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Bio
La conviction dans le bio suffira-t-elle à maintenir les jeunes ?

Alors que l'agriculture biologique traverse la pire crise de son histoire, les jeunes agriculteurs sont pris malgré eux dans la tempête. Entre convictions et désillusions, tous ne vivent pas ce moment de la même façon.

jeune éleveur en train de traire les vaches
La stagnation des prix des produits bio notamment du lait met à mal la conviction des jeunes agriculteurs. (photo d'illustration)
© Réussir

C'est inédit, les surfaces de bio sont en recul de 2% dans le pays selon les chiffres de l'Agence Bio. L'essor de la vente directe parvient difficilement à maintenir à flot le navire pris dans des marchés stagnants. Les secteurs de l'élevage et des grandes cultures sont ceux qui en souffrent le plus avec 24 000 ha en moins pour ce dernier. Dans cette tempête, les jeunes installés sont face à un dilemme : croire encore au bio ou douter de son avenir ? Entre conviction et économie, lequel aura le dernier mot ?

Le bio par conviction mais pas seulement

Aurélien et Lorie Clément se sont installés à Sugères (63), aux portes du Livradois-Forez. Dans la ferme d'une vingtaine d’hectare qu'ils viennent tout juste de reprendre à un membre de la famille de Lorie, tout est à refaire. Les travaux sont conséquents pour adapter les bâtiments qui datent des années 1920, à l'élevage de volailles. Aurélien s'est d'abord installé à Glaine-Montaigut en 2021 avant d'être rejoint par Lorie deux ans plus tard. Il était artisan menuisier. Elle avait une crêperie. Ce changement de vie, ils l’ont mûrement réfléchi. 

« C'était un rêve de gosse tant pour Lorie que pour moi. » 

Depuis qu'ils embrassent ce songe devenu réalité, Aurélien et Lorie ont rencontré nombre de difficultés. « Les débuts ont été difficiles en raison de la pression foncière. Notre statut de hors-cadre familial n'a pas aidé. » Désormais, ils exploitent 25 hectares répartis sur Glaine-Montaigut et Sugères où ils produisent des céréales pour leurs volailles de chair en agriculture biologique. À l'année, ils élèvent 3000 poulets et pintades ainsi que 600 oies et canards. L'intégralité de leur production est vendue sur les marchés, dans les AMAP et à la ferme. Lorie et Aurélien ont bien constaté une baisse de la consommation ces derniers temps mais qui, d'après eux, n'est pas en rapport avec le prix. « Nous n'avons pas augmenté nos tarifs. Le fait de produire les céréales, et donc d'être complètement autonome, permet de contrôler les charges. C'est ce qui sauve les meubles » explique Aurélien qui reconnaît toutefois devoir parcourir davantage de kilomètres pour vendre ses volailles. 

À lire aussi : Ces installés qui vendent en circuits courts

Dès leurs débuts, ils ont fait le choix d'élever leurs volailles en extérieur, dans des poulaillers mobiles. « Nous en avons acheté quelques-uns et j'en ai fabriqué d'autres » explique l'ancien menuisier. Un système de production qui selon lui permet de fidéliser ses clients. « Il y a beaucoup de discussion avec les consommateurs. Quand nous leur expliquons notre façon de travailler et surtout que nous ne faisons pas d'achat-revente, cela pèse dans l'acte d'achat. »

Croire en l'avenir

Lorie et Aurélien sont de ceux qui se sont orientés vers l'agriculture biologique par conviction. 

« Nous n'aurions pas de certification, nous ne changerions pas pour autant nos pratiques » affirme Aurélien. 

Selon l'éleveur, la certification bio lui permet avant tout de valoriser ses produits auprès des consommateurs et de se différencier sur les marchés où la volaille bio est « peu représentée ». « Une certification c'est bien mais il faut avant tout aller voir dans les fermes. Pour moi, quelqu'un qui a envie de montrer comment il travaille, qu'il soit en bio ou en conventionnel, c'est qu'il n'a rien à cacher et fait du bon boulot. Je préfère du conventionnel qui vient d'à côté de chez moi que du bio d'Ukraine ou de Pologne

Malgré le contexte, Lorie et Aurélien croient encore dans l'avenir du bio notamment en vente directe. Ils projettent dans leur nouvelle ferme de construire une tuerie et un laboratoire de transformation pour gagner en confort de travail et en bien-être animal et pourquoi pas développer leur gamme de produits.

Quand la conviction ne suffit plus

À Pontaumur (63), Corentin Lardy est passé en bio pour « les mauvaises raisons, la conviction est arrivée après ». Producteur laitier, il s'est installé en 2018 après avoir repris l'exploitation familiale de 180 ha et 70 vaches laitières. La conversion en bio lui paraissait alors une bonne idée pour valoriser des pratiques d'élevages déjà proches du cahier des charges. « À l'époque la coopérative Biolait avait besoin de lait. Ils étaient sûrs d'eux.» Le jeune éleveur voit alors l'opportunité de vendre sa production à meilleur prix. « Cela nous paraissait la bonne solution. » Malheureusement, la pandémie et la crise économique ont chamboulé le marché du bio. Corentin Lardy a constaté rapidement une stagnation des prix. Deux ans à peine après son installation, la production de lait bio devient excédentaire. 

« Depuis plus d'un an, c'est la catastrophe. » 

Pourtant, le jeune éleveur, sa mère et son frère (ses associés) ont tout essayé pour tenter de maîtriser leurs charges à commencer par gagner en autonomie alimentaire. Là encore, ils ont été confrontés à des difficultés. Près de Pontaumur, les terres sont argileuses, lourdes et peu portantes empêchant certains travaux. « Chez nous c'est impensable de désherber mécaniquement les céréales dès la sortie de l'hiver. C'est simple, depuis que je suis installé, je n'ai pas pu une seule fois désherber mes céréales ! Quant aux fauches précoces, surtout lorsque le printemps est pluvieux, elles sont difficiles. On perd vite en qualité. » Sans compter les années de sécheresse qui se sont elles aussi succédées, compliquant un peu plus les choses. Aux aléas climatiques s'ajoute l'isolement de Corentin Lardy. Dans son secteur, il est le seul producteur en agriculture biologique. « Les Cuma ne vont pas investir dans du matériel spécifique juste pour nous » explique-t-il.

Afin de juguler l'hémorragie, Corentin Lardy n'a eu guère de choix que de réorienter sa production laitière biologique vers l'AOP. «

 Nous avons quitté Biolait pour aller chez Sodiaal. Notre lait bio est vendu plus cher en AOP. C'est bien que quelque chose ne tourne pas rond sur les marchés. » 

Depuis, Corentin et ses associés s'interrogent sur l'intérêt de rester en bio. Un crève-cœur pour le jeune éleveur qui avoue s'être attaché à ce système de production. « Certes la conversion avait un but économique mais c'était aussi par conviction. C'est un modèle plus vertueux mais pour s'en sortir économiquement, il faut être 100% autonome. En élevage laitier ce n'est pas réalisable partout. Si nous quittons le bio, ce n'est pas dit que nous n'y reviendrons pas. » Selon les chiffres de l'Agence Bio, le cheptel laitier de l'agriculture biologique a diminué de 3% en 2023. Sans une reprise marquée du marché, l'érosion devrait se poursuivre en 2024.

À lire aussi : La nouvelle génération d'agriculteurs a-t-elle les épaules pour reprendre le flambeau ?

 

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