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Dossier : regards croisés
L’AGRICULTURE VUE PAR QUATRE PERSONNALITÉS D’EXCEPTION

Michel Serres, Axel Kahn, Nicolas Prantzos et Patrick Poivre d’Arvor s’expriment sur l’agriculture. Des points de vue divers dont se dégage un point commun : l’agriculture ne laisse indifférent aucun d’entre eux, quand bien même leur profession semble étrangère à l’agriculture.

Michel Serres : «J’ai des collègues qui pensent que les vaches n’ont pas de cornes !»
Michel Serres : «J’ai des collègues qui pensent que les vaches n’ont pas de cornes !»
© ©DR

Retrouvez les 3 autres témoignages de Axel Kahn, médecin généticien, de Nicolas Prantzos, astrophysicien, et de Patrick Poivre d'Arvor, journaliste, dans le journal la Haute-Loire Paysanne du vendredi 17 janvier 2014.

 

«J’ai gardé les vaches ! J’ai fait du labour et des moissons !»
Michel Serres, philosophe > En dépit du retour à la ruralité d’une partie de la population, en dépit de racines souvent agricoles, «il est rare
que les citadins comprennent la vie rurale» constate le philosophe. L’auteur du Contrat naturel n’est pas tendre avec certains écologistes…

 

Comment expliquer ces relations si compliquées entre les Français et leur agriculture ?
Cela s’explique très facilement. Il y a une très ancienne coupure que l’on peut identifier : la distance ville-campagne peut se mesurer très facilement par les livres d’histoire. Jusqu’en 1850 il n’y avait que 4% à 6% de l’humanité qui résidait en ville. 96% vivait à la campagne. Et pourtant, quand on lit de l’histoire, c’est toujours l’histoire des villes, l’histoire d’Athènes, de Rome ou de Paris. L’ignorance de la campagne de la part des gens de la ville est très ancienne. Elle a été accélérée par un phénomène décisif. Par le fait que ces 96% de gens qui habitaient à la campagne ont été réduits au cours du XXe siècle, dans notre pays ou ceux analogues au nôtre, à moins de 1%. Par conséquent il y a eu une baisse brutale de la population rurale de sorte que l’ignorance de la campagne est géante. Plus personne n’a d’expérience directe de la campagne. Je connais bien des collègues, professeurs, avocats, étudiants, médecins qui disent des choses sur la campagne à pisser de rire. Ils ne comprennent rien.


Vous estimez que les agriculteurs et leurs représentants ne font pas suffisamment de pédagogie ?
Ne commençons pas par accuser les agriculteurs. J’accuserais plutôt les gens de la ville qui ne
font pas d’effort pour comprendre ce que c’est que la vie à la campagne. Ce n’est pas aux agriculteurs de faire de la pédagogie. Ils ont bien assez de travail pour nourrir la population du monde. La pédagogie est à faire par les gens des médias, la télévision, la radio, les journaux…

 

Y-a-t-il dans l’agriculture une contradiction entre des technologies très modernes et des savoir-faire très traditionnels ?

Il n’y a pas de contradiction réelle. L’agriculture assume ces deux aspects. La plupart des agriculteurs que je connais sont des gens parfaitement au courant, tant des questions de biochimie que de ce qui se passe dans les bourses de commerce mondiales. Quant à l’agriculture traditionnelle, les grands vins, les produit de luxe, on y trouve du traditionnel et de la modernité. Parmi les agriculteurs que je connais et que j’admire, il y en a qui sont les mieux armés pour concilier tradition et modernité. Je ne connais pas d’équivalent dans les autres métiers.


Le principe de précaution appliqué à l’égard de certaines techniques comme les OGM se justifie-t-il ?
À l’époque où il a été question d’inclure le principe de précaution dans le préambule de la Constitution, mes amis de l’Académie des Sciences, présidée par Yves Coppens, avaient donné au président de la République un avis négatif sur le fait de mettre ce principe dans le préambule de la Constitution. Un écologiste vedette des médias est passé par derrière en allant dire au président de la République qu’il fallait le faire. Le président de la République a préféré le bateleur des médias aux spécialistes de l’académie des sciences. C’est tout de même impressionnant, non ? Il y a des bateleurs qui font la loi du point de vue des sciences. Là, la contradiction éclate. Cela ne concerne plus les agriculteurs mais la place de la science dans la société. Elle est détenue désormais par les bateleurs. Si vous saviez à quel point l’Académie des sciences essaie d’apporter à la société des vérités vraies ! C’est extrêmement difficile d’atteindre la société car des bateleurs des médias y font obstacle.


Beaucoup estiment que les agriculteurs ne doivent produire que des aliments, et pas des biens comme de l’énergie. Qu’en pensez-vous ?
C’est une vision issue de l’ignorance. Le paysan ne produit pas seulement de la nourriture. Il produit par exemple le paysage. Celui-ci est en général sculpté depuis des millénaires par les paysans. C’est peut-être le métier le plus noble du monde à ce titre. Quant à l’énergie, n’oublions pas que la nourriture c’est déjà, surtout, de l’énergie.

Source : Agra Presse

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