La vie en mohair de Fanny Reuillard
Des plateaux de danse aux pâturages escarpés de Thiézac dans le Cantal, la jeune agricultrice-artisane Fanny Reuillard transforme la toison de ses chèvres angora en vêtements doux et durables.
Des plateaux de danse aux pâturages escarpés de Thiézac dans le Cantal, la jeune agricultrice-artisane Fanny Reuillard transforme la toison de ses chèvres angora en vêtements doux et durables.
De sa vie d’avant, dans l’univers du spectacle vivant, plus particulièrement celui de la danse, l’œil derrière la caméra ou l’appareil photo, Fanny Reuillard a conservé la fibre artistique, celle de la création et de l’harmonie. Pourtant, c’est aujourd’hui loin des planches qu’elle s’épanouit, composant un nouveau ballet, entre le travail exigeant de la terre, le soin à ses protégées à la toison bouclée et la patience nécessaire à la conception artisanale de vêtements.
“Pendant dix ans, j’ai été réalisatrice pour une compagnie de danse, mais j’ai aussi toujours aimé les chèvres, pose la jeune femme originaire du Puy-de-Dôme. Cela faisait un moment que je cherchais un endroit pour m’installer.” Le hasard la conduit dans le Cantal et plus précisément à Thiézac, un village aux pentes escarpées propices aux qualités de grimpeuses chevronnées de ces chèvres angora. Et des paysages dont elle et son compagnon, vétérinaire à Polminhac, sont tombés littéralement sous le charme.
À Thiézac, Fanny Reuillard développe un élevage bio de chèvres angora
Sur des terres peu accessibles de la haute vallée de la Cère, Fanny Reuillard installe son premier couple caprin, à partir duquel elle va progressivement monter son cheptel aujourd’hui composé de 30 chèvres angora que 20 brebis mérinos sont venues compléter. Mais avant d’en arriver là, il a fallu se retrousser les manches, aménager les parcelles pour parer à toute tentative d’évasion des caprins à l’insatiable curiosité, reconvertir une ancienne stabulation pour bovins en chèvrerie-bergerie... le tout en suivant un BPREA petits ruminants à distance pour cette jeune maman. L’installation effective en élevage bio, avec la DJA, se concrétise en fin d’année 2024.
Le mohair, une fibre d'exception produite au cœur du Cantal
Ici, on compte deux “productions” ou plutôt deux récoltes par an : ni lait, ni viande comme source de revenus, mais la tonte et la transformation du mohair des chèvres. Ces dernières nécessitent en effet deux passages de tondeuse, manuelle à l’année avec une technique un peu différente de celle utilisée pour les brebis, moins anguleuses. “Une fois la toison récoltée, je retire toutes les fibres indésirables et je fais le tri par qualités”, explique l’agricultrice. Du top du top, c’est-à-dire le “kid mohair” (laine de chevreaux) - les fibres les plus fines réservées à tout ce qui est au contact de la peau -, au mohair plus épais et résistant, pour des articles telles des chaussettes.
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Éleveuse-tricoteuse pour des vêtements faits main
Le travail du mohair (lavage, cardage, peignage, filage, tissage, teinture) est pris en charge par la Sica Mohair à Castres, qui réunit 135 éleveurs, apporteurs et/ou sociétaires. Au préalable, la Sica analyse le mohair et en vérifie la qualité. “Je récupère le fil : du fil mohair et soie pour tricoter des choses très légères et ajourées comme des bandeaux, bonnets, mitaines, étoles, pulls légers sans manches...”, explique Fanny. À la fois duveteux et résistant, le mohair préserve du froid et convient parfaitement aux peaux sensibles et fragiles, “allergiques” à la laine classique. C’est aussi le cas du mérinos (laine plus dense), dont l’éleveuse a commencé à récolter la matière première.
Avec sa double casquette d’agricultrice-artisane et sa marque Mon Mohair, Fanny Reuillard se fait connaître sur les marchés de Maurs, Mur-de-Barrez, Vic-sur-Cère, sur les marchés de Noël et d’artisans d’art. C’est d’ailleurs là qu’elle a connu Émeline Boulat, alias LiLine, maroquinière. Déjà installée à La Boutique de Thiézac, cette dernière a proposé d’ouvrir sa galerie à trois autres producteurs et artisans de la commune . Fanny y a installé son “atelier” de fabrication : curieux et clients peuvent ainsi voir prendre forme ses créations sous ses aiguilles à tricoter.