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La prison de Riom : du lieu de détention au projet urbain

La ville de Riom s’apprête à transformer deux anciens sites carcéraux emblématiques en un vaste projet urbain mêlant mémoire, enseignement, tourisme et logement. Fermés depuis 2016, l’ancienne maison d’arrêt ainsi que l’ancien centre de détention pourraient accueillir d’ici 2030 étudiants, habitants et visiteurs.

Ancien centre pénitentiaire de Riom.
Ancien centre pénitentiaire de Riom.
© Albane Dupin

Située au cœur de la ville, l’ancienne prison rappelle le rôle historique de Riom comme capitale judiciaire de l’Auvergne, notamment avec la présence de la cour d’appel. Pendant plus d’un siècle, la maison d’arrêt et le centre de détention ont constitué un élément majeur du paysage.

Construite en 1859 par l’architecte départemental Aymon Mallay, la maison d’arrêt est organisée autour d’une grande allée centrale, distribuant plusieurs quartiers de cellules. L’établissement accueillait environ une centaine de détenus en attente de jugements, majoritairement des hommes, souvent trois par cellule, ainsi qu’un quartier pour femmes et une section pour mineurs.

Un tunnel, resté pratiquement inchangé depuis 1870, reliait directement l’ancienne maison d’arrêt à la Cour d’appel de Riom. Les détenus y étaient conduits à l’abri des regards pour comparaître devant la justice.

Le centre de détention, plus ancien, possède une histoire bien différente. Il abrite notamment le seul cloître gothique complet d’Auvergne, entièrement construit en pierre de Volvic. À l’origine, il s’agissait d’un couvent de moines cordeliers fondé entre le XIIᵉ et XIIIᵉ siècle. Désacralisé pendant la révolution française, l’ensemble devint ensuite un lieu d’enfermement, accueillant plusieurs dizaines de prisonniers dans un espace réduit.

Devenus insalubres et inadaptés, la prison et le centre de détention ferment finalement leurs portes en 2016.

Un patrimoine historique en pierre de Volvic

Après plusieurs années d’inoccupation, la ville de Riom rachète les bâtiments, soit 5 000 m² pour la maison d’arrêt et 10 000 m² pour le centre de détention à l’État en 2023, pour 400 000 euros.

Le site, classé monument historique, impose de nombreuses contraintes architecturales. La pierre de Volvic, omniprésente dans les bâtiments, devra être conservée et certaines façades ne pourront pas être modifiées, obligeant les architectes à composer avec l’existant.

Une prison transformée en lieu de vie

Pour imaginer l’avenir du site, la municipalité lance un appel à projets en 2023. Une dizaine de groupements répond. Finalement, le projet retenu est porté par l’entreprise Mathieu Barré Immobilier et l’architecte parisien Jean-Michel Wilmotte.

Le cahier des charges était clair : le projet devait répondre à plusieurs besoins de la ville

Nous avons indiqué nos attentes : créer un hôtel, accueillir des étudiants, relocaliser l’office de tourisme, installer des professionnels de santé, valoriser la mémoire du site, ouvrir les bâtiments au public et créer des liaisons vers la gare », explique Aurélien Fabreguettes, chargé de mission transition écologique, à la Ville de Riom

Floriane Mallet, chargée du suivi et de la réhabilitation des deux sites, souligne la dimension mémorielle : 

L’objectif de tout cela, c’est aussi de faire vivre la mémoire. »

Le projet prévoit une transformation profonde des lieux. La maison d’arrêt devrait accueillir un mémorial sur l’histoire du site, une maison de santé, un office de tourisme et des logements, notamment pour étudiants.

Le centre de détention verra quant à lui naître une quarantaine de logements, une résidence étudiante, des logements sociaux, une résidence intergénérationnelle (20 à 30 logements pour étudiants et personnes âgées), un hôtel-restaurant, un parking et un jardin public. La chapelle, bâtiment le plus ancien du site, devrait accueillir une antenne universitaire liée à l’école d’ingénieurs des Cézeaux d’ici septembre 2029.

Les travaux devraient s’achever vers 2030, en collaboration étroite avec les Architectes des bâtiments de France.

Un site qui intrigue

Avant même le lancement des travaux, la prison suscite déjà la curiosité. Ces derniers mois, le site s’est animé grâce à des visites publiques et des installations artistiques temporaires. Parmi elles, un mur d’expression, installé dans l’ancienne salle de sport, a donné la parole aux visiteurs, qui ont pu partager leurs idées et impressions. Ces rendez-vous attirent des habitants de la région et parfois même des visiteurs venus de plus loin, désireux de découvrir ce lieu chargé d’histoire

Mur d’expression dans l’ancienne Maison d’arrêt de Riom.
Mur d'expression dans l'ancienne maison d'arrêt de Riom 

La participation des habitants joue également un rôle central dans le projet. "C’est un sujet qui leur tient vraiment à cœur », souligne Floriane Mallet.

À lire aussi : Abbaye de Mozac : une alliance réussie entre patrimoine historique et animations culturelles

Jean Zay, prisonnier de Riom

Originaire d’Orléans, Jean Zay devient avocat en 1928 avant de s’engager en politique. Dès ses débuts, il est persécuté par l’extrême droite pour sa confession juive. En 1936, il devient le plus jeune ministre de la IIIᵉ République dans le gouvernement de Léon Blum. S’en suit une carrière en tant que ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-Arts. Il mène de nombreuses réformes pour démocratiser l’école et la culture. On lui doit notamment la création de l’ancêtre du CROUS, le Musée de l’Homme ou encore le Festival de Cannes.

À l’annonce du début de la guerre, il s’engage dans l’armée et tente de poursuivre le combat depuis l’Afrique du Nord. Arrêté par le régime de Vichy pour « désertion en présence de l’ennemi », il est incarcéré à Riom le 7 janvier 1941.

Le 20 juin 1944, trois miliciens viennent le chercher pour un transfert supposé vers Melun. Quatre kilomètres plus loin, ils l’assassinent et jettent son corps dans le ravin du Puits du Diable.

Son corps ne sera retrouvé que deux ans plus tard et identifié en 1948.

En 2015, ses cendres sont transférées au Panthéon.

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