Laine : le trésor gaspillé qui étouffe les élevages ovins, une enquête ouverte
Les stocks de laine dans les fermes françaises s'accumulent depuis plusieurs années maintenant. FranceAgriMer vient de lancer une enquête pour connaître avec précision les volumes.
Les stocks de laine dans les fermes françaises s'accumulent depuis plusieurs années maintenant. FranceAgriMer vient de lancer une enquête pour connaître avec précision les volumes.
Entre chute des prix, recul des ventes et fortes disparités régionales, la laine est devenue un coproduit difficile à valoriser pour les élevages ovins quand elle n'est pas considérée comme un déchet. Une grande enquête nationale sur la production et les stocks de laine vient d'être lancée par FranceAgriMer pour connaître avec précision les volumes en ferme et la structuration de la filière
Dans le Puy-de-Dôme, les éleveurs sont confrontés depuis plusieurs années déjà aux difficultés de valorisation de la laine. Entre débouchés quasi inexistants et prix bas, les stocks dans les fermes s'accumulent jusqu'à déborder.
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47 % des éleveurs ovins français ne vendent plus leur laine
En dix ans, la laine a perdu bien plus que sa valeur. Les données nationales du dispositif INOSYS Réseaux d’élevage résultantes de l'analyse de la production et la valorisation de la laine de 2014 à 2023 auprès de 2 819 fermes, confirment une dégradation continue de la situation à l'échelle nationale.
La part des exploitations ne vendant aucune laine est passée de 14 % en 2014 à 47 % en 2023.
C'est donc près d'un élevage ovin français sur deux qui aujourd'hui ne valorise pas sa laine.
Laure Chazalet-Oger est dans ce cas. Éleveuse d'ovins viande à Celles-sur-Durolle au sein du Gaec des Bergeries, elle n'a aucun débouché pour la laine de ses 1 440 brebis et ce depuis plus de quatre ans maintenant.
Il y a deux ans, elle a trouvé à écouler une partie de ce coproduit qu'elle stockait dans un bâtiment. « Nous donnons notre laine à des pépiniéristes professionnels pour protéger leurs jeunes végétaux de la faune sauvage. Grâce à cette entente, nous avons réussi à nous séparer de l'équivalent de deux années de tonte. »
L'éleveuse se dit soulagée de cette solution qui lui permet de libérer de la place dans le bâtiment où la laine entrait en concurrence avec le matériel de fenaison. Toutefois, la laine reste une charge.
« Nous en faisons don parce qu'autrement, je ne suis pas sûre qu'ils nous l'auraient prise. Ça permet aussi d'éviter de la jeter. On préfère que ce soit utile. »
Plus au sud, à Auzat-la-Combelle, l'EARL Saint-Jude doit vivre aussi avec son stock de laine. Remisées dans un vieux cabanon, les toisons sont entassées dans des sacs en attendant de trouver preneurs. Depuis cinq ans, l'éleveur qui avait autrefois un petit débouché au niveau local voit les sacs s'ajouter les uns aux autres au fil des tontes.
« J'ai réussi à en écouler un peu auprès d'une maraîchère bio qui était installée dans le village voisin. J'en ai utilisé aussi pour pailler mes pommes de terre. »
Des solutions « bouts de ficelle » qui permettent de réduire le stockage, mais pour l'éleveur, c'est un grand gaspillage. « On nous parle de préservation de la planète, des ressources naturelles et pendant ce temps, on a une fibre issue de l'activité d'élevage qui pourrit dans des sacs !
Notre laine n'est plus valorisable en France, principalement à cause des normes environnementales pour son nettoyage. Par contre, on ferme les yeux sur les rejets de l'industrie textile au Bangladesh qui arrivent en Europe dans des petits colis chinois. C'est rageant. »
Laine : l'heure du grand débarras face à des prix dérisoires.
La perte des débouchés, la pandémie et la suspension des exports ainsi que la chute des prix expliquent l'absence de solutions pour la valorisation de la laine. Toujours sur la période 2014-2023, le prix moyen national de la laine est établi à 0,74 €/kg. Les chutes sont en effet marquées entre 2015 (1,08 €/kg) et 2021 (0,45 €/kg), en plein Covid.
Depuis, les prix se stabilisent mais à bas niveau, sans véritable reprise.
En Auvergne-Rhône-Alpes, le prix moyen est même à 0,70 €/kg sur dix ans, moins qu'au niveau national. Après une relative stabilité jusqu’en 2016, les prix chutent fortement pour atteindre 0,42 €/kg en 2023.
« Les prix actuels ne couvrent pas la charge que représente la tonte (2,1 €/animal) » souligne Laure Chazalet-Oger.
Pourtant, impossible pour les éleveurs de s'en passer à la fois pour des raisons sanitaires que le bien-être animal.
Les deux éleveurs perçoivent désormais la tonte davantage comme un investissement dans la santé de leurs animaux qu'une éventuelle source de revenu supplémentaire.
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Des essais de co-compostage de la laine
La FNO travaille sur la valorisation de laine depuis la fermeture du marché de l’export vers la Chine lors de la pandémie.
En s'appuyant sur un projet européen sur le co-compostage de laine, la FNO a mené avec Fedatest et CIIRPO deux expérimentations. L’objectif ? Transformer la laine en matière organique riche en azote et en minéraux, tout en garantissant une sécurité sanitaire. Les premiers essais, réalisés sur deux fermes avec l’accord de la DGAL, ont montré des résultats encourageants : « la laine se dégrade bien dans le fumier, améliore la structure du compost et ne présente aucun risque bactériologique » explique Dimitri Taillebosq, de la FNO. Cependant, la méthode bute sur un obstacle réglementaire : le compost n’atteint pas les 70 °C requis par la législation européenne pour éliminer les pathogènes.
Les tas de laine co-compostés, n’ayant pas atteint cette température, sont désormais considérés comme des déchets dangereux. « Leur traitement en usine spécialisée engendre des coûts imprévus, mettant en péril la poursuite des expérimentations. » La FNO appelle la DGAL à trouver des solutions pour traiter ces stocks et espèrent relancer les essais, à condition de sécuriser des financements.
Mélodie Comte