Festival
La Roquebrou, l’autre pays du boogie-woogie
S’ils n’ont aucune idée d’où se trouve l’Auvergne, de nombreux artistes internationaux et amateurs de Boogie-woogie connaissent La Roquebrou. Son festival s’est imposé comme une référence de la scène européenne dédiée à ce genre musical né à la fin du XIXe siècle dans une Amérique ségrégationniste.
S’ils n’ont aucune idée d’où se trouve l’Auvergne, de nombreux artistes internationaux et amateurs de Boogie-woogie connaissent La Roquebrou. Son festival s’est imposé comme une référence de la scène européenne dédiée à ce genre musical né à la fin du XIXe siècle dans une Amérique ségrégationniste.
Festival de boogie-woogie à La Roquebrou : un ovni musical qui fait vibrer le Cantal depuis 26 ans
À l’image du Festival international de théâtre de rue d’Aurillac dans l’univers des arts de la rue, le festival de boogie-woogie de La Roquebrou fait figure d’ovni sur la scène musicale internationale. Improbable en ces terres rurales du Cantal, peu traversées par les courants migratoires et situées à près de 8000 kilomètres du berceau texan du “fast western”. Pourtant, depuis un quart de siècle, la magie opère dans les rues de la Petite cité de caractère roquaise, à l’ombre des vieilles pierres de son château fort.
Porté par un tempo endiablé, l’événement a su rayonner bien au-delà des frontières du Massif central, attirant des artistes européens mais aussi états-uniens de renom. Après plusieurs années financièrement délicates, le festival de boogie a su redresser la barre, en réduisant certains postes de dépenses, sans toucher à la programmation artistique.
Il revient pour une 26e édition placée sous le signe de l’ouverture, comme l’a expliqué récemment Sébastien Trœndlé. Ouverture des styles, d’abord, pour séduire un public toujours plus large. Ouverture aussi avec une attention particulière portée à la place des femmes dans un univers du boogie-woogie comme du blues encore “chargé de testostérone”, glisse-t-il.
Il y a ici une ambiance géniale, une convivialité qu’on ne trouve nulle part ailleurs."— Sébastien Trœndlé, directeur artistique
Des finances assainies et une énergie intacte
“L’année dernière, le clin d’œil avait été fait aux musiciens européens qui avaient relancé l’engouement pour le boogie-woogie dans les années 70 (...), cela avait aussi permis de faire des économies et de se remettre à flot. L’ambiance retrouvée dans le village et dans tout le réseau du boogie avait fait énormément de bien : les gens étaient très, très contents”, souligne Sébastien Trœndlé.
Avec Thierry Ceulemans, président du festival, et une équipe de 80 bénévoles, véritables chevilles ouvrières de l’événement, l’objectif est désormais de renforcer encore l’affluence sur les quatre jours de festivités, du 5 au 9 août.
Premier tremplin amateur dédié au blues et au boogie
Parmi les nouveautés de cette édition du festival de La Roquebrou, un tremplin d’amateurs dédié au blues et au boogie-woogie fait son apparition. Baptisé “Trophée Jean-Paul-Amouroux”, en hommage à l’ancien directeur disparu en 2022, figure marquante du boogie et mentor de nombreux jeunes artistes, il vise à révéler de nouveaux talents locaux et régionaux : chanteurs, solistes, harmonicistes ou encore pianistes.
Limité à 15 participants, ce concours donnera lieu à un show de deux heures, mardi, place de l’église. Les lauréats seront récompensés d’un prix de la mairie et d’un prix du festival et pourront, le cas échéant, intégrer la programmation de l’édition 2027.
Au-delà de la détection de talents, l’ambition est aussi d’installer l’ambiance dès le début de semaine en offrant aux aficionados présents dès le lundi une immersion continue, sans temps mort, du matin jusque tard dans la nuit.
“J’essaie de travailler à mon niveau de plus en plus à ce que le “off” se déroule davantage sur toute la journée et non concentré à partir de 16 h 30”, a expliqué Sébastien Trœndlé.
En parallèle, les initiations gratuites à la danse et les concerts-interviews lancés l’an dernier seront reconduits les 7 et 8 août. Ces échanges permettent au public de plonger dans le parcours et les influences des artistes invités du festival jazz et boogie de La Roquebrou.
Une programmation intergénérationnelle
Fidèle à sa volonté de transmission, le festival cultive également une dimension intergénérationnelle, notamment à travers le ciné-concert du dimanche après-midi. Le “Living Cartoon Duo” replongera le public familial dans le Hollywood des années 20 et 30, à l’époque des premiers cartoons signés Walt Disney ou Tex Avery, dont la bande-son sera réalisée en direct et bruitée à l’ancienne.
Toujours dans l’esprit de nourrir la pratique des pianistes désireux d’explorer l’univers du boogie-woogie, du blues ou encore du swing, une masterclasse piano sera assurée les 7 et 8 août par Pierre-Alexandre Petiot.
Qu’on soit seul, entre amis ou en famille, on ressent une énergie assez incroyable." — Sébastien Trœndlé
Le gospel et l’ambiance New Orleans au cœur du festival
Autre rendez-vous incontournable : le concert gospel proposé dimanche à 16 heures et 18 h 30 dans l’église romane Saint-Martin. La chorale Gospel Dream y réunira des artistes venus d’Afrique, des Antilles et des États-Unis pour un moment de “connexion spirituelle profonde, mais aussi de joie et de fraternité”, promettent les organisateurs.
Avant la grande parade finale prévue dimanche à 19 h 45, impossible de résister à l’ambiance New Orleans portée par les Little Nays, les danseurs de Swing Août Festival et les belles mécaniques rétro.
À celles et ceux qui n’ont pas encore succombé au rythme du boogie-woogie, pensant que le festival serait réservé aux initiés, Sébastien Trœndlé répond : “Venez, vous allez forcément passer un bon moment.”
Billetterie et informations pratiques
La billetterie du festival de boogie-woogie de La Roquebrou est ouverte auprès de l’Office de tourisme de la Châtaigneraie cantalienne à La Roquebrou ou en ligne sur Placeminute.
Les dispositifs Pass’Culture, Pass’Région jeunes et seniors sont acceptés.
Le festival de La Roquebrou, moteur économique pour le territoire : car il rayonne aussi sur d’autres communes de la Châtaigneraie cantalienne, communauté de communes partenaire aux côtés du Conseil départemental du Cantal. Des concerts “préalables” sont ainsi programmés à Maurs, tandis que des déjeuners-concerts prennent place à Saint-Cernin ou encore à Cros-de-Montvert. Événement culturel phare du territoire, le festival constitue également un puissant vecteur touristique et économique pour les hébergeurs, restaurateurs et commerces locaux, comme l’ont rappelé Florian Morelle et Gilles Combelle.
Pas moins de 70 artistes (In et off) se produiront à La Roquebrou
Voici ceux du In. Honneur aux dames, avec deux artistes américaines : Deanna Bogart, qui, en 40 ans de carrière, a enflammé des salles légendaires qu’elles a partagées avec BB King, James Brown, Ray Charles... et remporté cinq fois le Blues music award de la meilleure instrumentiste cuivre. Eden Brent collectionne elle aussi les distinctions, auteure-compositrice, cette chanteuse de blues est une force de la nature “qui martèle son piano et hurle dans les juke points”. Pianistes, big bang... USA encore, cette fois avec le pianiste de blues et boogie-woogie Arthur Migliazza, créateur de la première plate-forme dédiée à l’enseignement du blues et du boogie-woogie au piano. Cap sur la péninsule ibérique, avec Lluis Coloma (Espagne) qui revient à Laroquebrou avec son jeu au piano impressionnant. Une autre figure de proue du blues et du boogie-woogie en Espagne et Europe, Paul San-Martin, sera également de la programmation 2026. À ne pas rater, le groupe italien de rock’n roll et de boogie-woogie Black Ball Boogie, dont le premier album est sorti en 2023. Martin Schmitt (Allemagne), pianiste et chanteur influencé par les grands maîtres du jazz, fêtera lui ses 40 ans de scène après plus de 2 000 concerts dans 21 pays. Le maître danois du boogie-woogie est également de retour à La Roquebrou dix ans après sa première scène dans le Cantal ; depuis il a captivé le public européen par son énergie débordante et sa virtuosité éclatante. Enfin, la scène française sera représentée par le très prisé Umlaut big-bang qui rendra hommage à Mary Lou Williams, figure majeure du jazz, et pour Sébastien Troendlé, pianiste d’exception, génial touche-à-tout et conteur né.