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L'abattoir d'Issoire deviendra-t-il un outil au service de son territoire et de son élevage ?

Après plus de 3,3 millions d'euros d'investissements (rachat et rénovations), l'abattoir d'Issoire a rouvert il y a cinq mois l'intégralité de ses lignes. Inauguré samedi dernier, en présence de l'ensemble de ses acteurs, le Département place l'outil au centre d'une stratégie agricole bien plus vaste.

devant l'abattoir d'issoire
L'abattoir multi-espèce est en plein fonctionnement depuis 5 mois.
© Mélodie Comte

Le maire d'Issoire s'oppose à la fermeture de l'abattoir

Après la vente des magasins Tinel au groupe stéphanois Despinasse en 2023, l'avenir de l'outil yssoirien était plus qu'incertain. Bertrand Barraud, le maire de cette « ville à la campagne » a été le premier à alerter le Conseil Départemental du Puy-de-Dôme sur les risques encourus par l'abattoir qui fut municipal jusqu'en 1992. « Il y a ici un vrai savoir-faire avec 7 salariés expérimentés et compétents. 

En tant que vétérinaire, j'ai aussi été frappé par l'ineptie en termes de bien-être animal qu'aurait représenté cette fermeture. 

Elle aurait contraint les éleveurs à rallonger les temps de trajets. Nous nous devions de réagir. »

Un abattoir à la fois public et privé

Des arguments auxquels le Département a été sensible. Une Société d'Économie Mixte (SEM) nommée "Pôle Viande Puy-de-Dôme" a été constituée pour permettre un partenariat public privé. « Je ne voulais pas en faire un abattoir public » explique Lionel Chauvin, président du Département devant le parterre d'invités. Bien que le projet n'était « pas dans les tablettes », les services se mobilisent et en quelques semaines 12 actionnaires privés et 3 publics sont trouvés. « Ils ont apporté certes l'argent nécessaire au rachat et aux travaux mais aussi et surtout du tonnage. »

Le capital social de la SEM s'élève à 1 million d'euros dont « 15 % sont détenus par les partenaires privés ».

Parmi les actionnaires privés, on retrouve aussi bien des producteurs en vente directe que des négociants de bestiaux, des artisans bouchers et des GMS avec la volonté commune de sauver un outil de qualité et proche de l'autoroute.

Un outil de proximité au service de la qualité de la viande locale

Amandine Crozatier est éleveuse de porcs noirs à Vergongheon (Haute-Loire) et a rejoint la SEM. « Nous élevons nos cochons pendant près de deux ans. Nous n'allions pas les faire abattre n'importe où, dans n'importe quelles conditions. 

Avoir un abattoir à proximité de la ferme, moins de 30 km, c'est limiter les temps de transport et le stress des animaux. 

La qualité de la viande n'en est que meilleure. La traçabilité est aussi très importante. Cet abattoir permet de valoriser pleinement notre production locale avec un élevage, un abattage, une transformation et une vente sur le même secteur. »

C'est avec cet objectif de maintenir la production locale qu'Alexandre Carcouet, négociant en bestiaux a également rejoint la SEM. « C'est avec ce genre d'outils et une volonté commune que nous parviendrons à ramener de la viande locale dans les cantines. »

Cette proximité a également attiré à elle Mickaël Mouzin, directeur du magasin Leclerc d'Enval. « Notre rayon boucherie est la vitrine de notre magasin depuis de nombreuses années. Nous avons 17 bouchers qui découpent les carcasses d'animaux élevés dans la région. 

Cet abattoir nous permet de franchir un palier supplémentaire dans la proximité puisque nous faisions abattre nos animaux à Roanne. 

Le maintien des sept salariés historiques de l'abattoir, avec un réel savoir-faire, a été un argument de poids et un gage de qualité. »

À lire aussi : L'abattoir d'Ambert n'est pas encore mort

L'équilibre économique autour de 2 500 tonnes

L'abattoir d'Issoire est dimensionné pour être à l'équilibre économique avec une production annuelle d'environ 2 500 tonnes. Depuis sa réouverture complète il y a cinq mois, il atteint presque les 2 000 tonnes grâce à l'arrivée de 24 éleveurs supplémentaires et quatre bouchers en tant que clients. L'équipe de salariés a également été renforcée d'un boucher officiant dans l'atelier de découpe et d'une secrétaire comptable.

« Dès les débuts du projet, les actionnaires ont insisté sur l'importance d'avoir un atelier de découpe. Je les en remercie parce que force est de constater que c'est ce qu'il fallait » ajoute Lionel Chauvin. 

L'atelier de découpe et de mise sous vide offre un service clé en main aux clients professionnels comme aux particuliers. Le réaménagement complet de la bouverie ainsi que la construction d'une réserve à incendie ont permis de faire entrer l'abattoir dans les clous de la législation. Le préfet Joël Mathurin précise d'ailleurs qu'il a signé l'agrément sanitaire définitif il y a quelques jours. « Ce n'était pas un projet simple. 

Cette réouverture a été possible grâce à la détermination de chacun des acteurs. 

J'espère que cet abattoir permettra de fixer la valeur sur notre territoire pour ne pas avoir à dépendre des autres dans l'approvisionnement de viande. L'ambition derrière cet abattoir est large et il faudra beaucoup de travail pour la poursuivre. »

Quel avenir pour l'abattoir ?

Durant cette inauguration, Lionel Chauvin a laissé entendre qu'un atelier de transformation pourrait être envisagé pour venir compléter l'offre de l'abattoir dans quelques années. Il a également précisé que d'autres EPCI sont intéressées pour rentrer dans la SEM "Pôle Viande Puy-de-Dôme". 

Présenté ainsi, l'avenir de l'outil semble être placé sous les meilleurs auspices. David Chauve, président de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme est toutefois plus prudent. « L'abattoir a le mérite d'exister pour les acteurs qui ont la volonté de travailler en local. 

Il vient compléter des filières existantes mais son avenir repose, justement, sur une véritable filière viande au sein du département avec de réels engagements de la part des acheteurs et des consommateurs. 

Élever et engraisser dans le Puy-de-Dôme c'est possible, on le fait déjà. L'abattage sur le même département est assuré avec cet outil mais encore faut-il que le produit soit rémunéré à sa juste valeur. »

À lire aussi : La consommation de viande bovine dopée par le burger

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