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"La France sans agriculture et ruralité ne serait pas la France"

Conscient des difficultés que traverse le monde agricole, le Chef de l'Etat s'engage pour réussir la sortie de crise. Il était le 25 novembre à Isserpent dans la montagne bourbonnaise dans le département de l'Allier sur une exploitation en Gaec orientée vers l'élevage allaitant. Il a affirmé qu'il ne sacrifierait pas l'agriculture.

En se rendant sur l’exploitation du Gaec Salles à Isserpent en montagne Bourbonnaise, jeudi dernier, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, venu accompagné de ses ministres, Bruno Le Maire, Brice Hortefeux et Philippe Richert, a souhaité répondre lui-même aux inquiétudes des agriculteurs. Après la visite d’exploitation (voir encadré), une table ronde, organisée au Mayet-de-Montagne, a été animée par le Président de la Chambre d’Agriculture de l’Allier. En préambule Jean Marie Lesage présentait le département de l’Allier avec ses spécificités agricoles et notamment la prédominance de l’élevage allaitant.
Le président de la Chambre d’Agriculture a ensuite fait part au Président de la République du malaise des agriculteurs. « Je vous le redis, les agriculteurs sont inquiets. Cette profession a vécu depuis les années 60 des évolutions qu’aucun autre métier n’a connu. D’abord produire, avec des prix soutenus, fixés et connus à l’avance, puis s’adapter à la restriction budgétaire, aux nouveaux impératifs sociaux de l’environnement, au démantèlement progressif de tous les soutiens, à la paperasserie… Les agriculteurs sont aujourd’hui confrontés à une instabilité des marchés particulièrement dangereuse. Derniers remparts contre une désertification totale du milieu rural, ils ont su faire preuve d’une remarquable faculté d’adaptation pour être encore là aujourd’hui, toujours passionnés et amoureux de leur métier, ils ont le sentiment d’être oubliés et incompris. Monsieur le Président, le monde agricole a besoin de reprendre espoir et de retrouver un revenu décent. La LMA et les résultats de la discussion sur l’après 2013 peuvent y contribuer. Mais des questions restent posées. La France est-elle prête à défendre cette idée que les contraintes environnementales qui pèsent sur les agriculteurs soient allégées ? La France est-elle prête à mettre sur la table des négociations la question de la juste concurrence entre pays européens ? Vous êtes depuis quelques jours et pour un an président du G20, ceci m’amène à ma dernière question, croyez-vous que le pouvoir politique ait aujourd’hui entre les mains la possibilité d’intervenir pour empêcher la spéculation sur les marchés financiers et pensez-vous qu’un système de régulation efficace puisse être mis en place ?».


Le monde agricole et rural a fait passer des messages
Nicolas Sarkozy a répondu à chaque intervenant de la table ronde. Sur les questions agricoles, il a rappelé l’engagement de la France en matière de préférence communautaire, de régulation des marchés, d’une réforme de la Pac plus juste (c’est à dire que les subventions aillent à ceux qui en ont le plus besoin). Il a clairement dit qu’une attention particulière serait portée sur les problèmes de compétitivité au sein de l’Europe.
L’agriculture a été définie comme une priorité du gouvernement. « On ne sacrifiera pas l’agriculture » affirmait le Président. Par rapport à la PAC, il a insisté sur la sauvegarde absolue des outils d’intervention. « l’agriculture doit être régulée ». Quant à la régularité des prix des matières premières, elle est une priorité de la présidence française. « Bruno Le Maire réunira les ministres de l’agriculture du G20 pour poser la régulation comme une méthode ». Il a également souligné ne pas avoir l’intention d’accepter que rentrent des viandes d’Argentine ou d’ailleurs qui ne répondent pas aux normes environnementales et sanitaires imposées aux éleveurs européens. « Nous ne céderons rien en matière d’agriculture, je vous le dis».
En réponse à Alain Lognon, vice-président du Conseil Général de l’Allier, chargé de l’agriculture, sur les questions de l’avenir de l’élevage bovin, du prix de la viande, des conséquences de l’augmentation du prix des céréales sur le revenu des éleveurs, de la relance de l’engraissement en France, le Chef de l’Etat est notamment revenu sur l’objectif de la création, par le biais de la LMA, de l’Observatoire National des prix et des marges. « Depuis 12 ans, le prix carcasse de la viande est resté le même alors que vos charges ont augmenté, s’insurgeait-il. De l’autre coté, la marge brute des industriels et distributeurs a augmenté de 2 euros le kilo. Les chiffres qui sortent de l’Observatoire parlent d’eux-mêmes et montrent que ceux qui sont pénalisés sont les producteurs sans que le consommateur n’en tire profit ». Cette évolution de la répartition des marges est pour Nicolas Sarkozy, inacceptable. Cette nécessité de revaloriser le prix de la viande a commencé, elle est en marche et il faut que ça continue. Face aux efforts considérables faits sur la qualité, il paraît choquant que l’éleveur ne bénéficie pas en face de prix décents.
Exporter plus de viande, relancer la consommation sont d’autres priorités qu’a abordées le Président de la République. Trois cent millions d’euros seront apportés pour lancer des plans stratégiques sur certains secteurs de l’agriculture sinistrés.
« Face aux aléas auxquels est soumis le métier d’éleveur, pour la première fois dans l’agriculture française, va être mis en place un dispositif assurantiel sur l’élevage », ajoutait Bruno Le Maire avant de poursuivre sur la possibilité de créer en France une filière engraissement. « On pourrait commencer sur des volumes limités, si ça fonctionne, on continue ».
« Le monde agricole et rural a eu la possibilité de passer des messages au Président dans de bonnes conditions », concluait Jean-Marie Lesage même s’il regrettait que le Président de la République n’ait pas répondu clairement à la question de l’allègement des contraintes environnementales et du budget de la PAC. Nicolas Sarkozy a cependant pris le temps de répondre à tous, en rentrant dans les détails et a réussi à créer un contact privilégié avec chacun. e

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