La nèfle, le fruit oublié qui reprend racine dans le Sud-Cantal
Des châtaigniers, des noyers, des néfliers et beaucoup de friches : c’est à partir de
ce patrimoine oublié que Jonathan Tsen, ancien ingénieur dans l'aérospatiale, a imaginé, à Vieillevie, les Jardins de Maubert.
Des châtaigniers, des noyers, des néfliers et beaucoup de friches : c’est à partir de
ce patrimoine oublié que Jonathan Tsen, ancien ingénieur dans l'aérospatiale, a imaginé, à Vieillevie, les Jardins de Maubert.
À Maubert, sur les hauteurs de Vieillevie, Jonathan Tsen ne s’est pas installé pour reproduire un modèle agricole existant. Ancien ingénieur dans l’aérospatiale, passé par une grande école et plus de dix ans chez ArianeGroup, il a quitté la région parisienne pour bâtir un projet à contre-courant. Dans les dix hectares de friches, de pentes et d’anciens vergers qui entourent sa maison, il a choisi de partir de ce que la terre offrait déjà. Une philosophie qui a donné naissance aux Jardins de Maubert, une exploitation d’arboriculture diversifiée officiellement installée en octobre 2024. “J’ai fait un peu l’inverse de beaucoup de porteurs de projet, raconte-t-il. Eux savent ce qu’ils veulent produire et cherchent ensuite le foncier. Moi, j’avais le foncier, et j’ai cherché le projet agricole qui lui convenait.”
Reconversion professionnelle
Avec sa compagne Florence, il découvre le secteur lors d’un séjour entre Cantal et Aveyron. Le couple fait alors un choix inhabituel : vivre d’abord dans un lieu qui les inspire, puis inventer le travail qui leur permettra d’y rester. Après une année de résidence secondaire, ils s’installent définitivement à Vieillevie en 2022. Jonathan Tsen entame alors une reconversion professionnelle en suivant un BPREA à Rodez. Sans aucun héritage agricole familial, il apprend le métier en partant de zéro. “L’agriculture est quelque chose qui m’a manqué dans l’éducation que j’ai reçue. Je n’avais pas de lien avec la terre et j’ai eu envie de le reconstruire.”
En parcourant ses parcelles, il comprend progressivement que son avenir professionnel existe déjà en partie. Les anciens ont laissé des châtaigniers, des noyers, des néfliers et les traces d’anciennes terrasses viticoles. “À un moment, je me suis dit : le projet est déjà là. Il y a déjà des choses implantées, autant les utiliser.”
C’est cette logique qui guide les Jardins de Maubert. Jonathan Tsen produit des confitures de nèfles, de châtaignes ou mêlant les deux, de la farine de châtaigne, des cerneaux de noix, ainsi qu’une boisson apéritive à base de nèfle et de vin blanc, baptisée “La Néflette”, désormais proposée dans plusieurs établissements de la vallée du Lot.
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Produire et commercialiser
En attendant la création d’un atelier dans une dépendance, l’ensemble de la production - essentiellement bio - est fabriqué dans les cuisines aux normes de la salle polyvalente communale et conditionnée dans une pièce de la maison, spécialement dédiée. Ces productions sont commercialisées sur les marchés, dans des épiceries locales, aux Fermiers du Cantal à la Chambre d’agriculture à Aurillac, auprès de restaurants partenaires... Un réseau en pleine expansion, complété par une boutique en ligne. Mais la nouvelle vie de Jonathan ne se limite pas à la production agricole. Depuis le printemps, il est également secrétaire de mairie à mi-temps à Vieillevie. Trois jours par semaine, il reçoit les habitants, gère les dossiers communaux et découvre l’envers du décor d’un village rural. “C’est sans doute la meilleure manière de s’intégrer. À la mairie, on voit tout le monde passer un jour ou l’autre.”
Un mi-temps à la mairie
Cet équilibre entre agriculture et emploi communal est pleinement assumé. Il lui assure une stabilité économique tout en lui permettant de consacrer du temps à une activité encore en construction : “J’ai envie de faire ce que j’aime. Si cela ne fait pas vivre complètement sur le plan économique, je le complète avec un autre métier.” Peu à peu, les Jardins de Maubert deviennent aussi un projet collectif. Des voisins lui proposent les fruits qu’ils ne récoltent plus : prunes, cerises ou autres productions abandonnées sur des arbres vieillissants. Jonathan Tsen les transforme en confitures sous une gamme qu’il a baptisée les “Voisins de Maubert”. Une manière de valoriser des récoltes perdues tout en recréant du lien. “Ce qui m’intéresse, c’est d’être un acteur de la vie locale. Ça permet de faire vivre le pays à travers des échanges : on se connaît, on se fait confiance.” Et si, pour l’instant, les volumes restent très modestes, le projet ne manque pas d’idées.