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L'agriculture bas carbone, où en est-on ?

Le 20 janvier, les rencontres de la recherche, du développement et de la formation en Nouvelle-Aquitaine ont réuni quelques 200 participants dont une majorité en ligne, pour faire le point sur l'agriculture bas carbone.

© CDA 23

En 2050, la France devra atteindre la neutralité carbone, objectif fixé par le Gouvernement pour limiter le réchauffement climatique. Cela implique de diviser par 6 nos émissions et de doubler les puits de carbone. Souvent pointée du doigt pour ses émissions, on oublie souvent que l'agriculture, en stockant le carbone dans les sols, est une des solutions de l'équation. Invités par la Chambre régionale d'agriculture et l'INRA, les experts réunis lors des rencontres régionales de la recherche, du développement et de la formation ont notamment fait le point sur les capacités de stockage du carbone en agriculture, les leviers, les diagnostics et programmes d'action disponibles.
L'INRA a mené en 2019 une étude visant à connaître le potentiel de stockage en agriculture, les pratiques permettant de l'accroître et le coût pour l'agriculteur. Il en est ressorti que les stocks sont plus élevés en altitude (du fait d'une minéralisation plus lente du CO2), en forêt et dans les prairies permanentes. Diverses pratiques « stockantes » ont été examinées pour les grandes cultures, les prairies permanentes et les vignobles. L'insertion de cultures intermédiaires et l'agroforesterie, se sont révélés les plus probantes en grandes cultures qui rassemblent à elles seules l'essentiel des possibilités de stockage additionnel du pays. Celles-ci s'élèvent à 5,69 Mt de carbone par an sur une profondeur de 0 à 30 cm (plus de 8 Mt sur toute la profondeur du sol). « En prairie permanente, l'enjeu est plutôt de préserver les stocks plus élevés qu'en grandes cultures », conclut Sylvain Pellerin de l'INRAE. Le potentiel de stockage des haies et des arbres a également été étudié, les études montrant une influence positive de la présence des haies sur le stockage dans les sols avec, en sus une capacité de stockage supplémentaire dans les biomasses aérienne et racinaire (jusqu'à 4085 teq CO2/km/an et 3,94 teq Co2/km/an). Ces travaux de recherche ont permis la mise en place d'un guide de gestion durable des haies et d'une méthode Haies dans le cadre du Label bas carbone. L'agroforesterie intra-parcellaire ne fait toutefois pas encore l'objet d'une certification, des travaux sur la méthode étant en cours. Des travaux ont également été menés sur l'allongement des rotations et l'introduction de prairies dans les rotations. Les premiers résultats ont montré un déstockage de CO2 dans les cultures en rotation (maïs, blé, orge). À l'opposé, les prairies permanentes stockent du carbone mais leur introduction limite la production. D'autres paramètres viennent influencer le stockage, notamment la durée de vie de la prairie. Pour estimer l'intérêt des cultures intermédiaires et les quantités de CO2 restituées au sol à l'échelle d'une exploitation, des outils ont été mis en place. Depuis 2020, l'outil MERCI a été déployé sur une plate-forme en ligne. Plus de 900 utilisateurs y ont inséré des données. Leur analyse permet d'estimer la biomasse produite, le carbone stocké, les couverts et les mélanges les plus productifs... Face aux résultats présentés, les participants au colloque posent de nombreuses questions : comptabilisation des friches, efficacité du pâturage par rapport à la fauche, d'une haie ou d'une bande enherbée, etc. L'ensemble des filières se mobilisent sur la question et d'autres projets associant diagnostic et établissement de plan d'actions sont aussi présentés. C'est le cas de Beef Carbon pour la filière bovine. Après environ 700 diagnostics environnementaux via l'outil Cap2ER, 70 plans d'actions ont été mis en oeuvre qui ont abouti à une réduction de CO2 émis de 10 à 20 % selon les cas. Dans les grandes cultures, une méthode a aussi été mise sur pied et validée en août 2021. Les légumineuses à graines ont été identifiés comme des leviers pour la réduction du carbone tout en permettant la production de protéines végétales. La viticulture n'est pas en reste puisqu'un outil Bilan Carbone existe depuis plus de dix ans. La prise en compte de la problématique climat et carbone est également effective au niveau de l'État et des collectivités avec la mise en place d'un marché du carbone et d'un label bas carbone. Enfin. La formation s'empare également du sujet avec l'évolution des référentiels, la création de modules spécifiques, de nouvelles formations, ... « La réduction des émissions et le stockage du carbone sont une priorité pour l'agriculture, rappelle Luc servant, président de la chambre régionale d'agriculture. Organiser ces rencontres dans un lycée agricole a du sens car ce sont ces jeunes qui vont mettre en oeuvre ces évolutions techniques dans l'avenir. »

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