Gestion de l'eau
La FDSEA et les JA ont convaincu le préfet de l’intérêt des réserves d’eau collinaires
En visite à Quézac, le préfet du Cantal s’est dit favorable aux réserves d’eau, devant l’installation d’une exploitation qui prouve, depuis 2022, que stockage et sobriété peuvent aller de pair.
En visite à Quézac, le préfet du Cantal s’est dit favorable aux réserves d’eau, devant l’installation d’une exploitation qui prouve, depuis 2022, que stockage et sobriété peuvent aller de pair.
FDSEA et JA défendent le stockage de l'eau dans le Cantal
En visite lundi à Quézac, le préfet du Cantal Philippe Loos s'est déclaré favorable au développement des retenues collinaires. Invité par la FDSEA et les JA, il a découvert une réserve individuelle destinée à l'irrigation et a estimé que le département devait pouvoir développer davantage de réserves d'eau.
"L'eau, c'est la vie, on ne peut pas s'en passer."
Philippe Loos, préfet du Cantal
La visite, organisée à l'initiative de la FDSEA, présidée par Mathieu Théron, et des Jeunes agriculteurs, emmenés par Valentin Delbos, avait valeur de démonstration.
Chez Alexis Picarougne, la réserve de 40000 à 50000m³, réalisée en 2022 sur près d'un hectare pour 120000€, avait été subventionnée à 50 % par la Région (contre 40% aujourd'hui). Sur ses 120 hectares de surface agricole utile, l'exploitant n'en irrigue que dix, sans prélever l'été dans le ruisseau. Il lui reste encore de l'eau en fin de saison.
Les retenues collinaires comme réponse au défi climatique
"Le défi climatique est devant nous", a insisté l'agriculteur, s'appuyant sur une réalité : quinze jours gagnés sur la moisson et une épaisseur de neige hivernale réduite. Pour lui, stocker l'eau hivernale répond à une double mission des agriculteurs : nourrir et entretenir la nature, dans un département qui dispose déjà de sols arables et de températures favorables.
"Il y a un paradoxe : en Europe, c'est en France qu'il tombe le plus d'eau et c'est aussi là où on en stocke le moins. Si on ne le fait pas, on ne produira pas et il faudra importer, avec un bilan carbone bien plus défavorable. Et la souveraineté alimentaire est la première condition de paix."
Alexis Picarougne rappelle aussi que les droits d'eau servaient autrefois à dépolluer les ruisseaux par un effet filtre et qu'une réserve bien remplie permet, en fin de saison, de réabonder les cours d'eau tout en restant à la disposition des services de secours contre les incendies.
Mettre une telle retenue au service de l'irrigation ne demande, selon lui, "ni beaucoup de travail ni beaucoup de complications", à condition d'avoir bien préparé le dispositif en amont : réseau enterré, enrouleur, pilotage à distance... Avec pour seul regret une vidange de surface chez lui, Alexis Picarougne conseille vivement une vidange par le bas, pour une eau rejetée à la fois plus fraîche et moins chargée en bactéries.
"Nous avons toujours la même quantité d'eau, seule sa distribution évolue."
Alexis Picarougne
L'administration et les règles de gestion de l'eau au cœur des échanges
Joël Piganiol, premier vice-président de la Chambre d'agriculture, a dénoncé des arrêtés de restriction pris à l'échelle de bassins où des relevés effectués dans le Lot ou l'Aveyron s'imposent au Cantal, sans capacité d'évaluation propre sur l'Auze. La DDT a confirmé qu'une étude est en cours à l'Inrae pour mesurer ces écarts hydrologiques.
Philippe Loos a reconnu que le Massif central "n'est pas un château d'eau, mais un parapluie où l'eau ruisselle et repart", rappelant que février a été le mois le plus pluvieux dans le département depuis 1959.
Il a toutefois rappelé qu'une administration contrainte applique des règles. Mathieu Théron a alors mis en cause non seulement l'administration mais aussi certaines agences indépendantes. Le préfet a rappelé qu'en dernier ressort, c'est bien lui qui décide. Valentin Delbos l'a invité à le rappeler à ses services.
Sécheresse : la FDSEA et les JA demandent des mesures rapides
Les deux présidents syndicaux ont également interpellé le préfet sur la sécheresse. Ils estiment que "les 30 % de pertes ne font pas débat" et réclament des enquêtes de terrain plutôt qu'une évaluation satellite Airbus, jugée infructueuse. Ils demandent également un soutien de l'État pour l'acheminement de fourrage, les trésoreries des exploitations et la publication rapide du décret relatif à l'article 4 de la loi assurance récolte.
À Maurs, une retenue collinaire pour réduire les prélèvements d'eau dans le Veyre
À Maurs, neuf exploitations regroupées au sein de la Cuma de l'Eau vive, soit une vingtaine d'agriculteurs, ont déployé treize kilomètres de réseau et prélèvent 100.000 m³ d'eau dans le Veyre. Leur projet de retenue collinaire, longtemps bloqué par la complexité de l'administration, vise à réduire les prélèvements estivaux grâce au stockage des eaux de pluie et d'hiver.
Des blocages administratifs dénoncés
"Trois cabinets d'études extérieurs au département ont été consultés, mais aucun ne veut travailler avec la direction départementale des territoires du Cantal", a lancé Rémi Lacalmontie, président de la Cuma. Il pointe également une chaussée bétonnée jugée non conforme à trois centimètres près, impliquant 70.000 € de travaux, certes subventionnables, mais sans enveloppe disponible.
"Alors, on fait quoi ?"
Rémi Lacalmontie, face aux représentants de l'État, pour dénoncer la situation de blocage.
L'irrigation pour sécuriser les exploitations agricoles
Cette irrigation est indispensable aux neuf adhérents pour sécuriser les cultures de maïs mais aussi pour abreuver près de 1.000 animaux qui ne sont plus alimentés par le réseau public. Le maire de Maurs, Florian Morelle, souligne que la commune ne connaît plus de rupture d'alimentation.
Ancienne présidente de l'association des irrigants du Cantal, Chantal Cor regrette que l'irrigation soit "diabolisée", dénonçant l'amalgame entre mégabassines et retenues collinaires. Elle rappelle également que le maïs consomme trois fois moins d'eau que le riz et deux fois moins que les céréales, avec un litre d'eau par kilo de matière sèche produite.
Le préfet favorable à une cellule de travail
Le préfet Philippe Loos a salué "la meilleure des propositions : moins de prélèvement à la rivière l'été, plus d'eau l'hiver, sans restriction". Nicolas Meyer, de la DDT, a invité les adhérents à rechercher le meilleur site possible afin de garantir la faisabilité du projet. Joël Piganiol, de la Chambre d'agriculture, a proposé la création d'une cellule restreinte réunissant irrigants et services de l'État afin de lever les blocages administratifs.
"Moins de prélèvement à la rivière l'été, plus d'eau l'hiver, sans restriction."
Philippe Loos
Une décision attendue à l'automne
Cette proposition a reçu un accueil favorable du préfet. Valentin Delbos espère une décision actée à l'automne et un début des travaux dès l'été prochain. Florian Morelle conclut : "On parle souvent du bon sens paysan, cette fois, ce qui est réclamé, c'est du bon sens partagé."