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La résistance de la Sopa a payé

En conflit depuis 2022 avec son actionnaire - et concurrent - la Saria, la société d’équarrissage du Cantal sort gagnante de ce bras de fer et se voit confier le marché ATM 2025-2027.

La Sopa va pouvoir traiter près de 50 000 tonnes de déchets et ainsi optimiser son site de Cros-de-Montvert.
© DR

Il n’y a finalement pas que dans la Bible que David vient à bout d’un géant Goliath. Dans le Cantal et dans le secteur de l’équarrissage, c’est le défi que vient de relever la Sopa au terme de trois années d’un combat juridique acharné et d’une détermination sans faille de son président Jean-Pierre Chateau pour reprendre le 
marché de l’enlèvement des animaux morts en fermes, dont l’avait privé une attribution à la Secanim. Une société filiale du groupe allemand Saria, premier opérateur européen de l’équarrissage, qui se trouvait être... 
le premier actionnaire de la Sopa avec 50 % des voix.
Retour en arrière : début 2022, contre toute attente, l’ATM Ruminants, association en charge de l’organisation et du financement de l’équarrissage des animaux trouvés morts dans les élevages, attribue à la Secanim, pour trois ans, le marché historique de la Sopa qui couvrait le Cantal (sauf le secteur de Saint-Flour), une partie de la Corrèze et de l’Aveyron. Une décision contestée par la société d’équarrissage du Cantal,  qui voit l’avenir de son site de Cros-de-Montvert menacé tout comme une trentaine d’emplois, craignant qui plus est un service aux éleveurs dégradé. Et redoutant une volonté de son concurrent-actionnaire de faire disparaître tout simplement la Sopa du paysage tricolore. 

Lire aussi La Sopa tient le siège

Sopa-Saria, le divorce consommé 

Le bras de fer est dès lors engagé et la Sopa fait de la résistance, continuant à collecter les animaux des éleveurs lui restant fidèles. L’affaire est portée devant les tribunaux, un mandataire judiciaire est nommé pour trouver une solution amiable. Cette dernière est soumise en juin dernier aux deux parties. Elle prévoit la séparation des deux entités Sopa et Secanim. “On a négocié la sortie de la Saria du capital de la Sopa avec une indemnité”, précise Jean-Pierre Chateau. L’accord est signé, tout comme le protocole transactionnel, validé par les tribunaux. Une société fiduciaire, réunissant la Sopa, la Saria et ATM, est créée temporairement, afin de gérer le passif des trois dernières années. En effet, depuis janvier 2022, les volumes collectés par la Sopa sont facturés à ATM, sans qu’aucun règlement ne suive. Ce passif est soldé et permet à la Sopa de regarder l’horizon bien plus sereinement.
D’autant que la société cantalienne a candidaté au marché des ATM pour la période 2025-2027 sur un périmètre élargi et a obtenu gain de cause. “On n’a jamais rien lâché, on est monté quatre fois à Paris pour rencontrer les responsables d’ATM en expliquant qu’on avait besoin de tonnages supplémentaires”, appuie Jean-Pierre Chateau. En effet, l’usine de Cros-de-Montvert est homologuée pour une capacité maximale annuelle de 76 800 tonnes, trois fois supérieure aux tonnages jusqu’alors traités au titre de l’équarrissage des animaux morts en ferme (10 000 tonnes en 2021) mais aussi des 15 à 17 000 t de déchets d’abattoirs, boucheries, de la grande distribution, des sociétés de chasse... 

La Sopa attributaire du marché ATM 2025-2027

Début décembre, le marché ATM est notifié à la Sopa dans le cadre d’un redécoupage qui rebat sensiblement le paysage hexagonal. La Sopa hérite du marché ATM sur l’intégralité du Cantal, de la Corrèze et du Lot, les deux tiers de la Creuse, 39 % de l’Aveyron, 31 % du Puy-de-Dôme, de la Dordogne et de la Haute-Vienne. De quoi porter ses volumes récoltés autour de 26 000, 26 500 tonnes. De même Provalt, autre petit faiseur dont l’usine est implantée à Saint-Amour dans le Jura, se voit confier huit départements contre deux seuls précédemment. Le tout au détriment de la Secanim, le leader ATMax conservant lui ses parts de marché. 
Ce qui a fait pencher la balance ? “C’est le rattrapage des conneries de la décision de 2021 !, réagit Jean-Pierre Chateau. C’était complètement illogique, insensé en termes environnemental et de bilan carbone d’acheminer à l’autre bout de la France des animaux collectés dans le Massif central !” Cette attribution assure à la Sopa de traiter dans son usine entre 45 000 et 50 000 tonnes, de quoi rééquilibrer son assise économique. 

On sort gagnant de cette épreuve même si on y a laissé des plumes, mais c’était le prix de la liberté, c’était ça où on était mort", Jean-Pierre Chateau

Une quarantaine d’emplois créés

Aussi, par anticipation, la société cantalienne a mis les bouchées doubles pour absorber ce surcroît d’activité au 1er janvier 2025 en mettant à niveau son parc de véhicules et industriel... Vingt camions ont ainsi été achetés, équipés de caisses, grues..., des presses supplémentaires vont être installées dans l’usine, etc. “Nous allons embaucher une trentaine de chauffeurs supplémentaires et créer au total une quarantaine d’emplois, ce qui va doubler l’effectif salarié de la Sopa ; ce n’est pas neutre économiquement et socialement”, fait valoir Jean-Pierre Chateau. Entouré d’un conseil d’administration qui ne compte plus que des membres issus des organisations agricoles, toutes solidaires, ce dernier évoque les projets d’aménagements à venir : station d’épuration adaptée, capacités additionnelles de stockage des graisses, autonomie en eau... Des investissements sur la durée estimés à une douzaine de millions d’euros. 

Sur le même sujet : Les investissements probants de la SOPA se poursuivent

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