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L’agriculture est une cause nationale

À l’appel de la FNSEA et des JA, ils sont venus de toute la France pour dénoncer la faillite de leurs filières et revendiquer leur droit de vivre décemment de leur travail, avec des prix rémunérateurs et en subissant moins de contraintes.

© Thierry Michel, Réussir

Jeudi 3 septembre, les Parisiens ont laissé le champ libre aux éleveurs venus de toute la France manifester en masse leur colère et leur détresse. De nombreux banlieusards ont refusé de prendre leur voiture pour se rendre à leur travail, si bien que le périphérique et les boulevards étaient dégagés. De là à dire que la voie était royale pour les agriculteurs… À 8 heures, on dénombrait 1 733 tracteurs venus de tout l’Hexagone, certains avaient été transportés par camion sur une partie du trajet et des centaines de cars convoyant des agriculteurs. Tandis que d’autres avaient opté pour les chemins de fer comme la délégation lozérienne. De nombreux agriculteurs du département étaient à Paris, « c’était important qu’on soit là, souligne Émilien Bonnal, éleveur de bovins viande à Estables, responsable du dossier viande à JA48. Oui Paris était loin, mais il fallait y aller pour montrer que nous, en Lozère, nous voulons aussi vivre de notre métier. » Message par ailleurs affiché sur la banderole départementale. « Chapeau aux agriculteurs qui ont fait le voyage en tracteur, ajoute Jean-Claude Buffière éleveur de bovins viande à La Fage-Saint-Julien. Les tracteurs en nombre aux abords de la place de la Nation, c’est une belle image. Il n’y avait pas que de la détresse, j’ai ressenti beaucoup d’émotions. » Porte de Vincennes, c’est à 10 h que sont arrivés les premiers tracteurs du convoi. Et comme il faisait plus de 5 kilomètres de long, le gros de la troupe était encore sur le périphérique à 11 h. Ils ont tous pris la direction de la place de la Nation où un rassemblement a été organisé. Les messages des panneaux affichés à leurs tracteurs étaient clairs : « Plus de prix, moins de normes », « Agriculture en détresse », « Qui sème la misère, récolte la colère ». La première des revendications porte sur les prix. Jean-François Maurin fait partie des Lozériens. Il est aussi en bovins viande. « Je n’arrive plus à vendre mes vaches à un prix correct. Aujourd’hui, nous croulons sous les charges, les contraintes et j’en passe. Nous ne sommes absolument plus compétitifs. L’Europe devrait imposer les mêmes régles à tout le monde, partant de là, le monde agricole français aurait peut-être une chance de s’en sortir. » Les demandes concernent aussi les normes, la réglementation et comme il y a urgence, une enveloppe d’aides Fac suffisante. Le kilo de viande n’a augmenté que de 12 centimes en huit semaines alors que la hausse cumulée depuis l’entrée en vigueur de l’accord du 14 juin dernier aurait dû être de 40 centimes. « Même en filière qualité, les animaux ont du mal à partir, complète Émilien Bonnal. Les aliments augmentent, les intrants augmentent, sauf le prix de la viande. Les animaux lourds partant vers l’Italie ont du prendre 10 centimes, c’est trop peu. » Peu ou prou le même resssenti pour Jean-Claude Buffière : « Les bêtes ne se vendent pas bien et nos charges ne cessent de grimper. Je ne peux pas vendre mes animaux au même prix que mon père ! J’ai une petite exploitation, si ma femme ne travaillait pas à l’extérieur, je ne pourrais, financièrement, pas m’en sortir. »

La suite dans le Réveil Lozère, page 3, édition du 10 septembre 2015.

Les principales mesures annoncées
En matière de trésorerie d’urgence, les crédits prévus par le plan de soutien de juillet sont doublés pour la prise en charge des intérêts d’emprunt, atteignant 100 M€, ils sont triplés pour l’allègement des cotisations sociales, s’élevant à 50 M€. Concernant l’investissement, une année blanche a été obtenue pour reporter le total des annuités de 2015 à 2016 ; 50 M€ sont consacrés aux baisses des cotisations sociales. Sur la simplification des normes, aucune mesure nationale allant au-delà des obligations communautaires ne sera prise pendant six mois. Une nouvelle méthode d’élaboration des mesures doit être définie pour associer plus en amont les professionnels agricoles et favoriser une plus grande cohérence dans la réglementation. La modernisation des filières d’élevage bénéficie d’un soutien renforcé, avec une hausse des crédits du ministère de l’Agriculture à hauteur de 30 M€ par an sur trois ans. Les régions et la programmation communautaire contribueront aussi, à hauteur de 30 M€ chacun au total des aides publiques pour les investissements subventionnés dans les exploitations. Ces dernières s’élèveront à 350 M€ par an sur trois ans. D’autres mesures sont également prévues par le gouvernement comme le non remboursement de la DJA pour non atteinte du revenu prévu en 2014 ou 2015. Pour Olivier Boulat, président de la FDSEA de Lozère, présent à Paris, « ces mesures vont dans le bon sens. Attendons de voir comment elles vont s’appliquer sur le terrain. Nous avancerons si elles fonctionnent. Mais par pitié, laissez-nous travailler (ndlr : s’adresssant à l’administration), faites-nous confiance et aidez-nous à constrruire une agriculture nouvelle. »

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