâtiments. Aujourd’hui, la plupart des stabulations ont une aération naturelle par le toit. Lors des périodes de chaleurs intenses, ce système montre lui aussi ses limites. « Il faut favoriser la ventilation naturelle au niveau des vaches, en ouvrant les bâtiments à 1,20 m à 1,50 m de hauteur » recommande Philippe Andraud.
Dans les stabulations, comme au pâturage, il faut réduire le rayonnement direct sur les animaux surtout sur les zones de couchages et les couloirs d’alimentation.
Pour les élevages équipés, la ventilation couplée à la brumisation peut être efficace, à condition que l’évaporation soit optimale.
La brumisation seule, sans ventilation, est contre-productive », met en garde le conseiller.
Dans certains départements comme la Loire ou le Rhône, des éleveurs vont jusqu’à doucher leurs vaches, à raison de 2 à 4 séances de 20 à 30 minutes par jour (fin de matinée, début et fin d’après-midi).
Enfin, le pâturage de nuit (de 20 h à 5 h) permet également d’éviter les heures les plus chaudes de la journée.
Adapter l’alimentation pour soutenir les troupeaux
Côté ration, l’objectif est de limiter la production de chaleur métabolique.
Il faut éviter les rations trop fibreuses, qui font travailler davantage le rumen et augmentent la chaleur interne », explique Philippe Andraud.
Privilégier des aliments appétants, bien coupés, et légèrement plus humides que d’habitude est recommandé. « Une ration à base d’ensilage d’herbe correctement hachée est idéale. »
Enfin, la minéralisation ne doit pas être négligée. « Les vaches puisent dans leurs réserves sanguines pour compenser les difficultés digestives. Il faut donc renforcer les apports minéraux, notamment en bicarbonate de sodium (250 g par vache et par jour), pour maintenir le pH du rumen. »
Philippe Andraud insiste néanmoins sur la résilience des vaches : « Elles ont une capacité d’adaptation importante, mais cette marge se réduit avec la durée de la canicule. » Pour l’heure, les élevages bien gérés limitent les pertes en maintenant leurs taux, mais si l’épisode se prolonge, la production laitière du département pourrait subir un coup dur. « La situation pourrait être très différente », conclut-il.
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