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À Sainte-Florine, la famille Lèbre mise sur la méthanisation pour produire du biométhane

C’est à la frontière entre le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire que se dresse l’une des 95 unités de méthanisation de la région Auvergne Rhône-Alpes. Un projet porté par les frères Lèbre, précurseurs dans le domaine.

© _PAO _PAO

5 millions d’euros. C’est le prix qu’aura coûté le deuxième site de méthanisation de la famille Lèbre, à Sainte-Florine. Ils auraient pu s’arrêter au premier, construit en 2008 du côté de Villeneuve d’Allier. Mais arrêter n’est pas dans les habitudes de ces trois agriculteurs. Aussi, en 2025, Xavier, Serge, et Gilles, se lancent dans un projet ambitieux : un nouveau site de méthanisation adossé à leur deuxième exploitation.

Un premier site à Villeneuve d’Allier

Tout a commencé il y a dix-huit ans, en Haute-Loire, à Villeneuve-d’Allier. Le GAEC des Deux Prés y lance son premier projet de méthanisation en cogénération, pour un investissement de 1,5 million d’euros. Il s’agit alors du septième site installé par le groupe AgriKomp

L’objectif ? Valoriser les déjections agricoles de l’exploitation et de ses cent vaches laitières, tout en générant un revenu fixe et régulier. 

Le pari est réussi puisque ce site génère aujourd'hui un chiffre d'affaires de 700 000 euros par an.

L'échéance du contrat de cogénération, initialement de quinze ans puis prolongé de cinq, arrive cependant à grands pas. Les trois frères envisagent désormais une conversion en injection de biométhane, plus valorisante que la cogénération.

Le bon fonctionnement du site de Villeneuve-d’Allier les conforte dans leur intérêt pour la méthanisation. Mais les déplacements réguliers entre leur exploitation de Brioude et le méthaniseur finissent par peser dans leur organisation. Ils décident alors de développer un second projet, cette fois en injection de biométhane, à Sainte-Florine.

Pour porter ces deux activités, une nouvelle structure s'impose. La SAS Lèbre Énergies est ainsi créée en 2024.

L'aventure se renouvelle à Sainte-Florine

Mis en service le 5 novembre 2025, le site de Sainte-Florine a été réalisé, là encore, avec la société AgriKomp. Son coût total s'élève à 5 millions d'euros, dont 481 733 euros financés par la Région et 364 223 euros apportés par l'ADEME

Avec un revenu estimé entre 1,3 et 1,4 million d'euros par an, la famille anticipe un retour sur investissement au bout de sept ans.

L'installation comprend un digesteur de 20 m × 6 m, un post-digesteur aux mêmes dimensions, un stockage couvert de 27 m × 8 m pour la récupération du biogaz, une préfosse destinée au stockage temporaire des jus et lactosérums, un épurateur Smart 250 doté d'un compresseur et d'une chaudière, ainsi qu'un double incorporateur permettant une alimentation toutes les quarante-huit heures. 

La production annuelle atteint 8,9 GWh, soit 822 000 Nm³ de biométhane, de quoi alimenter l'équivalent de 900 foyers dans les communes voisines.  

Ce biométhane est racheté à 147 euros le MWh, à un prix fixe indexé sur quinze ans.

En complément des deux unités de méthanisation, des panneaux solaires ont été installés sur les toits des bâtiments de l'exploitation.

À lire aussi : Une presse McHale à l’essai dans les champs creusois

Le processus de méthanisation

Les matières organiques, collectées dans une double benne rechargée toutes les quarante-huit heures et dans une préfosse pour les jus et lactosérums, sont incorporées automatiquement dans le digesteur à hauteur de 27 à 30 tonnes par jour. Ce digesteur est maintenu entre 35 et 45 °C pour favoriser la fermentation anaérobie. Le temps de séjour est d'environ 130 jours, dans un processus dit « infiniment mélangé ».

À l'issue de cette fermentation, la matière se sépare en deux phases. La phase solide, le digestat, est épandue comme engrais dans les champs, tandis que la phase liquide est injectée directement dans les terres. Le biogaz produit est ensuite épuré, avant d'être injecté dans le réseau GRDF.

Les intrants sont suffisants pour ne dédier aucune culture principale à la méthanisation

Le site valorise ainsi chaque année plusieurs tonnes de déchets agricoles, réparties à parts quasi égales : environ 30 % effluents d'élevage, 30 % de coproduits agro-industriels et 30 % CIVE, avec une proportion de lactosérum de 10 %.

Une aventure avant tout familiale

Les deux exploitations qui alimentent le site accueillent 650 brebis label Rouge, 4 400 poulets, ainsi qu'une polyculture sur 400 hectares de SAU. Le travail est réparti au sein de la fratrie ; Xavier pilote principalement les deux sites de méthanisation, tandis que Serge et Gilles supervisent les exploitations agricoles

Être frères est une force, mais cela demande aussi de savoir s'écouter. C'est ce qui nous a permis d'arriver jusqu'ici », confie Xavier devant la foule de visiteurs réunis pour l'inauguration.

Au service de la transition énergétique

Le site de Sainte-Florine s'inscrit dans une logique d'économie circulaire : les déjections et coproduits agricoles alimentent le méthaniseur, le digestat fertilise les champs, et le biométhane est injecté dans le réseau de gaz.

Les objectifs nationaux sont clairs : 20 % de biométhane dans les réseaux d'ici 2030, et 100 % de gaz renouvelables en 2050. C'est dans cette perspective que les élus et représentants présents lors de l'inauguration ont salué le projet. 

Les agriculteurs ont bien compris qu'ils doivent faire face aux enjeux des changements climatiques et environnementaux. Investir dans un méthaniseur est un choix important et visionnaire », a souligné Josiane Coste, Maire de Sainte-Florine. 

Ce projet est exemplaire : vous valorisez les déchets agricoles et alimentaires, vous participez à la souveraineté énergétique », a renchéri Jean-Pierre Vigier, député de la Haute-Loire

Le représentant du GRDF, quant à lui, a rappelé les objectifs : « La réussite de la transition énergétique repose sur un mix énergétique. L'enjeu est clair : développer le biométhane et les gaz renouvelables pour bâtir un système énergétique durable, résilient et accessible. »

Inauguration du site de méthanisation de Sainte-Florine en présence de personnalités locales et régionales.
De gauche à droite : Xavier Lèbre (agriculteur, porteur du projet), Christophe Fournier (vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, délégué à l’environnement et à l’écologie positive), Jean-Pierre Vigier (député de la Haute-Loire), Yvan Cordier (préfet de Haute-Loire), Josiane Coste (maire de Sainte-Florine) et Mathias Régnier (sous-préfet de l’arrondissement de Bri...

Pour la famille Lèbre, ce deuxième site n'est pas seulement un investissement industriel. C'est l'aboutissement d'un projet au service du territoire et de la transition énergétique, « qui ne se fera pas sans les agriculteurs ».

La méthanisation française en 2025

Le nouveau site de méthanisation de Sainte-Florine s’inscrit dans une dynamique nationale forte : 1 781 installations, dont 1 238 à la ferme, sont en service au 1er janvier 2025 (+ 90 en 2024). En 2024, la filière a injecté 11,6 TWh de biométhane dans les réseaux (capacité de 13,9 TWh/an) et produit 3 TWh d’électricité et 4,7 TWh de chaleur, couvrant les besoins de plus d’un million de foyers. Le BioGNV (Gaz Naturel Véhicule, produit à partir de déchets organiques), avec 2,2 TWh consommés, représente 43,6 % du marché national. Un secteur désormais structuré, avec 500 entreprises, 3 570 emplois et un chiffre d’affaires de 1,79 Md€ en 2023.

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