La Foncière sauve un moulin du XVIIIe siècle pour en faire un symbole d’énergie verte et de transmission
La Foncière n’est pas une structure professionnelle comme les autres : elle se consacre aux énergies renouvelables, avec une volonté de partage collectif et équitable au profit des jeunes agriculteurs. Elle accorde également une attention particulière à des solutions comme l’hydroélectricité.
La Foncière n’est pas une structure professionnelle comme les autres : elle se consacre aux énergies renouvelables, avec une volonté de partage collectif et équitable au profit des jeunes agriculteurs. Elle accorde également une attention particulière à des solutions comme l’hydroélectricité.
Dans ce cadre, elle a acquis le 6 juin, le moulin de la Moune à Beaumont, un joyau du XVIIIe siècle, sauvé de la ruine pour devenir à la fois un site patrimonial, une microcentrale hydroélectrique et un symbole de coopération locale. Mardi 12 mai, la Foncière a célébré la fin de la pose de la charpente avec la cérémonie traditionnelle du bouquet.
Un sauvetage audacieux
On l’appelait la ruine. Les murs tenaient à peine, le toit avait disparu, et le lierre dévorait les pierres. Pourtant, sous cette carapace d’oubli, dormait un trésor : un moulin mentionné sur les cartes de Cassini (1745), capable de produire de l’électricité et de faire tourner à nouveau ses meules centenaires. »
C’est en 2024 que la Foncière découvre ce moulin abandonné depuis près d’un siècle. Alors que la propriété de 25 hectares est mise en vente par la Safer, l’équipe décide de candidater.
On a proposé de scinder le terrain en trois, explique son président, Tony Cornelissen. On a pris la partie la moins intéressante pour les autres… mais la plus riche pour nous : celle avec le moulin, son canal et son histoire. »
Après des mois de négociations, la Foncière obtient 9 hectares et s’engage à :
- Restaurer le moulin à l’identique, avec des matériaux locaux (chêne, pierre,
ardoises d’Angers récupérées) ; - Préserver l’accès public et intégrer le site dans un futur chemin de randonnée ;
- Installer une microcentrale hydroélectrique pour alimenter la commune de Beaumont
en électricité verte ; - Transmettre ce patrimoine aux jeunes agriculteurs, sans but lucratif.
On ne cherche pas la rentabilité, précise-t-il. On veut montrer qu’une autre agriculture est possible : une agriculture qui préserve, qui produit de l’énergie propre, et qui transmet. »
La restauration : un chantier collectif et méticuleux
« Le jour où on a démoli l’ancienne charpente, on était huit sous la pluie. Les poutres pourries s’effondraient, mais on a tout gardé : chaque pierre, chaque clou. Parce que chaque détail comptait. »
La restauration a été un travail de fourmi, porté par des centaines d’heures de bénévolat. La charpente a été reconstruite à l’identique, grâce à des chênes locaux offerts par un membre de l’équipe.
On a coupé le bois en décembre, mais les intempéries ont retardé le séchage, raconte Gilbert Pacheco, de l’entreprise Gatignol. Finalement, on a réussi à l’assembler comme au XVIIIe siècle, avec des enfourchements et des tirants en fer forgé. »
Les meules, dont une pierre meulière rare venue de la Marne, ont été préservées.
« Elle a tourné pendant deux siècles, elle peut encore moudre ! Il suffira de la piquer et de la rayonner pour qu’elle retrouve sa fonction d’origine », explique Daniel Farge, président de l’Association des Moulins.
Le rouet, autrefois en bois, sera remplacé par un modèle métallique, mais le mécanisme traditionnel sera respecté.
« On a passé plus de 200 heures rien que pour la démolition, sans abîmer les pierres, raconte Pierre-Antoine, jeune agriculteur. Et ce n’est pas fini ! Il reste à poser les ardoises, à finaliser la charpente. Mais chaque heure compte. »
L’énergie hydroélectrique : le moulin devient une centrale verte
Avec une chute de 9 mètres et un débit de 400 litres par seconde, on peut produire assez d’électricité pour alimenter toute la commune de Beaumont. Ce n’est pas énorme, mais c’est symbolique : ça prouve qu’on peut faire de l’énergie renouvelable sans tout casser. »
La microcentrale hydroélectrique exploitera le canal d’amenée, un ouvrage du XVIIIe siècle toujours en parfait état.
Les anciens avaient tout compris, s’enthousiasme Daniel Farge. La prise d’eau, la passe à poissons en pierre, le barrage… Tout est conçu pour durer. Aujourd’hui, on réutilise cette intelligence collective pour produire de l’électricité propre. »
L’électricité sera réinjectée dans le réseau, et les bénéfices serviront à soutenir les jeunes agriculteurs de la région.
« Ici, on ne cherche pas à faire de l’argent. On veut montrer qu’une autre voie est possible. »
Coop Agri Énergie 19 : étendre le modèle
à toute la Corrèze
Le moulin de Beaumont n’est qu’un début. La Foncière travaille en parallèle à la création de Coop Agri Énergie 19, une coopérative visant à développer des projets d’énergies renouvelables (photovoltaïque, hydroélectricité) sans achat de foncier, en partenariat avec les propriétaires et les collectivités.
On veut éviter les projets alibi, ceux qui ne servent qu’à verdir une image, explique Tony Cornelissen. Ici, on privilégie une approche collective, équitable et transparente. L’objectif ? Que les agriculteurs, les propriétaires et les collectivités travaillent main dans la main pour produire de l’énergie verte, sans spéculer sur le foncier. »
La coopérative finalise une charte, qui sera signée par les élus départementaux, les associations de maires et les communautés de communes.
« On veut que tout le monde soit d’accord sur les objectifs : moralité, équité et respect de l’environnement. »
Un symbole pour la Corrèze
Les entreprises locales ont participé gratuitement ou à coût réduit.
« Ce n’est pas toujours mercantile, la vie, rappelle Gilbert Pacheco. Parfois, on travaille juste pour le plaisir de préserver un morceau d’histoire. »
Les bénévoles, eux, viennent de tous horizons : agriculteurs, retraités, jeunes…
« Ce moulin, c’est l’affaire de tous, résume Camille Privat, secrétaire générale des Jeunes Agriculteurs de la Corrèze. Et demain, on espère que d’autres sites comme celui-ci pourront renaître. »
Ce moulin, c’est bien plus qu’un bâtiment, conclut Daniel Farge. C’est une preuve que l’énergie la plus durable est souvent celle qu’on partage… et celle qu’on construit ensemble. »