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La grande transhumance sur les chapeaux de roue à Pradiers

Il y a eu des embouteillages lundi sur la piste conduisant à l’estive collective de Pradiers, où pas moins de 1 300 bovins ont été acheminés en un seul jour, rompant la quiétude du site.

Joël Ferrier - ici avec son fils Franck - monte ses animaux à Pradiers depuis bientôt 30 ans.
Joël Ferrier - ici avec son fils Franck - monte ses animaux à Pradiers depuis bientôt 30 ans.
© UC

Ce lundi 25 mai, la D39 qui traverse le Cézallier a pris des allures d’autoroute du soleil : à l’horizon, pas de plages de sable fin pour le flot transhumant, mais une perspective plus réjouissante encore : à perte de vue, des parcelles à l’herbe printanière drue et grasse, nourrie par cette terre volcanique, et une liberté pendant près de cinq mois sur ce plateau de plus de 1 200 ha aux airs de Mongolie.

C’est ainsi à un défilé ininterrompu de bétaillères qu’on a assisté, de 5 heures du matin jusqu’à 20 heures non stop, et non sans quelques embouteillages, à l’arrivée de la piste conduisant à l’unité de la Coptasa. “On a compté jusqu’à 15 tracteurs qui attendaient pour décharger, mais ça s’est bien passé, toujours dans une bonne ambiance”, relate Laurent Bouscarat, directeur de la coopérative d’estives collectives, venu en renfort des bergers.

1 300 bêtes estivées lundi

Et ce premier jour de montée à l’estives, on a même atteint un record : quelque 1 300 bêtes ont pris leurs quartiers d’été ici. Soit plus de 50 % de l’effectif accueilli transhumé en un jour. Il faut dire que les conditions étaient idéales avec un soleil radieux, une température agréable et une herbe que Thierry Felut, berger à Pradiers, n’a jamais connue “aussi belle” en 18 ans. “On avait franchement des inquiétudes en avril, mais depuis, il a plu 250 mm. Pour l’instant c’est nickel, les parcelles sont hyper propres, la pousse d’herbe a de l’avance…, se félicite Laurent Bouscarat. Cela dit, il faudrait qu’il repleuve assez vite car le vent du nord sèche les prairies rapidement.”

Ce mardi après-midi est plus calme, deux seuls adhérents viennent d’arriver, dont Raphaël Thomas. Pas de chance, à une centaine de mètres à peine du parc de déchargement, la roue arrière de sa remorque vient de crever. La réparation attendra, pas ses doublonnes. Celles-ci finiront le parcours, à l’ancienne, à pied, sous bonne garde, escortées par Thierry Felut et son collègue monté sur un quad.

Installé hors-cadre familial voilà dix ans à Charmensac sur l’exploitation de ses grands-parents, Raphaël Thomas élève une trentaine de mères aubrac sur 70 ha et une douzaine d’abondance dont les veaux sont élevés sous la mère. Abattus(1) à Neussargues, transformés à Saint- Flour, leur viande est commercialisée en direct en caissettes auprès d’une clientèle de particuliers, un réseau que l’éleveur a tissé progressivement dans feu les régions Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon.

“Il n’y a que des avantages !”

“Je monte des bêtes à la Coptasa depuis cinq ans pour dégager de la surface et faire du stock, explique l’éleveur double actif. J’amène en général douze couples et six doublonnes. Si je n’avais pas la Coptasa, j’aurais sept à huit vaches de moins. Franchement, c’est plus rentable qu’un fermage, le coût est tout à fait abordable et les animaux redescendent en bon état. Il n’y a que des avantages !” Pendant la saison, Raphaël revient toutes les deux, trois semaines visiter ses aubrac, souvent en famille, “pour une promenade avec les enfants”.

À leur retour sur l’exploitation, les mâles sont engraissés, les femelles mises à l’attache dix jours durant pour “la docilité”. À l’arrivée des bétaillères, c’est le même rituel immuable : déchargement(2), vaccination des veaux contre la grippe, application sur le dos d’un traitement anti-parasitaire avant que les couples vache-veau se reforment et prennent la direction de la parcelle qui leur a été attribuée, accompagnés de leur propriétaire et des bergers.

Joël, fidèle depuis 30 ans

Joël Ferrier est un fidèle parmi les fidèles. Cela va bientôt faire 30 ans que ce Lozérien mène ses aubrac sur l’estive de Pradiers. “Je cherchais des estives, j’ai trouvé ici et ça me convient, ça me décharge pas mal”, affiche l’éleveur de Saint-Léger-de-Peyre dont les 101 ha comptent pas mal de travers. Joël est à la tête d’un cheptel de 65 mères dont les veaux sont vendus broutards pour l’Italie et les génisses finies pour l’IGP Fleur d’Aubrac.

Cette année, accompagné de son fils Franck qui se destine à suivre les pas paternels, il estive 22 couples, 12 bourrettes et 9 doublonnes. Les plus âgées reconnaissent parfaitement les lieux : “Quand on les rentre à l’étable et que le camion arrive, elles savent qu’elles vont à la montagne, on n’a jamais de mal pour les charger”, précise l’éleveur qui apprécie que ses animaux soient surveillés tout au long de ces cinq mois par des bergers expérimentés, comme Thierry qui reconnaît dans son troupeau des animaux : “Elle, je m’en rappelle, elle est gentille”, lance ce dernier.

(1) Autour de 160 kg carcasse, les derniers ont été valorisés la semaine du 11 mai à 14,5 €/kg net. Une production “qui se porte bien”, relève Raphaël Thomas.

(2) Gel hydroalcoolique , masques et gants sont à la disposition des adhérents.

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